La libre littérature française des Amériques


Prince Rupert Bay en Dominique


MARDI 10 AVRIL 2007.

Galexia 2 Départ vers 11 heures de la marina de Pointe-à-Pitre en raison de l'ouverture tardive du bureau des douanes (9 heures au lieu de 8, sans doute pour récupérer de la semaine de congés accordée à nos fonctionnaires surmenés), et de problèmes d'avitaillement du bord.
Ne croyez pas que je médise des douaniers français, qui, de l'avis unanime des navigateurs, sont les plus "cool" du monde avec eux. On peut mettre à part les douaniers espagnols, qui refusent catégoriquement de remplir le moindre document à l'usage des plaisanciers. Nous verrons, par la suite, que plus le pays est petit, plus les contraintes administratives y sont lourdes.

Une brise évanescente nous conduit, bâbord amure, jusqu'aux Saintes, juste suffisante pour déhaler, entre 5 et 6 nœuds (un nœud égale un mille marin par heure, soit 1.852 mètres par heure), les huit tonnes de Galexia 2 auxquelles il faut un minimum de 15 nœuds de vente apparent pour commencer à s'animer. Nous débutons notre croisière au près bon plein (à 60° du vent apparent), qui sera notre allure pratiquement jusqu'au bout de celle-ci. Notre cap sera pratiquement toujours plein Sud, à quelques degrés près en fonction du point de mouillage nocturne choisi.

Galexia 2 Galexia 2 est un catamaran de la série Lagoon 410, construit par les chantiers Bénéteau, qui a fait, avec cette série, le choix délibéré du confort par rapport celui de la performance. L'avant de son roof, aux parois vitrées verticales, n'assure pas un bon aérodynamisme, mais donne au carré un volume impressionnant.
Ne vous y trompez pas, malgré sa silhouette pataude, la "bête" est quand même plus rapide que les monocoques de longueurs équivalentes, à partir du près bon plein et d'autant plus que le vent vient par l'arrière. L'absence totale de gîte est quand même un plus conséquent pour le confort de l'équipage. C'est le bateau idéal pour naviguer l'hiver aux Caraïbes, aussi y voit-on de plus en plus de multicoques, ce qui n'était pas vrai quand j'ai commencé à y naviguer, il y a sept ans.
Galexia 2 appartient à mon cousin germain Jean-Louis, qui est franco-québécois, mais arbore fièrement le pavillon de la Lettonie, sans jamais avoir vu Riga.

Les Saintes par tribord arrière Nous laissons l'archipel des Saintes largement à tribord, en direction de la Dominique. Le vent passe entre 20 et 25 nœuds, ce qui nous permet d'atteindre et de dépasser les 7 nœuds sur le fond (indication du G.P.S).
Nous choisissons le mouillage de Prince Rupert bay, face à Portsmouth, n'étant pas sûr d'arriver à Roseau (la capitale, placée plus au Sud de l'île) avant la tombée de la nuit.
La Dominique à l'horizon
Comme dans toutes les îles anglo-saxonnes, les habitants des îles françaises étant repus par les avantages sociaux dont ils disposent, nous sommes accueillis, très au large, par un homme sur une barque, qui vient à notre rencontre pour nous proposer des services les plus divers. Du simple ravitaillement en fruits, jusqu'à, dans le cas présent, une croisière sur l'Indian River (dépaysement assuré, dans un paysage amazonien, à la rencontre des descendants des derniers indiens caraïbes).
Certains navigateurs français manifestent de la mauvaise humeur devant ce qu'ils considèrent, à tort, comme une forme de mendicité. Le petit groupe d'autochtones qui s'occupent de chaque point de mouillage est constitué de travailleurs honnêtes, infatigables et attentifs à vous rendre service. Il suffit de refuser gentiment leurs propositions pour qu'ils repartent sans insister plus que leur motivation commerciale ne le leur impose. Il n'est pas désagréable de se voir livrer à domicile quelques fruits frais ou une belle langouste à des prix notablement moins élevés qu'en Guadeloupe ou en Martinique. Il faut, toutefois, s'être munis de dollars E.C., valables dans toutes les îles antillaises anglophones, situées en dessous de la latitude de la Guadeloupe, ou de dollars U.S., l'Euro n'étant pas accepté.

Le mouillage de Prince Rupert Bay Nous mouillons l'ancre à Prince Rupert à 17 heures, un beau mouillage bien calme et de bonne tenue.
Jean-Louis, qui avait payé d'avance quatre bananes et une mangue, l'intermédiaire marin ayant déclaré qu'il n'avait pas les moyens de faire l'avance de trésorerie, se crut dupé, pour la première fois, quand la nuit vint à tomber. Vers 20 heures, alors que nous avions achevé notre dîner, une barque s'approcha de nous avec deux individus à bord. Ils nous apportaient nos achats, en nous présentant les excuses, de celui qui avait pris la commande et l'argent, et en nous offrant une banane et une mangue supplémentaires, en compensation du dérapage de leur délai de livraison.
Des gens qui se démènent, de l'aube au crépuscule, pour proposer leurs services aux plaisanciers, ne peuvent pas être malhonnêtes. On raconte, toutefois, qu'une Française qui les avait odieusement insultés, au lieu de refuser aimablement leurs services, a retrouvé, le matin suivant, son annexe pneumatique lardée de coups de couteau. Honnêtes, mais fiers !

La saison n'est pas très propice à la photographie, une brume de chaleur recouvrant chacune des îles que nous longeons. Il n'y aura qu'en fin d'après-midi, après notre prise de mouillage, que cette brume se lèvera, m'accordant enfin le plaisir de faire quelques photographies présentables.


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