La libre littérature française des Amériques



Quatrième étape :
Saint-Martin


IRRITANTE SAINT-MARTIN

Vendredi 12 avril, en fin de matinée - Nous débarquons à Philipsburg, capitale de Sint-Maarten, la partie hollandaise de l'île. La " ville " est constituée par quatre rues parallèles à la mer, dont deux principalement rassemblent l'essentiel des commerces de luxe et les commerces de tee-shirts, naturellement. Plusieurs bateaux de croisière américains étant à l'ancre, des milliers de touristes yankees défilent dans les rues et dans les boutiques. Ils se reconnaissent entre eux grâce au petit bracelet de plastique coloré qu'on leur a accroché au poignet avant de les lâcher à terre.
La ville et son environnement sont laids et sans aucun intérêt touristique. Les magasins, qui vont de la bicoque à la boutique de grand luxe, sont affreusement chers. Ici, plus que jamais, se vérifie le mot de Jean-Louis : " sans taxes, mais pas sans profits ". Le marchandage est indispensable, sous peine d'être dépouillé comme au coin d'un bois. Un exemple : je cherche une carte Smart média, d'une capacité de 128 Mo, pour approvisionner mon appareil de photographie numérique en pellicule électronique. Le prix avec taxes, en Métropole, est d'environ 84 Euros. Mise à prix, dans un premier magasin (le plus luxueux) : 120 dollars (150 Euros au change local). Après une rude négociation en anglais, le prix descend à 85 dollars, ce qui est encore très cher. Un autre magasin (plus modeste d'aspect) ouvre à 75 dollars et refuse la négociation. Ce n'est pas ici que l'on pourra réaliser des affaires !
La monnaie locale principale est le dollar, les Euros sont acceptés mais avec un très mauvais change. Quant aux florins locaux, je n'en parle même pas !
Fuyant la laideur mercantile de cette ville, nous rembarquons pour nous rendre à Marigot, capitale de la partie française.

Notre décision de mouiller dans le lagon (Simpson Bay Lagoon), nous oblige à attendre que le pont d'accès s'ouvre, à 17 heures 15. Ce lagon est l'une des rares caractéristiques naturelles originales de l'île. Attention, il ne s'agit pas d'un trou à cyclones. De nombreux bateaux en ont fait la triste expérience au cours du passage de Leny, en novembre 1999.
Du côté français, le pont est relativement étroit (13 mètres) pour les grands catamarans. Ceux-ci devront entrer par le pont hollandais, qui, comme tout sur l'île, est plus grand de ce côté que du côté français.
Le mouillage devant Marigot est un peu encombré, mais très calme. La ville, plus grande que Philipsburg, est également beaucoup plus sympathique. C'est même une belle ville, avec des maisons récentes et peintes de couleurs gaies, des rues bien entretenues. Les commerces de luxe sont également omniprésents, avec des prix (à marchander) un peu plus raisonnables.


