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Traversée de Beaufort aux Bermudes
Les Bermudes
Traversée des Bermudes à Saint-Martin

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UNE CROISIÈRE CHAUDE,
DE BEAUFORT
A SAINT-MARTIN



De Caroline du Nord aux Bermudes,
puis des Bermudes à Saint-Martin,
deux traversées longues et parfois pénibles.










































De Beaufort aux Bermudes


VENDREDI 8 NOVEMBRE 2002.


Nous sortons du long chenal qui conduit de Beaufort vers le large de l'océan. Celui-ci est d'huile, le soleil brille, le ciel est bleu, mais l'air est toujours frais.
Nous passons non loin du cap Hatteras, devant lequel une impressionnante flottille de petits bateaux de pêche de plaisance profitent d'un calme inhabituel.
Notre route est au 131°, qui n'est pas encore celle des Bermudes, en raison des brisants qui prolongent le cap très loin au large, sur notre bâbord. Notre vitesse sur le fond est de 6 nœuds.
Après avoir laissé derrière nous les brisants, nous faisons enfin cap au Sud-Est.

17 heures. L'eau de mer est, à présent, à 28°, l'air à 24, j'ai enlevé mes vêtements chauds. Je crois que cela commence la partie chaude de la croisière. Nous avons parcouru une cinquantaine de miles depuis Beaufort, sur une route proche des 102 degrés théoriques, déterminés par le Geonav, navigateur par satellites.
A cette distance de la terre, la profondeur n'est encore que de 80 mètres, fabuleux plateau continental !

L'océan, qui était vert en bordure des côtes américaines, est devenu d'un bleu marine intense dans le Gulf Stream. Cette couleur me fait penser à la Méditerranée par temps de Mistral.
Nous croisons d'énormes cargos et un bateau de croisière. Par contre, aucun plaisancier n'est en vue.



SAMEDI 9 NOVEMBRE 2002.


A minuit, je me lève pour prendre mon quart, à la suite de François. Couché à 19 heures, je n'ai pas fermé l'œil. Le bruit du moteur sur lequel se trouve ma couchette, malheureusement le seul valide, joint à des mouvements très désordonnés du bateau, accompagnés de chocs, de grincements, de craquements, de grognements, de toute une cacophonie de bruits inimaginables, se sont ligués pour m'empêcher de dormir.
Mon quart commence donc au moteur, sous grand-voile seule. Le bateau bouchonne dans des vagues courtes et brutales, venant de face. Nous avançons entre 2 et 4 nœuds sur la surface et 2 nœuds de plus sur le fond, grâce au courant.
C'est le navigateur G.P.S qui nous donne l'indication de vitesse sur le fond, l'autre provenant d'un simple loch.
L'eau de mer est à 30,1° Celsius, nous sommes dans le Gulf Stream.

Vers 1 heure, au cours d'une visite de Jean-Louis, qui ne peut pas dormir également, nous établissons le génois. Le vent, venant moins de face, la voile d'avant va pouvoir se gonfler.
Moteur arrêté, nous fonçons entre 8 et 10 nœuds sur le fond.

Un voilier fantôme coupe notre route, sans feux de route.
Jean-Louis retourne se coucher. Le reste de mon quart est sans histoire, pas d'autre bateau en mer, un vent irrégulier, mais efficace quand même.

Dans l'écume, autour du bateau, des phosphorescences apparaissent, de gros points lumineux que la vague disperse. En Méditerranée, en été, elles sont très différentes, beaucoup plus fines et beaucoup plus nombreuses, elles illuminent toute l'écume des vagues d'étrave.

Plus nous entrons dans le Gulf Stream, plus la mer se transforme en un véritable chaudron de sorcière, où l'eau semble littéralement bouillir. Au bout de 3 heures de quart, j'ai beaucoup de mal à terminer ma veille, les mouvements brusques du bateau sont fatigants pour l'organisme et le manque de sommeil se fait cruellement sentir.
Jean-Louis me remplace, pas très brillant non plus.
Malgré tout, Galexia avance bien quand même, l'océan est désert, les voiles bien établies, le pilote automatique fonctionne à la perfection, il n'y a rien à faire qu'à encaisser les coups de boutoir des vagues et ce n'est déjà pas rien !

Vers 6 heures, je suis réveillé par des conditions de mer plus dures encore. Je monte dans le cockpit. François est seul, Jean-Louis étant retourné se coucher.
François se souvient que, dans les mêmes parages, avec des conditions analogues, mais plus dures encore, il avait déchiré sa grand-voile. Ce qui lui occasionna, avec une panne du moteur en supplément, un mois d'arrêt aux Bermudes.

