La libre littérature française des Amériques


MOUSTIQUE


Dimanche 18 avril 2004.

Réveil dans la baie principale de Bequia, à 4 heures, comme tous les jours, mais sans ordinateur. J'attends 5 heures, heure à laquelle Jean -Louis se lève, sans faire de bruit.

La langouste Pendant que nous prenons notre petit-déjeuner, une barque nous aborde, l'homme qui la pilote nous propose des pains de banane tous chauds. Nous lui en achetons un. Il est délicieux n'a pas le goût de la banane, mais est riche en épices.

Après le petit-déjeuner, alors que nous devisons agréablement, un pêcheur nous aborde pour nous proposer des langoustes. Il a pris trois énormes langoustes locales et une petite Brésilienne. Nous lui achetons la plus petite des grosses, qui fait quand même plus de 2 kilogrammes, à 5 dollars la livre. Il nous fait cadeau de la brésilienne, car nous sommes ses premiers clients. Elle est petite, mais c'est certainement la plus savoureuse de toutes.

Quelques instants plus tard, le diesel-man se présente, avec sa barge chargée de carburants et d'eau. Nous faisons le plein des réservoirs, soit 175 litres rajoutés.
Nous commençons à apprécier ces livraisons à domicile.

Tous ces petits commerces, qui entourent les bateaux de plaisance et offrent de bons produits à des prix raisonnables, sont parmi les charmes de ces îles. C'est une chose qui manque beaucoup, aux plaisanciers internationaux, en Guadeloupe et en Martinique.
Jean-Louis, quand il a eu à faire nettoyer sa coque, sans sortir de bateau de l'eau, a posé la question en Guadeloupe. On lui a répondu qu'il fallait qu'il fasse appel à un homme-grenouille professionnel, à un prix astronomique. En Dominique, pour quelques dizaines de dollars, le travail a été parfaitement réalisé par un jeune homme qui passait en barque.
Exploitation de l'homme par l'homme ? Voire...

La langouste étant trop grosse pour notre plus grosse marmite, Jean-Louis est obligé de la couper en deux pour la faire cuire en deux fois. Il en profitera pour préparer les deux morceaux suivant deux recettes différentes.

8 heures 30, pendant que l'énorme tête de langouste cuit et que la petite Brésilienne est déjà devenue toute rouge, nous hissons la grand-voile et lâchons l'orin du mouillage, pour prendre la route maritime en direction de Moustique. L'île des milliardaires est seulement distante de quelques milles nautiques (1.852 mètres).

Maison troglodyte Au passage, à la sortie de la baie, nous venons frôler la falaise pour admirer les habitations semi-troglodytes qui s'y trouvent nichées. Des façades normales ont été construites devant des grottes naturelles aménagées. C'est un domaine privé, avec une route privée, interdite aux visiteurs terrestres, ce qui donne une idée du luxe des constructions.
Une maison est particulièrement remarquable, car elle est construite sous une voûte en pierre naturelle. Elle porte une inscription, gravée sur une plaque, en anglais : " Ah qu'il est bon de ne rien faire et de se reposer après ! " Charmant programme. Cette maison appartient à un pilote de ligne américain qui vient s'y installer chaque fois qu'il est de repos, avec son avion personnel pour faire le voyage depuis Miami.
La falaise étant faite d'une pierre d'une couleur brunâtre, pas très esthétique, les efforts des architectes ne donnent pas un très beau résultat visuel, mais la climatisation des maisons doit être parfaite.

Sous un bon vent de 20 N, nous passons bientôt près de Petit-Névis, l'île où l'on dépèce les baleines. Rien n'est visible de la mer.
L'île de Moustique apparaît déjà. Nous faisons route au cap 134°.

Le port de Moustique Après une courte traversée, assez chahutée par une mer formée et un vent contraire, nous arrivons à Moustique.
Il est à remarquer que, lorsque l'on navigue aux Antilles, on ne bénéficie que très rarement de vents portants. Quelle que soit la direction que l'on suit, on est généralement au près, près bon plein ou, au mieux, vent de travers.

Nous mouillons sur bouée, mais sans personne pour nous envoyer l'orin, devant le petit port de l'île, au fond de Grand Bay. Tout, sous nos yeux, est véritablement calme, luxe et volupté.


L'île de Moustique Maisonnette du port
Une des maisons de milliardaires Plage de Moustique


Note historique sur Moustique :

À l'origine, les plages de Mustique n'étaient fréquentées que par quelques pêcheurs. Jusqu'au jour où cette petite île de 5 Km2 fut investie par le riche promoteur Colin Tennant, éminent gentleman britannique de surcroît.
Grâce à ses relations aristocratiques, il sut intéresser à son projet la Princesse Margaret, qui posséda l'une des premières et luxueuses demeures aménagées dans les années 70.
En mal de solitude sur fond de mer Caraïbe, d'autres clients richissimes suivirent, dont plusieurs célébrités du Show Bizz et de la Jet Set internationale (Mick Jaegger, Raquel Welch, David Boowie, etc...).
De quoi valoir très vite à Mustique son surnom bien mérité de ''l'île aux milliardaires".
Le restaurant Basil's Bar est installé au bord de la plage de Grand Bay. La langouste et le barbecue s'y monnaient au prix du caviar. Mais le site est admirable et, certains soirs, l'ambiance musicale anime le dîner ou le barbecue.
Dans le Nord de l'île, une ancienne plantation de coton a été somptueusement réhabilitée en hôtel de charme: "le Cotton House".
Certainement un des établissements les plus "sélects" des Caraïbes ; ladite sélection se faisant essentiellement à travers le montant de la note. . . La Mustique Company gère ce complexe comme l'ensemble de l'intendance de l'île.
À proximité du Cotton House, un micro aérodrome, à ras des collines, assure un accès rapide aux riches résidants, pour leur court séjour dans l'île.
Mustique a également été le site d'un naufrage célèbre en 1971, celui de "l'Antilles", deuxième fleuron des paquebots français derrière le "France". Faute d'avoir été bradé, comme ce dernier, ce superbe navire s'échoua sur un haut-fond après une manœuvre hasardeuse à frôler les côtes de Mustique.
Après avoir longtemps orné les écueils de la côte Nord, sa carcasse rouillée s'est désagrégée et gît maintenant par le fond.
Mustique est un petit écrin, ses plages et ses coraux sont superbes et d'ailleurs intégrés dans une réserve protégée. Toutefois, le séjour à terre n'est pas à la portée de toutes les bourses... Reste la possibilité d'une brève escale en bateau.


Nous nous contenterons de la brève escale en bateau. Traversée de l'île à pied, jusqu'à la plage de Pasture Bay, plus connue sous le nom de Spaghetti Plage. Les riches propriétés sont entourées d'immenses espaces de verdure, ce qui les rend inaccessibles, seules les modestes habitations du personnel de couleur sont visibles de près.
Quelques photographies, un rafraîchissement au bar de la plage, et nous larguons l'orin.


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