La libre littérature française des Amériques



IMAGES DU PEROU
novembre 2004


Texte et photographies de René SANQUER

http://renesanquer.blog.lemonde.fr




Le tourisme au Pérou progresse régulièrement et représente une destination d'avenir. De nos jours, il se limite à la visite de quelques sites célèbres.
Après l'atterrissage à l'aéroport de Lima, le visiteur lambda embarque pour un tour en autobus qui lui fait parcourir en trois quarts d'heure le circuit du centre-ville : Place d'Armes, balcons de style andalou, cathédrale abritant le tombeau de Pizarro que personne ne vient visiter, mairie jaune et brune récemment ravalée, palais du gouvernement avec les CRS locaux et le camion lanceur d'eau à poste en permanence, couvent de San Francisco avec des azulejos sévillans du XVIe siècle, etc.
Puis c'est le retour à l'aéroport et l'envol vers Cuzco et Machu-Pichu, les traces mondialement connues de l'ancien Empire Inca, seules actuellement dignes d'être visitées.

Couvent de San Franscico
Le couvent de San Francisco

Véhicule de police équipé d'un canon à eau
Véhicule de la police équipé d'un canon à eau

Mairie avec son balcon de style andalou sur la Plazza de Armas
Mairie avec son balcon de style andalou sur la Plazza de Armas

Pourtant, il est possible de s'intéresser d'une autre manière au Pérou d'aujourd'hui. Comment les Péruviens contemporains vivent-ils ?
Quels sont leurs problèmes principaux au quotidien ? Quelle impression générale laissent-ils au voyageur curieux ?
Il faut, pour cela, trouver un moyen de s'immerger dans la population, ce qui, je l'avoue, n'est pas facile pour le touriste de passage. Grâce à l'aide qu'il a apportée à des étudiants sud-américains, l'auteur de ces lignes a pu franchir la barrière de l'inconnu et se rapprocher de familles d'accueil et de guides bénévoles. Cela lui permet de porter un regard personnalisé et informé sur ce pays attachant.
Prenons-en quelques exemples.



LE QUARTIER DE BARRANCOCHORRILLOS


Quelle joie et quelle fierté, pour un Français, de découvrir à Lima un quartier entier - celui de Barranco-Chorrillos - dévolu à une forme d'architecture française peu connue. Je veux parler d'un type de maison de campagne, "la chartreuse", datant de la période du Directoire (1794-1802). Il s'agit d'un modèle hérité des villas palladiennes de la région de Venise et Vicence, elles-mêmes imitées des villas romaines. La Bretagne en compte peu. Pour en apercevoir, Il faut visiter la Guyenne ou la Gascogne. Les plus belles, que je connaisse, se trouvent dans le département du Gers : La chartreuse de Castéron et sa vue magnifique et la chartreuse d'Empoucourou, près de Castelnau-Barbarens, qui semble avoir servi de cadre au film "La marquise d'O", d'Éric Rhomer.

Il s'agit d'une maison de plain-pied, en forme de U, avec un corps de bâtiment central flanqué de deux ailes en retour et fermé par une grille. Souvent un portique précède les pièces à vivre. Essentiellement un large vestibule et une vaste salle de réception. Quelques chambres occupent les arrières de la maison. Une terrasse permet de profiter des soirées chaudes et d'admirer les feux d'artifice.

Cette forme d'habitat convient particulièrement à la vie mondaine. C'est justement ce que recherchait la haute société péruvienne au début du XIXe siècle. Les Anglais avaient lancé, avec le romantisme, la mode des bains de mer et le monde entier voulut les imiter. Les Péruviens enrichis par les mines d'argent, de cuivre, d'étain et par le guano des îles Ballestas, souhaitaient copier leurs mentors. Mais Lima était située à une vingtaine de kilomètres de la mer.
On construisit donc, dans les champs, pour profiter de la nouvelle mode, un quartier neuf où, dès le mois de novembre, début de l'été austral, toute la high society, président de la République en tête, se transportait pour les vacances.

Ve générale de Barranco
Vue générale de Barranco

On en trouve un écho dans l'ouvrage de M. Tugdual de Kerros - " le Journal de mes Voyages autour du Monde (1852-1855) " de l'enseigne de vaisseau Jean-René de Kerret - ouvrage édité tout récemment sur l'initiative d'un ami très cher, Jean- Claude Descaves, dont il faut louer l'heureuse initiative.

Prenons le temps de nous arrêter un moment sur quelques-unes de ces demeures parmi les plus typiques.