Le bateau marche toujours bien sous voiles, mais la mer est devenue un véritable chaudron bouillonnant, pas très creuse, mais avec des vagues dans tous les sens.
Nous commençons à sortir du Gulf Stream, l'eau n'est plus qu'à 28,5°.
Bientôt nous traverserons les bancs d'algues flottantes de la Mer des Sargasses. Les vagues s'ordonnent et le bateau cesse de souffrir, nous aussi.
Je photographie un très beau lever de soleil.

Après cette première nuit difficile, la mer s'est bien améliorée et un bon vent nous a fait progresser à plus de 6 nœuds de moyenne, au près, jusqu'à 14 heures. A partir de là, les choses se gâtent, nous ne sommes pas encalminés, mais presque.
Le soleil est chaud, le ciel bleu avec quelques cirrus. La température de l'eau est redescendue à 26° et la température dans le carré est à 25°. Pour la première fois, depuis le début de la croisière, nous avons chaud. J'ai bien dit que nous avons chaud et non que nous n'avons pas froid !

Ce matin, j'ai pris mon bain sur la plage arrière bâbord, celle qui a une échelle pour sortir de l'eau, on ne sait jamais ! Je me suis aspergé avec des seaux d'eau de mer et je me suis savonné avec le détergent pour la vaisselle (le seul produit qui mousse à l'eau salée). Un rêve ! L'eau douce étant rationnée à bord, il ne faut pas rêver à une telle débauche aquatique avec elle.



DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2002.


Ce matin, à 6 heures, à la fin de mon quart, quand la lumière du jour parvient enfin à percer les nuages, je m'aperçois que nous naviguons en pleine Mer des Sargasses. Des algues flottent autour de nous, à perte de vue. Il paraît que c'est tout un monde vivant qui part ainsi à la dérive, au gré des vagues et des courants.

La nuit a encore été pénible. J'ai eu le troisième quart, de 3 heures à 6 heures. Pourtant, j'ai eu le déplaisir de voir mes deux complices filer se coucher à 18 heures, me laissant accomplir un premier quart seul, avant que Jean-Louis prenne le sien. Je reconnais, d'ailleurs, que la veille, j'avais réussi à me tirer au lit plus vite que mon ombre. C'est la règle du jeu, le soir, le dernier qui reste est celui qui s'y colle.
Ce supplément, avant, ne m'a pas évité d'effectuer un troisième quart supplémentaire, après, pour leur permettre de faire la grasse matinée. Bah ! Cela veut sans doute dire que c'est moi qui suis le plus en forme.

Il faut dire que l'on dort très mal en mer sur un catamaran. Alors que ce type de bateau est beaucoup plus confortable qu'un monocoque, dans un mouillage abrité ou à quai, en mer, c'est l'enfer. Un monocoque arrive à peu près à trouver un rythme régulier d'oscillations, un catamaran, au près, comme nous sommes en permanence sur une mer formée, a des mouvements désordonnés et tape de façon épouvantable, quand ce ne sont pas les vagues qui viennent exploser sous le pont qui joint les deux coques.
Le vent et la mer arrivant en permanence sur la proue de la coque tribord, quand celle-ci se plante dans une vague particulièrement forte, la proue bâbord, dans laquelle est ma cabine, se soulève et retombe violemment sur l'eau, en faisant craquer toutes les structures, cloisons, meubles et planchers. Dormir, dans ces conditions, est très difficile.

Vers 8 heures, le soleil n'ayant toujours pas réussi à sortir de derrière les nuages, un vent de 30 nœuds s'est levé, ce qui renforce les creux de la mer déjà bien formée. Galexia se met à danser la java, en projetant sur le sol tout ce qui n'est pas arrimé à bord.
Toujours au près, la plus mauvaise allure pour un catamaran, le bateau a plus en plus de mal à progresser.

Un voilier croise notre horizon. Une femme, sans doute une Américaine, nous interpelle à la V.H.F, mais ses propos sont incompréhensibles.

Plus tard, François pêche un splendide thon de 80 centimètres de long. Il range aussitôt sa ligne, déclarant que nous avons suffisamment de poisson pour l'instant, pendant que Jean-Louis, le maître-queue, découpe les filets.



LUNDI 11 NOVEMBRE 2002.


Hier soir, j'ai pris le premier quart, de 21 heures à minuit.
La mer était un peu moins creuse, le vent soufflait entre 15 et 25 nœuds, le bateau marchait bien, sur un cap un peu trop Nord pour l'objectif.