Samedi 13 avril - Visite détaillée de l'île avec une voiture de location. En partant de Marigot, nous tournerons dans le sens des aiguilles d'une montre.
Passage à Grand Case, une grande plage déserte, un très grand nombre de restaurants, la petite ville se prétend la capitale gastronomique des Antilles et se compare même à Paris. Deux prétentions complètement ridicules, mais on peut y manger correctement pour pas très cher.
Arrivée à Anse Marcel. Une marina qui comporte un hôtel Méridien haut de gamme. L'ensemble a été réalisé dans un style créole très " kitsch " et raffiné. Un paradis pour milliardaires, au cœur d'une nature ingrate et sans autre attrait qu'une belle plage de sable blanc.
Nous parvenons à la Baie Orientale (plus connue sous le nom d'Orient Bay, l'anglais étant toujours préféré au français, même dans la partie française de l'île). Une immense plage de sable, la plus grande que j'ai vu, pour l'instant, aux Antilles, avec, en bordure, une frénésie de constructions allant du pire au meilleur. Ici, on se prétend être le Saint-Tropez des Antilles, méfiez-vous de contrefaçons ! Ou comparaison n'est pas raison.
Après nous être perdus dans un épouvantable ghetto noir, qui ouvre la partie hollandaise, nous parvenons à Oyster Pond, puis à Great Bay, où je cherche mon bonheur chez plusieurs ships dont on m'avait dit merveilles en Guadeloupe. Nouvelles déceptions, le hors taxes local est plus cher que le T.T.C guadeloupéen !
De ce côté de l'île tout est laid, mais là sont les grands palaces, là se trouvent les casinos, là se trouve l'aéroport international, là se trouvent la plupart des commerces…
La libre entreprise est beaucoup plus libre de ce côté, qui ne souffre pas des tracasseries administratives françaises. La limite, vite franchie, étant la permissivité qui en fait la plaque tournante de la drogue, à direction des Antilles et du continent américain.
Nous revenons avec plaisir du côté français, pour y parler notre langue ? Bernique ! Tous les petits emplois sont occupés par des Dominicains, parlant espagnol, et beaucoup de restaurateurs et autres commerçants parlent anglais. La cible, de ce côté, également, est le touriste nord-américain. Jean- Louis, qui parle les trois langues, est beaucoup plus à l'aise que nous, pauvres francophones exclusifs.
Ici, quand même, l'Euro est la monnaie officielle ? Pas très sûr, beaucoup de prix sont en dollars, avec une conversion approximative. Pour bien acheter ou bine consommer, il vaut mieux avoir des dollars que des euros !


Dimanche 14 avril, 8 heures 15 - Nous passons le pont pour sortir dans la Baie de Marigot. Destination l'îlet Pinel, où Jean-Louis a rendez-vous (depuis quatre ans) avec quelques langoustes.
Le passage de la pointe Nord de l'île, avec une mer formée et un vent dans le nez, assez fort dans les rafales, n'est pas une véritable partie de plaisir. Il n'y a plus de saisons ! Cette saison sèche ressemble, à s'y méprendre, à une saison humide. A quand les cyclones en avril ?
Bien à l'abri de l'îlet Pinel, nous faisons le gros dos sous les rafales. Nous y resterons jusqu'à mardi, annulant notre visite à l'îlet de Tintamarre, que les touristes ont également déserté.
Jean-Louis sauve l'honneur, malgré l'impossibilité où il se trouve de pêcher sur les " bons " récifs, trop exposés au vent. Une cigale et une langouste viennent améliorer l'ordinaire.

Mardi 16 avril - Nous retournons à Marigot, où nous espérons faire encore quelques achats avant de prendre l'avion (jeudi 18) pour la Guadeloupe (Patricia et moi), laissant nos deux compères poursuivre leur route vagabonde vers le Nord.

Pourquoi " irritante Saint-Martin ", parce qu'il s'agit d'une île aux paysages ingrats, sur laquelle l'argent a coulé à flot, provoquant une poussée de constructions pas toujours bien maîtrisée. Un côté hollandais franchement moche, un côté français plus sympathique, mais qui brûle d'envie d'imiter son voisin. Un ensemble pas très cohérent, sans grandes saveurs, même si les ribs de porc, servis à Grand Case, sont bons.
Une détaxe bidon pour les acheteurs, mais certainement très lucrative pour les vendeurs. Une insécurité record, favorisée par une pseudo frontière et un laxisme administratif accru par la volonté de ne pas nuire à la bonne entente des deux parties.

Le charme de Marigot suffira-t-il à justifier la visite de cette île ? Si vous n'êtes pas de richissimes touristes, ou des yachtmen en quête d'approvisionnement, vous pouvez faire l'économie du voyage, il y a tellement d'îles plus belles et plus attachantes à proximité !



A présent, les images :

L'Anse à Marcel, résidence pour milliardaires.


Entrée du Lagon du côté français.


Fort Louis et le nouveau centre commercial.


Le Lagon du côté français.


Le Lagon du côté hollandais.


La marina de Marigot.



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