Discrétion et élégance
Discrétion et élégance

Maison de petit format dans une ruelle calme. Pierre et bois. Façade rectangulaire obéissant au nombre d'or ; couleurs dominantes jaune et marron ; éléments d'architecture classique (colonnes stylisées, chapiteaux, architrave, larmier, corniche ; grille rappelant l'insécurité permanente [lances romaines noir et or, boucliers gaulois] ; patio avec plantes).

Luxe sur le boulevard Pedro de Osma
Luxe sur le boulevard Pedro de Osma

Maison luxueuse sur le boulevard Pedro de Osma. Pierre et bois. Façade rectangulaire allongée et surélevée sur socle. Couleurs dominantes : brun, blanc, vert jade. Architecture classique réinterprétée. On reconnaît les colonnes, l'architrave, le larmier, la corniche, mais l'architrave est soulignée de fanfreluches. Le somptueux escalier de bois central introduit des lignes courbes complexes. La terrasse est bien mise en valeur (ré-interprétation de la balustrade). Signes d'évolution à partir du plan classique.
Mais le quartier est si riche, que l'on pourrait multiplier les exemples d'habitations qui retiennent l'œil. Nous n'en garderons que deux, particulièrement parlants, car ils nous ramènent dans notre bonne vieille Europe.

Baroque
Baroque

Maison évoluant vers le baroque et le mauvais goût semi-asiatique. Le plan en U est devenu courbe ; on reconnaît les éléments de base classiques, mais surchargés par une décoration grandiloquente.

Un palais
Un palais...

Les plus grosses fortunes s'offrent de véritables palais utilisant le même plan et les mêmes éléments de base, dans un esprit digne du Grand Trianon.
Cette construction est, me semble-t-il, à l'origine de la maison coloniale que l'on rencontre maintenant partout sous les Tropiques, de la Guadeloupe au Chili : maison de bois, à portique, de plain-pied, couverte de tôle ondulée peinte.



LA RELIGION INDIGÈNE


C'est le genre d'expérience qu'un étranger peut difficilement entreprendre s'il n'est introduit et ne montre patte blanche.
Un jour, ma belle amie Nelly H. me dit : " René, serais-tu intéressé par une cérémonie religieuse indigène ? ".
Évidemment que je l'étais ! Surtout dans la mesure où il ne s'agissait pas d'une restitution folklorique à l'usage des touristes, mais d'une authentique cérémonie spirituelle, avec de vrais croyants.

La question indigène, il faut le savoir, est au cœur du problème politique en Amérique latine. Plus de 80 % de la population, de ces pays, portent des gènes nativos, pour employer un adjectif qu'ils apprécient. Les termes " Indiens ", " Indigènes ", " Autochtones " les blessent. Et, si le mot démocratie a un sens, il serait normal que les Nativos constituent un jour la majorité dans les gouvernements et les assemblées. Les prémices de cette évolution, irréversible à moyen terme, apparaissent ces temps-ci en Bolivie, au Venezuela, en Équateur et au Pérou.

Donc rendez-vous est pris par téléphone, avec des précautions de conspirateur. Le lieu est situé au milieu d'un quartier pauvre de Lima, celui de La Victoria, au pied d'une ruine inca, une pyramide à degrés, la Huaca Santa Catarina.
Une quinzaine de personnes sont réunie là, une majorité d'hommes, quelques femmes, dont certaines, les pieds nus, sont revêtues d'une tunique longue rouge ou blanche. Des enfants suivent leur mère et furètent un peu partout sans aucune gêne.
Tous les participants sont de type indien : petits, trapus, la tête ronde, le cheveu très noir. Certains portent un bandana dans les cheveux, un drapeau sur l'épaule, aux couleurs de l'arc-en-ciel. Renseignements pris, il s'agit du pavillon de Tahuantinsuyo, les quatre parties du monde de leur géographie, le Nord, le Sud, l'Est et l'Ouest.
On distingue tout de suite un notable civil, à son gilet brodé, à sa chemise blanche. Il consulte ses papiers. Un autre, à la vareuse rouge de pêcheur breton, semble plongé dans ses pensées. Ce doit être le chaman. Un grand mince, barbu (le seul), montre le profil d'un intellectuel révolutionnaire. En effet, il a fait ses études à l'université Lémonosov de Moscou. Les autres, hommes, femmes et enfants - tous les âges sont représentés - semblent de simples fidèles, les mains jointes, l'air absorbé.

