La libre littérature française des Amériques



Croisière à Petite-Terre
sur un catamaran à voiles


MAIS OU SONT PASSES LES IGUANES ?

Mon cousin québécois, Jean-Louis, seul sur son beau catamaran, décide de nous embarquer à destination de Petite-Terre. Bonne idée ! Je vais pouvoir reconstituer ma collection de photographies d'iguanes.
En effet, mon dernier séjour, sur ces deux îlots du bout du monde et pourtant si proches, m'a laissé un goût amer. Dès le débarquement du bateau qui nous avait amenés, je me suis précipité dans les fourrés, de Terre de Bas (la seule île accessible aux touristes), pour fixer sur la pellicule les faciès de ces placides reptiles. Après une rude promenade, j'avais fait une ample provision d'images. Revenus au bateau quelques instants avant son départ, je m'aperçus que je n'avais pas de pellicule dans mon appareil. Catastrophe ! Il me fallait recommencer. Laissant Patricia et ses genoux fragiles, sur la plage, je refis le même parcours en courant littéralement, imposant aux iguanes, surpris, qu'ils reprennent les mêmes poses que j'avais déjà fixées sur la… Enfin, ce que je croyais être la pellicule. Après avoir battu pas mal de records de vitesse, je parvins à revenir à temps pour ne pas rater le bateau, fatigué mais ravi.
Le seul problème est que je suis incapable de dire ce que devint ensuite cette pellicule, que je ne vis jamais développée !

Nous voilà donc sortant du port de Saint-François, sur le pimpant Galexia II. Votre serviteur à la barre, pendant que son dynamique cousin se tape tout le boulot, la formule a déjà fait ses preuves. Les voiles hissées, le catamaran prend rapidement de la vitesse. L'allure est au près, comme c'est toujours le cas dans les Antilles, quelle que soit la direction que l'on emprunte (encore un mystère à élucider !). Le vent souffle toujours aux environs des 20 nœuds, c'est parfait pour une balade tranquille. Le Galexia est tout de suite à 8 nœuds, traçant deux jolis sillages.
Bientôt le pilote va remplacer avantageusement le barreur, ce qui lui permet de mieux apprécier le voyage et de prendre déjà quelques photos. Cette fois-ci, je suis équipé d'un appareil numérique, avec un fabuleux zoom, les iguanes n'ont qu'à bien se tenir.
Jean-Louis cherche des yeux les deux baleines qu'il a rencontrées hier, juste devant Sainte-Anne. Pas de baleines en vue, juste quelques poissons volants.

Le voyage est sans histoire, seule l'arrivée risque d'être difficile, la passe d'entrée dans le lagon, entre les deux îles, a mauvaise réputation sur les bouquins nautiques. Une passe en biais par rapport à la route, pour passer entre Grands-Rouleaux et Petits-Roulaux, deux récifs parallèles et décalés, qui créent une chicane d'entrée. Les Instructions nautiques précisent : faire route vers la pointe de Terre de Haut (la plus proche du vent dominant), puis obliquer à tribord en direction du phare, quand celui-ci se présente à 137°. C'est clair, après on ferme les yeux et ça passe…

L'entrée dans la passe est réussie, le voilier se glisse entre les gros rouleaux qui déferlent, peut-être un peu trop près de Terre de Haut, vu les fonds assez faibles que l'on mesure. Votre serviteur est à la barre et le captain à l'avant, sur le trampoline, pour diriger la manœuvre et surveiller les récifs.
Ensuite, il n'y a plus qu'à se laisser glisser vers les corps morts, que l'Administration, bonne fille et soucieuse du site, à fait installer.
Nous ne sommes pas seuls au mouillage, un catamaran à moteur et deux à voiles sont déjà à poste, ce sont des professionnels qui font du charter. Un bateau de pêche est curieusement installé au milieu d'eux.

La traversée nous ayant ouvert l'appétit, nous commençons par un confortable déjeuner, avant de mettre l'annexe à l'eau pour courir sus aux iguanes.
Pour ceux-ci, pas de problème, je suis un spécialiste ! Jean-Louis n'a qu'à me suivre, il va pouvoir rassasier ses yeux pendant que je leur tirerai le portrait.
Sur la plage, nous traversons une invraisemblable colonie de bernard-l'hermite, rassemblés pour une foire d'échange de coquilles.
--- Je sais où sont les iguanes, suis-moi !
Enfin, si tu peux. La végétation s'est développée au cours de la période humide, les chemins, jadis praticables deviennent quasi infranchissable en maillot de bain. Bon, à présent qu'on est là, on ne va pas renoncer. Tant pis pour les épines, à moi les portraits d'iguanes !

