Départ à 6 heures, pour être rendu à Saint-George, capitale de Grenade, avant midi. Il a plu cette nuit, alors que le ciel était étoilé en fin de soirée. Ce matin, de lourds nuages de pluie alternent avec le ciel bleu.
Nous naviguons à 5 nœuds, avec un vent de travers de 13 à 14 N. La mer est moyennement formée.
De temps en temps, nous essuyons un grain. Comme toujours, comme nous le constatons souvent sur le morne Montmain, un coup de vent plus frais précède la pluie. Le bateau part alors à 9 nœuds, puis, tout se calme, lorsque la pluie arrive.
Peu à peu, le mauvais temps se déplace de Grenade vers Carriacou. Est-ce un bon présage ?
Bientôt, l'île de Grenade défile sous nos yeux. Elle présente le profil tourmenté de toutes les îles antillaises d'origine volcanique. Une particularité attire bientôt mon attention. D'abord, la végétation est étonnamment luxuriante pour la saison sèche actuelle. Ensuite, la variété des végétaux est inhabituelle, comme nous pourrons le constater lorsque nous ferons la visite en taxi de l'île. Cette variété de feuillages est due à la présence de nombreux arbres à épices, qui firent la réputation et la fortune de l'île.
Nous mouillons sur ancre dans le lagon de Saint-George, sur un sol de vase de mauvaise tenue. Après un premier dérapage, qui perturba notre déjeuner, nous empennelons une deuxième ancre devant la première et notre catamaran sera désormais très sage.
La ville de Saint-George a une vague apparence anglaise, à cause des clochers de ses églises. Elle offre, à des prix avantageux, tout ce que l'on peut espérer trouver dans ces parages.
Le seul défaut de ce mouillage, mais il est de taille, c'est que l'eau y est trop polluée pour que l'on puisse s'y baigner. Ne pas pouvoir se baigner, sous les tropiques, est un vrai supplice de Tantale.
Nous faisons la connaissance d'un couple de Français qui se prépare à effectuer un tour du monde, sur un bateau en aluminium de 12 mètres. Ce sont des méridionaux, nous sympathisons très vite et passons d'un bateau à l'autre pour de grandes séances d'apéritifs, agrémentés d'interminables discussions. Cela aussi c'est un des grands plaisirs de la voile !
Après quelques journées passées à Saint-George, nous rejoignons le chantier naval dans lequel Jean-Louis a décidé de laisser Galaxia au sec jusqu'à la fin du mois d'octobre.
Cela marque la fin d'un beau voyage.
Je rentre en Guadeloupe en avion, en faisant quatre escales, excusez-moi du peu !
L'île de Grenade, qui a pendant longtemps été considérée comme la plus belle des îles antillaises, est loin de posséder les attraits touristiques de la Guadeloupe, aussi bien par ses sites naturels, que par ses plages. Son seul attrait particulier vient de ses cultures d'épices, que l'on ne voit pas ailleurs. Sa population, active et accueillante, tente désespérément de mettre en valeur le peu de cadeaux que lui a fait la nature. Je crois que, si tous les gros bateaux de croisière font la queue pour y déverser leurs cargaisons de touristes nord-américains, c'est en raison de la modestie de ses prix, de l'accueil de la population et de la sécurité qui y règne.
Note historique sur Grenade :
Découverte par Christophe Colomb lors de son 3 ème voyage, en 1498, l'île fut baptisée "Conception". Plus tard, des navigateurs espagnols lui donnèrent son nom actuel, comparant ses sommets verdoyants aux montagnes dominant la ville andalouse de Grenade.
Ce nom fut conservé par les Anglais qui, dès 1609, tentèrent une colonisation.
Scénario classique : les Caraïbes en mangèrent quelques-uns et rejetèrent les autres à la mer. Puis, en 1650, vinrent des Français de Martinique, qui plus avisés, négocièrent l'achat de l'île, moyennant quelques objets de pacotilles et bouteilles d'alcool. L'ivresse passée, les Caraïbes, conscients de la duperie, reprirent la lutte. Les Français s'accrochèrent au terrain et finirent, en 1651 , par acculer les derniers Caraïbes au bord d'un morne surplombant la côte Nord. Préférant la mort à la reddition, les Caraïbes sautèrent dans le vide. L'endroit fut alors baptisé"Morne des Sauteurs"...
Les Caraïbes éliminés, le scénario reprit : un siècle et demi de luttes entre Français et Britanniques pour la conquête de la belle et fertile Grenade. Il fallut deux traités pour concéder définitivement l'île aux Anglais : celui de Paris en 1763, puis après une dernière incursion des Français, celui de Versailles en 1783.
Des Français, il ne reste plus que le souvenir de quelques noms au hasard des villages et des caps et certains vocables dans le patois du pays. Grâce à son sol volcanique, Grenade était propice à l'agriculture. Après l'abolition de l'esclavage et le déclin des grandes plantations, de nombreux domaines furent divisés entre plusieurs petits propriétaires. Ceux-ci firent prospérer leurs cultures et, outre la noix de coco et la banane, Grenade devint "l'île aux épices".
Après avoir subi de graves dommages, dus au cyclone "Janet" en 1955, l'île devint un état associé en 1967. Puis indépendant et membre du Commonwealth en 1974 sous l'autorité du Premier ministre Eric Gary qui attira les capitaux "tous azimuts" afin de lancer un vaste programme touristique et immobilier.
Mais son régime autoritaire et la propension de Gary à faire prévaloir ses intérêts personnels amenèrent son renversement, dès 1979, par les progressistes.
Leur leader, Maurice Bishop, fut porté au pouvoir et s'entoura de conseillers cubains, ce qui émut les États-Unis de Ronald Reagan.
Les Cubains construisirent le grand aéroport stratégique de Point Salines et Reagan faisait déjà des cauchemars de fusées soviétiques.
L'assassinat de Maurice Bishop et les troubles politiques qui s'ensuivirent inquiétèrent encore plus les états voisins de Grenade.
Le président "cow-boy" trouva là un bon prétexte de venger, 20 ans après, le "fiasco" subi par les États-Unis à la baie des Cochons, à Cuba.
En 1983, l'US Navy et ses "Marines", après quelques jours de combats, boutèrent à la mer les "conseillers" cubains, et un gouvernement plus conservateur remplaça les ex-dirigeants progressistes, sous la "bienveillante" surveillance américaine et son aide financière.
Ce conflit entraîna toutefois une récession économique dont Grenade ne se remet que lentement en tirant toujours une partie de ses ressources de l'agriculture (dont ses fameuses épices) mais aussi du tourisme.
Ce secteur avait connu un bon essor depuis les années 70 et différents complexes, résidences et marinas commençaient à fleurir sur l'île, quand tout fut arrêté par les troubles politiques. Les conflits idéologiques ou militaires et les tracasseries administratives qu'ils engendrent ont toujours pour effet de faire fuir les touristes, plaisanciers et investisseurs.
Le calme étant revenu depuis de nombreuses années, le gouvernement s'emploie, à nouveau, à faciliter l'essor de ce secteur économique.