L'assistance
L'assistance

L'une des prêtresses aux longs cheveux noirs, celle qui est en tunique blanche, prépare la cérémonie. Sur une couverture multicolore rayée, à même le sol, elle a disposé des produits de la terre : Fruits, légumes, graines, boissons. Tout à l'heure, l'assistance devra boire au vase commun, de la chicha (alcool de maïs), manger une demi-banane. D'un sac en plastique, elle extrait des feuilles de coca et les empile en croix sur une grande feuille de papier kraft. Tout à l'heure, elles seront consacrées par le prêtre et distribuées aux fidèles.

La préparation de la cérémonie
La préparation de la cérémonie

La cérémonie commence par un son de corne de brume extrait d'un gros coquillage, qu'aux Antilles françaises on nomme un lambi. Le notable civil prend la parole. D'une voix neutre, il dit que nous sommes réunis, ce jour, pour célébrer la journée consacrée par l'UNESCO au génocide des peuples indigènes. Il lit un texte de Garcilaso de la Vega, fils d'un noble espagnol et d'une princesse inca, qui raconte comment 12 000 membres de l'aristocratie indigène, réunis sur la grande place de Cuzco, furent assassinés par 150 soldats espagnols, décapitant pour des siècles l'élite d'une grande nation. On constaterait aujourd'hui l'ébauche d'une résurrection.
Quatre ou cinq feuilles de coca sont distribuées aux fidèles. Il leur est recommandé de se concentrer sur ces feuilles en pensant à leurs ancêtres, en prononçant intérieurement les mots qu'on souhaiterait leur adresser. Les feuilles sont ensuite recueillies et la prêtresse les réunit avec d'autres plantes et fleurs dans un paquet qu'elle ferme et qu'elle fait brûler sur un feu de brindilles. Ainsi nos pensées parviendront-elles à nos ancêtres et seront-elles exaucées par la grande divinité de la Terre-Mère, la Pachamama.

L'orchestre
L'orchestre

Les fidèles sont invités, ensuite, à dire publiquement ce qu'ils ont pensé. Certains s'en dispensent. Je me sens obligé de m'exprimer. Je dis, en espagnol, que mes ancêtres étaient des Celtes, qu'ils pratiquaient une religion naturaliste assez semblable à la leur et qu'ils avaient développé une grande sagesse, comparable à celle des chamans. Elle pourrait servir un jour de leçon à notre civilisation moderne en perdition. Cette déclaration me valut d'être invitée à participer, avec Nelly, à un repas traditionnel (pomme de terre, fromage, fruits secs) entre officiants à la fin de la cérémonie.

La célébration se termina par une ronde au son d'un petit orchestre natif : queña, maracasses, tambours.

L'envol des pensées
L'envol des pensées...

La ronde
La ronde

Une autre fois, un second rendez-vous nous entraîna, Nelly, une de ses amies et moi, dans un taxi collectif appelé combi, au centre d'un quartier périphérique de Lima, San Diego, où, au dernier étage non terminé d'une maison particulière, à ciel ouvert, nous célébrâmes la pleine lune du mois de novembre, bien ronde dans le ciel bleu sombre. Peu de différence avec la cérémonie précédente, sauf que, en l'honneur de la Lune, le rôle des trois prêtresses était plus marquant que celui des chamans. Certains fidèles avaient revêtu des vêtements d'apparat, comme on peut le voir sur la photo suivante.

Célébration de la pleine lune
Célébration de la pleine lune

J'avais l'impression de participer à une réunion du temps des premiers Chrétiens, à l'époque de Saint-Paul et de saint Barnabé, à Chypre, en Galatie ou à Thessalonique. Manifestement, il ne fallait pas risquer que quelque personne malintentionnée se joigne au groupe, il ne fallait donner, ni le lieu, ni la date, de la rencontre. Entre eux, ils parlaient du congrès annuel de tous les "Indiens" d'Amérique, qui se tiendrait dans le Dakota du Nord, en 2005, et où il faudrait aller à pied...
Pour moi, c'était comme d'avoir la chance d'assister à la crépitation d'une ou deux étincelles annonciatrices d'un futur feu d'artifice.



UNE EXPÉDITION EN AMAZONIE PÉRUVIENNE


Amazonie est un mot qui me fait rêver. Je ne dois pas être le seul ! La curiosité me poussa à prendre l'avion pour Tarapoto, capitale du département de San Martin, près d'une rivière, le Rio Huallaga, qui fait partie du bouquet d'affluents donnant naissance au plus long fleuve du monde.

