La libre littérature française des Amériques


SAINT-VINCENT


Samedi 17 avril 2004.

Au réveil, je constate que mon maillot de bain a disparu, bien que je l'eusse soigneusement épinglé sur un filoir arrière. J'ai droit aux sarcasmes de Jean-Louis, jusqu'à ce qu'il découvre que la drisse du génois a été coupée au premier pontet.
Mon honneur est sauf, mais nous devons mettre en place un bout de rechange.

Au lever du jour, nous larguons le corps mort et démarrons, laissant les pitons derrière nous.

Saint-Vicent sous les nuages L'île de Saint-Vincent, pourtant proche, est à peine visible, car le ciel est couvert.
Nous éviterons cette île, dont la réputation n'est pas très bonne, nous risquons d'y laisser plus qu'un maillot de bain et qu'une drisse.
Pour mouiller dans la partie Nord de l'île, il vaut mieux être à plusieurs bateaux, qui veillent à tour de rôle. Le fusil à pompe doit faire partie de l'équipement de bord.


Note Historique sur Saint-Vincent :

L'île fut aperçue en 1498, le jour de la Saint Vincent, mais Christophe Colomb, après le baptême, ne s'attarda pas. À St Vincent, comme en Dominique, la défense de leur territoire par les Indiens Caraïbes fut acharnée. Anglais et Français devront renoncer jusqu'au milieu du XVlle siècle à toute colonisation sérieuse. En 1763, les Anglais peuvent enfin prendre pied à St Vincent, mais sont bientôt chassés par les Français. Pourtant, au Traité de Versailles de 1783, l'Île redevint britannique. Entre temps, une nouvelle race était née, "les Caraïbes noirs" issus d'un croisement avec des esclaves naufragés sur les côtes de St Vincent Ces "Black Caribs" se montraient aussi féroces, pour défendre leur liberté, que leurs cousins amérindiens. Les Français surent s'en faire des alliés, en 1795, pour tenter encore une fois de rejeter les Anglais à la mer, mais ces derniers opposèrent une résistance opiniâtre et finirent par vaincre.
Les "Black Caribs" furent pour la plupart déportés au Honduras, mais les rescapés devaient léguer aux habitants de St Vincent des traits dont le caractère anthropologique apparaît encore de nos jours sur certains visages. Le souvenir des Français s'est perpétué dans les noms de nombreux villages et de sites sur le littoral.
Il existe aussi un lien entre cette île et la lointaine Tahiti. Le célèbre Captain Bligh, après la mutinerie qui lui coûta son Bounty, transporta jusqu'à St Vincent, sur son nouveau voilier "Providence", plus de cinq cents plants d'arbre à pain, en provenance de Polynésie. Les fruits de cet arbre devaient nourrir, à bon compte, les esclaves des plantations et bientôt il se répandit dans toutes les Antilles.
Autre événement, plus tristement célèbre : le 6 mai 1902, l'éruption de la Soufrière, dans le Nord de l'île, faisait 2. 000 morts. Catastrophe vite oubliée, car deux jours plus tard, la Montagne Pelée carbonisait 30.000 Martiniquais.
Pendant toute l'époque coloniale et jusqu'à nos jours, l'île a vécu de plantations de bananes et de cultures maraîchères.
Devenu "État Associé du Commonwealth" en 1969, St Vincent commença son développement touristique. L'île ne disposait pas d'aéroport international, mais possédait une grande partie du splendide archipel des Grenadines.
En 1979, deux événements à signaler : tout d'abord, l'éruption de la Soufrière, qui inquiéta l'île et désorganisa momentanément son économie ; puis, en octobre 1979, l'accession à l'indépendance totale.
L'agriculture reste le secteur économique le plus important de l'île grâce au sol volcanique très fertile.
Cette activité se répartit entre grandes exploitations et petites structures paysannes.
Malgré les efforts des autorités, le tourisme est assez peu développé à St Vincent, contrairement à ses dépendances des Grenadines, car le relief est très escarpé et se termine sur le rivage par quelques plages de sable gris.
L'île offre peu d'infrastructures hôtelières ou complexes touristiques, hormis quelques établissements répartis sur la côte Sud.


Sautant Saint-Vincent, nous allons nous rendre directement à la première des îles Grenadines, qui se situe juste derrière, en allant vers le Sud.

Après une première période difficile, avec voiles et moteurs et un fort courant contraire qui limite notre vitesse à 3 N, le courant disparaît enfin. Nous remplaçons le génois par le genaker et nous filons, moteurs arrêtés, à 6,5 N.
Sainte-Lucie, derrière nous, alors que nous sommes entrés dans une zone ensoleillée, reste engluée dans les nuages.

Toujours sous grand-voile entière et genaker, nous laissons sur place un grand monocoque américain, qui a pris prudemment deux ris dans sa voile.

Pêcheurs de Saint-Vincent En approchant de Saint-Vincent, le vent forcit de quelques nœuds. Nous décidons d'enrouler le genaker. Décision trop tardive, la légère voile refuse de s'enrouler sur son étai de cordage.
Jean-Louis décide de le couvrir avec le génois, pour le déventer. Hélas, l'écoute morte du génois s'enroule autour du genaker. Nous détachons cette écoute du génois, pour pouvoir achever de dérouler celui-ci. Le genaker, ficelé comme un saucisson vers le bas, continue à prendre l'air par une poche qui s'est formée en haut. Il ne nous reste plus qu'à affaler cette voile folle qui claque au vent de façon démentielle.
Nous attachons enfin la " bête " sur le trempoline, pour éviter qu'elle ne file à l'eau.

Une demi-heure plus tard, à l'abri de l'île, nous devons remettre les deux moteurs en route. Cap au 149°, pour longer la côte sous le vent de l'île de Saint-Vincent.
Cette île apparaît très abrupte dans sa partie Nord. De rares maisons sont disséminées sur des pentes vertigineuses, sans routes d'accès. Elles sont entourées de quelques champs cultivés de petites dimensions. De quelles cultures s'agit-il ? Quand on sait que c'est la drogue et les Rasta qui ont fait fuir les touristes de cette île, qui fut un jour à la mode, on peut se poser des questions.

Le Sud de Saint-Vincent, avec sa capitale, Kingstown, est beaucoup plus peuplé que le Nord, mais son relief est aussi tourmenté. Il faut dire, qu'aux Antilles, il y a peu d'exemples d'îles plates, comme Grande-Terre (de Guadeloupe) ou Marie-Galante.

Les maisons, que l'on aperçoit, sont moins soignées qu'à Sainte-Lucie, mais encore mieux achevées et mieux peintes qu'en Guadeloupe, où, avec les carcasses de voitures, il semble s'agir d'une spécialité locale.

Nous n'avons fait que passer !

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