Mais au fait, où sont les iguanes ?
Pas le plus petit spécimen ne se présente, là où j'avais photographié des familles entières. Quand je pense qu'il y en a 9.500 répertoriés sur les deux îles !

Abandonnant le maquis, nous prenons le chemin touristique qui monte vers le phare, ce qui nous permet de rencontrer enfin deux vieux iguanes antillais.
Foin des iguanes, le paysage vaut largement le voyage !
Jean-Louis est heureux de retrouver les paysages des Bahamas ou de la Polynésie, qui font, de Petite-Terre, un site corallien assez unique dans une région volcanique. Les lointains rajoutent une touche très intéressante au spectacle : la Désirade (enfin dans le sens de la longueur) toute proche ; la Pointe des Châteaux, sur fond de mer émeraude ; la Guadeloupe, dans toute sa côte au vent. Sur les deux îles, un maquis assez rude et dense. La côte au vent, de Terre de Bas, est particulièrement spectaculaire, inlassablement battue par des flots déchaînés.
La maison des gardiens de l'île est ouverte, mais aucun gardien n'est en vue.
Sur le chemin du retour, à proximité de la plage, nous rencontrons un jeune iguane, encore affublé de sa livrée verte qui lui permet de se confondre avec le feuillage.

Les touristes commencent à partir. Pris par le charme du lieu, nous décidons d'y passer la nuit. Pour plus de sûreté, Jean-Louis va demander aux pêcheurs, qui sont désormais nos seuls compagnons, si le mouillage est sûr et autorisé. Pani pwoblem !
Après un coucher réellement royal sur les sommets de Basse-Terre (Guadeloupe), nous nous préparons pour une nuit très calme, après un copieux repas. Nous sommes seuls dans cet univers de début du monde, le bateau de pêche ayant repris la mer. Mais où sont les gardiens ? Nous comprenons enfin que les gardiens sont, en réalité, ceux que nous avions pris pour des pêcheurs.

Réveil avec le soleil. Petit déjeuner rapide. Il faut absolument que j'aille voir si les iguanes sont sortis de l'ombre.
Seul à vouloir quitter le bord, je prends l'annexe et me dirige vers la plage. Le hisse le pneumatique hors de l'eau et je pars à l'aventure. Cette fois-ci, je me suis équipé de solides jeans pour pouvoir franchir les barrières d'épines. Je parcours toute la zone où j'avais vu tant d'iguane au cours de mon précédent voyage : toujours pas un seul reptile !
Sur le chemin du phare, je retrouve mes deux vieux compagnons. Hier, au plus fort de la chaleur, ils étaient cachés sous les buissons, aujourd'hui, au lever du soleil, ils sont étales sur des branches hautes, mais ce sont bien les deux mêmes !
Salut les iguanes, je rentre.

Tiens voilà Jean-Louis qui vient à ma rencontre sur la plage. Comment a-t-il pu venir à terre sans annexe ? Avec sa bonhomie habituelle, il m'explique que s'il n'avait pas piqué un sprint pour rattraper l'annexe, à la nage, elle se serait évadée vers le large. La marée a remis le pneumatique à l'eau et le courant l'a emporté. Pas très fier de mon exploit, je l'aide à remettre le bateau à l'eau pour rejoindre le catamaran.
Nous décidons de quitter les lieux avant que le flot de touriste revienne.
Cette fois ci, nous traversons magistralement la passe, en corrigeant la légère erreur que nous avions commise hier.

Au cours du voyage de retour, nous croisons les catamarans, bondés de touristes, qui se hâtent vers Petite-Terre. Nous croisons même les deux baleines que Jean-Louis ne cherchait plus.
Nous retournons à Saint-François pour permettre à Patricia de piquer une tête à Sainte-Anne pour vérifier si Lili se porte bien. Ensuite, se sera une nouvelle croisière vers Marie-Galante.

Nous ne pouvons que conseiller aux touristes de faire la sortie vers Petite-Terre. Ils y trouveront un site unique dans l'archipel guadeloupéen et une plage exceptionnelle.
Quant aux iguanes ? …


A présent, les images :

Mouillage dans le lagon, difficile d'accès, mais bien protégé.


Vue sur l'île corallienne et la Désirade, au loin.


Une piscine naturelle, entourée de récifs de coraux.


Enfin ! Un iguane.


Une partie de la plage.


Galexia et son capitaine.



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