Adela C., une autre belle amie, m'avait choisi cette destination, qu'elle jugeait préférable à Iquitos où je voulais aller d'abord.
Il y avait là un endroit paradisiaque, la Lagune Bleue, qu'il me fallait connaître. L'ancien président Alberto Fujimori avait l'habitude de s'y retirer chaque semaine, avec son âme damnée Vladimiro Montesinos, pour étudier et signer les dossiers délicats. Amenant, parfois, quelques geishas !...

Le groupe ultra-révolutionnaire du Sentier Lumineux avait établi là une base arrière. On comprend les terroristes tant l'ambiance y est à la détente. Il avait fallu pour les déloger un combat sanglant avec l'armée qui n'avait pas fait de quartier : 500 morts disait-on. Aujourd'hui, tout danger semblait écarté. Pourtant l'armée y avait conservé un camp. La maison de Fujimori avait été transformée en mess des officiers. Ceux-ci n'osaient pas trop s'y rendre, vu le précédent.

Une petite agence locale, celle de Martin Zamora, un ami d'Adela, avait accepté de m'y conduire. Un 4 x 4, conduit par Gustavo, son adjoint, accompagné de son père, m'attendait à 8 heures devant l'hôtel Nilas. Ils avaient trouvé un second client, Felipe, un touriste péruvien, ce qui diminuait de moitié le prix de la course. De toute façon, ce n'était pas cher : 60 soles, soit 15 euros, repas compris, pour la journée et les cinq heures de route.

Les voyageurs
Les voyageurs

Nous quittâmes Tarapoto en remontant la large et fertile vallée du Rio Mayo. Tout avait l'air d'y pousser.
Après quelques kilomètres de route asphaltée, sillonnée dans les deux sens par les moto-taxis pétaradants, et, après avoir dépassé l'entrée de l'hôtel Las Palmeras, nous bifurquâmes à gauche vers le premier cerro. En Amérique latine, on ne parle, ni de montagnes, ni de sierras, mais de cerros et de cordillères. Mon séant, habitué depuis des décennies au confort des routes goudronnées, avait oublié l'effet des cahots et nids-de-poule. Il en fut tout endolori !

La route serpentait dans une forêt dense. Celle-ci donnait l'impression d'une muraille infranchissable. Pas un sentier ne se devinait. De temps en temps, Gustavo s'arrêtait pour nous permettre d'admirer une orchidée sauvage. Sur une branche, un paresseux, le fameux aï des cruciverbistes, s'étirait doucement.
D'énormes nids sombres se suspendaient aux branches. De temps en temps, apparaissait, dans une courbe, un paysage typique : sur une butte, un rancho branlant entouré de quatre palmiers royaux. En Amérique latine, un rancho, c'est une masure : loin du ranch du soap-opéra Dallas !

Grande case et palmiers
Grande case et palmiers

Puis, nous arrivâmes au bord du rio Huallaga. La route s'arrêtait ; il fallait prendre un bac, la balsa, pour aller de l'autre côté.
Cette fois-ci, on ne passerait pas : la balsa, par suite d'une baisse soudaine du niveau du fleuve, était collée dans l'argile. Un mot provençal me vient à l'esprit : elle était tanquée dans l'argile.
Petite délibération entre Gustavo et son père : Il y avait un autre bac à une dizaine de kilomètres en aval, mais pas de chemin pour y arriver. Qu'à cela ne tienne, le 4 x 4 se tailla une route au milieu des hautes tiges d'un champ de maïs, puis d'un autre. " C'est vraiment l'aventure " s'amusait Gustavo. Cahincaha, nous arrivâmes.

La balsa tanquée dans l'argile
La balsa " tanquée " dans l'argile

Pour attendre la balsa, nous allâmes prendre une eau de coco dans le bistrot du coin, un hangar à toit de palmes.

Le bistro du coin
Le bistro du coin

D'un coup de sabre, un client décapitait la noix verte et chacun buvait à même le fruit. Gustavo, toujours affamé, s'offrit un plat d'ignames enveloppé dans une feuille de bananier.

Voici la balsa. Elle fonctionnait sans moteur, poussée uniquement par le courant, guidée par un câble transversal. Le 4 x 4 fut solidement fixé sur les planches. Les passeurs se plaisaient à m'effrayer en disant que parfois la balsa se renversait et qu'il y avait des noyés. Et que les survivants devaient affronter dans l'eau de menaçants serpents anacondas mesurant 5 à 6 mètres, les seuls serpents qui vivent dans l'eau.

On arrime le 4 X 4
On arrime le 4 X 4

De l'autre côté, la route reprenait sa course. Le paysage évoquait de plus en plus le Vietnam et, sur un point haut, nous nous arrêtâmes pour contempler la vallée du Huallaga, qui avait un petit air de Mékong.

