Départ à 5 heures du matin, avant le lever du jour. Le soleil se levant à 6 heures.
Nous longeons la côte sous le vent de l'île de la Dominique, malheureusement sans un souffle de vent, entièrement aux moteurs.
Par contre, lorsque nous débordons la pointe de Cachacrou, qui termine Soufriere bay, à l'extrême Sud de la Dominique, le vent apparaît, comme c'est généralement le cas dans ces parages.
Notre vent apparent, toujours bâbord amure, au près bon plein, va crescendo, au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la Martinique. D'abord entre 30 et 35 nœuds, il passe assez rapidement à 35 à 40 nœuds, puis de 40 à 45 nœuds, ce qui nous permet de dépasser les 9 nœuds de vitesse sur le fond.
Nous naviguerons toujours avec le génois lourd entier et aucun ris dans la grand-voile. Le mythe du catamaran de croisière qui se retourne, créé par les retournements très médiatisés de quelques coureurs transatlantiques, n'impressionne plus Jean-Louis depuis longtemps. Après, environ, 60.000 milles de navigation à bord de Galexia 2, par tous les temps, il sait que s'il doit réduire la toile en temps voulu, c'est plutôt pour protéger sa mature, que par crainte d'un retournement. Un catamaran de huit tonnes, pour 41 pieds de long, ne se retourne pas aussi facilement qu'un énorme catamaran de course, très allégé, mené à la limite de ses capacités. Quoi qu'il en soit, le panneau de pont placé dans chaque cabine, qui permettrait de sortir sur la coque retournée, n'est sans doute pas à supprimer.
En s'éloignant de la belle et sauvage Dominica, il me revient à l'esprit l'histoire que l'on raconte, sans en avoir une confirmation officielle. Au moment des soubresauts politiques accompagnant l'indépendance de l'île, au début des années 80. Un de ses gouvernements aurait demandé à la France de reprendre ce petit pays dans son giron. Cette petite île (751 km², 80.000 habitants, contre 1.715 km², 420.000 habitants pour la Guadeloupe), qui a été longtemps sous domination française, aurait bien aimé devenir un département français d'Amérique, comme les deux îles qui l'encadrent. Ce serait le puissant lobby des Békés martiniquais qui aurait fait échouer la transaction, de peur de devoir partager, avec la Dominique, les subsides apportés par la France métropolitaine à ses territoires de cette région du monde.
Si la transaction avait réussi, quel beau chapelet d'îles porterait les couleurs de la France !
Notre destination est Saint-Pierre, au Nord de la Martinique, au pied de la Montagne Pelée, comme tout le monde le sait depuis les tragiques événements de 1902.
Le choix de cette escale est de nature affective, car nous voulons y rencontrer des amis de longue date, Geneviève et Henri, qui y passent l'hiver depuis 14 ans et qui ont déjà beaucoup navigué sur Galexia 2.
Nous sommes au mouillage, devant Saint-Pierre, à 14 heures.
Une petite promenade "en ville" (l'expression "Paris des Antilles" était quand même un peu exagérée, même au temps de la plus grande splendeur de Saint-Pierre), un coup de téléphone et Henri propose de venir nous chercher pour dîner avec eux, vers 17 heures.
Nous retournons au bateau pour faire une petite sieste et revenons au ponton des annexes un peu avant dix-sept heures. Bien que n'étant pas suisse, Henri est la ponctualité personnifiée.
D'ailleurs au sujet d'Henri et de Geneviève, il est à noter un fait assez curieux, dû sans doute au hasard, quoi que… Tous les deux sont d'origine maltaise, leurs parents ayant émigré respectivement en Tunisie et en Algérie. La tornade de la décolonisation les a rassemblés en France métropolitaine, où ils sont mariés depuis pas mal de lustres.
Nous sommes accueillis très chaleureusement, comme toujours, par ce couple adorable, profondément intégré dans la population locale pendant leur période d'hibernation tropicale.
Retour au bateau à 20 heures, car nous devons lever l'ancre tôt demain.