Vendredi 5 avril, 11 heures - Nous quittons la marina de Bas du Fort, en direction des Saintes, pour passer en Mer Caraïbe. À l'écoute de la météo, Jean-Louis a décidé de passer sous le vent des îles. Ce qui nous fait adopter un cap plein Sud pour commencer notre remontée vers le Nord. Pour l'instant, le vent est totalement absent, nous naviguons au moteur.
La côte de Basse-Terre défile lentement sous nos yeux, toujours belle à regarder. Dans le canal des Saintes, un souffle de vent nous fait espérer. Nous établissons les voiles. Hélas, la brise disparaît très vite et nous poursuivons au moteur. Mais nous commençons, enfin, à faire route vers le Nord.
Nous comptions passer la nuit à Deshais, mais l'absence de vent réduit nos prétentions. À 18 heures, nous décidons de mouiller à Bouillante, près de la Réserve Cousteau.
La nuit est calme, le mouillage endormi, quand une vedette de la Douane s'approche de nous pour un contrôle d'identité. Un phare puissant nous balaye lentement. Comme nous sommes sur le seul bateau témoignant d'une vie à bord, nous serons les seuls contrôlés. Le Galexia bat pavillon britannique et appartient à un Québécois. Oui, il y a des Français à bord. Une voix féminine, de l'intérieur de la vedette, dirige le questionnaire auquel nous soumet l'agent qui manipule le phare. Pas de problème, bonne nuit Madame et Messieurs.
Samedi 6 avril, 8 heures - Départ vers le Nord, au moteur. Nous remontons jusqu'à la Pointe du GROS CAP, avec un vent qui se précise à mesure que nous nous dégageons de la protection de l'île. À partir de là, il soufflera du Nord-Est, entre 15 et 20 nœuds. Des conditions idéales pour la voile, si nous n'étions pas si près du vent. Malgré cela, notre vaillant catamaran file entre 6 et 8 nœuds.
Bientôt, nous perdons de vue le dernier rocher de la Guadeloupe, la TÊTE A L'ANGLAIS.
Cap au 20°, sur Antigua. Nous laissons Montserrat largement à bâbord, sous sa crête de nuages blancs. L'île, balafrée de coulées de laves et de poussière, est toujours sinistrée. Sa population est passée de 11.000 habitants à environ 4 à 5.000. Sa capitale, Plymouth, est désertée.
Des gerbes de poissons volants accompagnent nos glissades sur les vagues. Il fait beau, le voilier vibre de plaisir.
Bientôt, une île, en forme de couronne, se dégage des nuages blancs qui la recouvraient jusqu'ici, c'est Antigua.
Nous nous dirigeons vers English Harbour, un excellent trou à cyclones (entendez par-là : un excellent abri contre les cyclones). C'était le repaire du Capitaine Troy et de son navire Ticonderoga, dans une série américaine. Mais, bien avant, ce fut celui de l'amiral Nelson.
Du large, il est impossible de déceler l'entrée de l'abri. Seules les fameuses colonnes d'Hercule sont visibles, à courte distance, à droite de celle-ci. A gauche, le fort Berkeley adopte une tenue mimétique, en empruntant les roches environnantes pour les pierres de sa construction.
Quand nous entrons dans la rade, nous sommes saisis par l'atmosphère particulière de ce lieu. Grâce aux excellentes restaurations des bâtiments du XVIII° siècle, il flotte, sur English Harbour, un parfum d'aventure et de flibuste sans équivalent aux Antilles. Malgré la présence de nombreux bateaux modernes et de quelques maisons récentes à proximité, le site a conservé une apparence d'authenticité. Les fantômes des grands navires à voiles vivent toujours en ces lieux.
English Harbour est, avec les Vierges (et surtout Saint-Thomas), l'un des plus prestigieux centres de yachting des Petites Antilles.
Débordant largement Charlotte Point et ses rochers, nous négligeons l'ancrage très encombré de Freeman Bay et nous mouillons dans Commissioners Bay, face à l'admirable Nelson Dockyard. Jean-Louis décide de porter deux amarres à terre pour les attacher à des troncs de palétuviers. Nous apprendrons, plus tard, qu'il est interdit de le faire.
La beauté du lieu nous incite au tourisme. Nous louons les services d'un taxi pour visiter l'île. Attention, ici le dollar est roi ! Notre véhicule nous conduit d'abord sur les points dominants environnants. Du plus bas, la maison du Gouverneur, pour l'instant en restauration, jusqu'au plus élevé, Shirley Heights (145 mètres). La maison du gouverneur a logé Winston Churchill et abrité la lune de miel de la princesse Margaret, dont le décès récent a rappelé l'existence.
La savante progression, dans la hauteur des points de vues, nous dévoile peu à peu un paysage somptueux. À l'Est de notre mouillage, l'immense baie de Falmouth Harbour, qui peut contenir une flotte entière mais qui n'est pas un trou à cyclones ; à l'Ouest, la côte plus sauvage du cap Shirley, d'Indian Creek et de Willoughby Bay. L'ensemble est sans doute l'un des points forts du tourisme dans les Petites Antilles.
A notre demande, le taxi nous conduit ensuite à Saint-Johns, la capitale de l'île.
Un peu d'Histoire : Découverte par Christophe Colomb, en 1493, Antigua tire son nom de l'église Santa-Maria-la-Antigua, de Séville. Récupérée par les Anglais en 1632, elle ne fut occupée par les Français qu'une année, en 1766-67. Grâce à ses abris naturels, Antigua devint le bastion de la flotte anglaise des " îles sous le vent ". Les navires de l'amiral Rodney, puis plus tard de Nelson, pouvaient inquiéter à loisir les possessions françaises toutes proches.
Malgré la sécheresse des lieux, la terre fut défrichée, dès le début du XVII° siècle, pour y planter de la canne à sucre. Ces plantations demandèrent l'importation massive d'esclaves africains, ce qui détermina la présence de 95 % de personnes d'origine africaine sur l'île. La culture de la canne a pratiquement disparu aujourd'hui, au profit du tourisme. L'île, et sa dépendance Barbuda, est indépendante depuis 1981.
Antigua a une superficie de 280 km² (Guadeloupe 1.715 km²) et une population de 80.000 habitants (Guadeloupe 420.000). Son P.I.B, par habitant, est à peu près équivalent à celui de la Guadeloupe.
Notre traversée de l'île en taxi fut une révélation : Antigua est une île propre et bien tenue. Pas de dépôts d'ordures sauvages, des maisons terminées et peintes (même si elles sont parfois modestes), pas d'épaves de voitures près des habitations. Les habitants sont souriants et disponibles pour les touristes. Beaucoup de points sur lesquels les Guadeloupéens devraient méditer, s'ils veulent un jour voir les grands paquebots de croisières déverser leurs cargaisons de touristes américains sur leur île.
Le visiteur pressé pourra se dispenser de visiter Saint-Johns, qui ne présente que peu d'intérêt. Même le stade de cricket, présenté comme le plus grand du monde ( !), ne justifie pas le déplacement. La visite courte, qui conduit sur les hauteurs d'English Harbour, suffira à l'émerveiller.
A 25 milles au Nord d'Antigua, sa dépendance, Barbuda (160 km², 1.300 habitants), est une île plate et pas très pittoresque. Seuls des fonds sous-marins exceptionnels peuvent attirer les amateurs de plongée.
Nous sommes tellement séduits par English Harbour, que nous y resteront plus de deux jours au mouillage.