La libre littérature française des Amériques


DOMINIQUE


Le Galexia, notre catamaran Mercredi 14 avril 2004.

Départ vers 9 heures de la marina de Pointe-à-Pitre, après avoir accompli les formalités douanières.
Nous bénéficions d'une brise évanescente de Sud-Est, alors que nous naviguons au 178 ° (plein Sud). Avec la grande-voile entière et le genaker, nous avançons à 5,40 N, ce qui n'est pas un départ en fanfare.
Notre direction est calée, au G.S.M graphique, sur la Prince Rupert Bay, en Dominique.

Basse-Terre et la Soufrière À tribord, la Soufrière est entièrement dégagée, ce qui est rare à cette heure-ci.
9 heures 30 : le vent trop faible et une petite houle de Sud, courte et brisée, font souffrir exagérément le gréement. Nous prenons un ris pour résorber le creux de la grand-voile, ce qui améliore les choses.
Nous prenons le repas de midi au travers-arrière de Terre de Haut des Saintes. La Soufrière, derrière nous, est toujours étonnamment dégagée. Le vent s'est établi aux environs de 10 N, ce qui nous permet de tracer notre route à 6 N, sans l'appui des moteurs.

Les Saintes par tribord Après ma sieste, à 14 heures, nous approchons de la Dominique. Le vent a forci à 16 à 18 N, propulsant le catamaran à 8 N.
Nous longeons la pointe Nord de l'île sauvage, dont la face sous le vent ne nous montre que peu de vie et pratiquement pas de cultures.
Nous descendons plus de la moitié de l'île avec un vent apparent de 18 à 20 N, ce qui est étonnant en raison de la hauteur impressionnante du relief, qui devrait nous déventer.

La pointe Nord de la Dominique La Dominique par bâbord

Enfin, nous le sommes effectivement. Nous roulons le genaker, plaçons la grand-voile dans l'axe du bateau et mettons en route les deux moteurs.
En arrivant devant Roseau, nous apercevons Pancho, qui vient à notre rencontre sur sa barque, en nous faisons de grands signes de la main. Quand il s'approche de nous, Jean-Louis l'appelle par son nom et lui demande des nouvelles de sa femme d'origine belge, ce qui surprend beaucoup le brave garçon.
Jean-Louis lui dit : " Tu ne nous reconnais pas, cela fait au moins douze fois que l'on s'arrête ici ! "

Comité d'accueil Réponse de Pancho : " Oh, tu sais, pour moi, les Blancs sont tous pareils. "
" Et ta femme belge, elle aime toujours le fromage ? "
Par discrétion, Jean-Louis me dit n'avoir jamais osé demander à Pancho si sa femme est blonde ou si elle vient de l'ex-Congo belge. Toutes les Belges ne sont pas blondes !
Pourtant, Pancho étant Rasta et ne distinguant pas les Blancs entre eux, on pourrait pencher pour la seconde solution.
Pancho affirme que notre mouillage habituel, contre une falaise de verdure, étant plein, il va falloir que nous mouillions avec l'un des corps morts de l'hôtel Anchorage. Il nous passe donc obligeamment l'orin du mouillage, sans tendre la main après cet acte bénévole.
Pancho vit de petits services qu'il rend aux bateaux mouillant à Roseau, qu'il approvisionne en toutes choses, en prenant une légère commission au passage. Comme nous arrivons trop tard pour les commerces et que nous partons trop tôt le lendemain, il ne pourra rien pour nous, cela ne l'empêche pas d'être souriant et aimable.
Voilà un service que les anglo-saxons disent regretter ne pas trouver dans les îles françaises et qui ennuie considérablement les Français de passage, soucieux de n'être dérangés en rien.


Note historique sur la Dominique :

Découverte un dimanche de Novembre 1493, ce qui lui valut son nom de "Dominica", cette île montagneuse et impénétrable fut simplement contournée par Christophe Colomb. Au XVIIe siècle, les Français la convoitèrent, pour sa situation entre la Martinique et la Guadeloupe, et tentèrent une première implantation. Les Anglais, pour des raisons également stratégiques, voulurent les déloger à plusieurs reprises.
Là, comme ailleurs, des combats s'ensuivirent pendant prés d'un siècle; mais les adversaires devaient souvent s'unir contre un ennemi commun : les Indiens Caraïbes.
Le relief et la végétation de l'île offraient à ces derniers un excellent refuge, d'où ils pouvaient sans cesse harceler les premiers colons. Leur goût d'indépendance n'avait d'égal que leur férocité. Tant et si bien qu'en 1748, Anglais et Français, découragés, mirent un terme à leurs premiers efforts de colonisation, en attendant des jours meilleurs.
En conséquence, la Dominique fut décrétée "île neutre appartenant aux Caraïbes".
Par la suite, les combats reprirent et grâce à des moyens plus importants, les Caraïbes furent repoussés définitivement à l'intérieur de l'île.
La Dominique revint aux Anglais en 1783, mais les Français s'accrochèrent jusqu'en 1805 et leur départ définitif ne fut obtenu qu'après le paiement d'une substantielle indemnité.
Cette longue présence française laissa de nombreux noms de lieux et surtout un patois très proche du "créole", parlé par toute la population. Les Caraïbes, dispersés dans l'île, furent regroupés dans une réserve d'environ 2.000 hectares, située sur la côte au vent. Il en reste aujourd'hui approximativement un bon millier.
À la suite de croisements avec la race noire importée, seuls 500 à 600 ont conservé leur caractère racial d'origine : teint jaune, cheveux noirs et lisses, yeux bridés. Ils vivent de petites cultures et de vannerie vendue aux touristes.
La période de colonisation britannique ne laissa guère de traces. En 1967, l'île devint "état associé" et l'indépendance totale, obtenue fin 1978.


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