La vallée du Huallaga
La vallée du Huallaga

Marqué par les films de Pierre Schöendorfer, je m'attendais à tout moment à voir sortir de la forêt un guérillero du Sentier Lumineux, avec sa kalachnikov prêt à nous rançonner, ou pire encore.
Un cerro après l'autre, nous escaladons et dévalons des pentes. Soudain apparaît, au sommet d'une colline, dans sa cuvette, un beau lac de montagne. Son vrai nom est la Laguna de Sauce. Sauce, en espagnol, désigne le saule, dont les chamans faisaient un arbre sacré. Ils avaient sans doute découvert à l'usage les bienfaits de l'acide salicylique, l'aspirine. Les dépliants touristiques ont pris l'habitude de nommer ce lieu béni, la Laguna Azul, le petit lac bleu.
C'est un coup de marketing. Un jour un président de la République péruvienne, survolant les lieux en hélicoptère eut l'idée de dire : " Ce serait mieux pour le tourisme si on l'appelait la Lagune Bleue ". En fait, elle n'est absolument pas bleue, mais couleur vert d'eau.

Les bords du lac bleu sur fond bleu
Les bords du lac bleu, sur fond bleu

Qu'à cela ne tienne, sur les affiches, un coup de Photoshop suffira pour la colorier en bleu. D'autres affiches, que vous pourrez voir à l'aéroport de Lima, vous transporteront en Polynésie. Un wharf sur pilotis ponctué d'une paillote sur fond bleu outremer.

Le wharf dans la réalité outremer
Le wharf dans la réalité

Et il est exact, qu'en faisant très attention de ne pas photographier d'édifices à droite et à gauche, on peut prendre une telle photo. Mais il faut chercher attentivement.

Le wharf version marketing
Le wharf version marketing

Malgré ces quelques exagérations, le lieu demeure quasiment vierge, une vision de paradis terrestre. Nous faisons halte dans le seul hôtel du coin, l'auberge Las Hamacas. Cinq ou six chambres précédées d'une terrasse avec deux hamacs suspendus. Eau froide seulement. Quelle beauté et quelle tranquillité !
Je remercie en pensée mon amie Adela de m'avoir orienté vers en un lieu aussi enchanteur. On voit sur la photo la fenêtre de ma chambre...

L'auberge
L'auberge

La végétation est luxuriante : dans un rectangle de 30 mètres x 10 mètres, j'ai noté un caféier, un cacaoyer, un sandragon, des fleurs, jamais vues, qui portent des noms tout à fait évocateurs...

Le bâton de l'empereur
Le bâton de l'empereur

Le bec de perroquet
Le bec de perroquet

Les larmes du Christ
Les larmes du Christ

Après un tour de la lagune en vedette à moteur, nous déjeunons dans le petit restaurant. Nous nous régalons d'un gros rat de la selva (dans le mien je recueille une dizaine de plombs de chasse : au moins, ce n'est pas du rat d'élevage !) et d'une délicieuse salade de chonta, pousses fraîches d'une variété de palmier qu'on ne trouve pas à Lima. Croyant nous faire plaisir, la serveuse fait tonitruer la radio musicale. Elle s'étonne que je réclame le silence, mais s'exécute, sceptique. Entre les deux tropiques, la musique s'écoute à fond la caisse. Nul doute, si un jour j'ai envie de faire retraite, c'est en ces lieux paradisiaques que je me retirerai.

Au retour, il nous faut de nouveau attendre le balsa. J'en profite pour regarder des charpentiers monter une toiture de palmes. C'est tout simple. On réunit de grandes palmes de cinq à six mètres de longueur. On les plie par la moitié, puis, avec des liens végétaux, on les fixe tête-bêche sur un châssis de branches taillées. On me dit que ça peut tenir de huit à dix ans.

Ce ne sont que quelques scènes, parmi des dizaines. De tous les pays d'Amérique du Sud, le Pérou est certainement le plus riche. Sur le plan géographique, il alterne la côte, la montagne et la forêt amazonienne. Sur le plan culturel, il superpose jusqu'à onze civilisations différentes. Les Incas ne furent que les derniers d'un bel empilement d'expériences et d'apprentissages. Les conquérants espagnols ont bousculé ce monde, qui cherche encore, à tâtons, son unité. Gageons que, dans les vingt prochaines années, le Pérou sera une des destinations favorites du tourisme mondial.



Retour à la table des matières

Retour au Site Portail