Ce matin, la houle a repris, le vent faible est dans notre nez, comme d'habitude. Nous faisons route au moteur pendant quelques heures, pour nous remettre sur la bonne route.

Traverser, de Beaufort aux Bermudes, n'est pas une sinécure, quand on a toujours une grosse houle et le vent dans le nez !

Petit conflit écologique à bord. Depuis le début de la croisière et sans doute jusqu'à la fin, bien au-delà de mon débarquement puisque François va jusqu'à Sainte-Lucie, un conflit oppose notre horloger normand avec Jean-Louis.
Comme tout bon fumeur, François estime normal de polluer l'environnement de ses rejets. " Je paie les cigarettes et les taxes qui vont avec, les autres doivent en supporter les conséquences ! ". Chaque fois qu'il veut fumer, il sort gentiment dans le cockpit, par contre, ses mégots finissent tous à la mer.
A chaque fois qu'il le voit faire, Jean-Louis le lui reproche vivement, en lui disant qu'il faut 400 ans pour éliminer un filtre de cigarette. François affirme se moquer royalement de l'écologie, ce n'est sans doute pas à son âge que nous pourrons le faire évoluer !
A un moment, ne sachant plus comment se dédouaner, notre Normand s'exclama : " Et le père Jaouen m'a dit… ! ". Nos éclats de rires nous ont privés d'une sentence du bon père contre l'écologie. Quand on sait dans quel état de saleté est le " Bel Espoir II ", on peut penser que le jésuite flottant n'est pas habilité à donner son avis sur la question de l'écologie marine.

Après-midi. Insensiblement, le vent forcit. De lourds nuages d'orage noirs viennent sur nous. Il devient évident que nous allons traverser un bon grain. Qu'importe le bon grain, pourvu que l'on ait l'ivraie…sse ! Je ne dois pas être très en forme, pour les jeux de mots.
L'escalade du vent se produits comme prévu. Les réductions des toiles se font successivement : 1 ris dans la grand-voile, 1 ris dans le génois, 2 ris dans la grand-voile, 2 ris dans le génois, 3 ris dans la grand-voile, 3 ris dans le génois, le vent est à plus de 45 nœuds. Il ne nous reste plus, comme ultime solution, qu'à prendre la fuite, en attendant, nous abattons de 5° pour soulager le bateau. Encore des miles qui vont nous porter trop au Nord de notre route !
D'autant plus au Nord, que Galexia part courageusement à la conquête des énormes vagues, des montagnes noires de plus de 5 mètres de creux. Au près bon plein, notre vaillant bateau atteint encore 10 nœuds et se tient en permanence à plus de 8 nœuds. C'est pas mal pour un catamaran, on a perdu le confort, mais le bateau marche très bien et l'on se sent parfaitement en sécurité.

Curieusement, je me sens mieux dans ces conditions extrêmes que lorsque le bateau marsouine dans des vagues formées avec peu de vent. Il faut dire que le spectacle est dantesque et a de quoi charmer celui qui a le cœur bien accroché. Splendide !

Je constate avec plaisir que j'ai le cœur bien accroché. Non seulement je n'ai jamais eu l'ombre d'un mal de mer au cours du voyage, mais je constate, au cours des moments difficiles, comme celui que nous vivons présentement, que je n'ai jamais eu la moindre peur ou la moindre angoisse. Au contraire, on dirait que le mauvais temps me stimule !

Soirée, les éléments se calment un peu à la tombée de la nuit. Nous conservons le bateau bridé et reprenons notre cap, à une bonne vitesse de 6 nœuds, plus raisonnable pour la nuit, en équipage réduit, avec une seule personne par quart.
La chevauchée continue malgré tout, mais après ce que l'on a connu, 35 nœuds de vent, dans une mer formée, nous semble être une promenade de demoiselles.



MARDI 12 NOVEMBRE 2002.


Mon quart de minuit à 3 heures s'est passé sans problème particulier. François m'avait laissé comme consigne : " Ne touche à rien ! ", c'est ce que j'ai fait. Au cours de la nuit, le vent c'est stabilisé autour de 25 nœuds. Le ciel se dégage, puis se couvre à nouveau.

A 3 heures 30, pendant le quart de Jean-Louis, un cargo passe à moins d'un mile de nous. Jean-Louis l'interpelle en V.H.F pour avoir des informations sur la météo, aucune réponse, leur quart est-il bien assuré ? Je crois qu'il est surtout assuré par des marins asiatiques qui ne parlent pas un mot d'anglais.

Au cours de la matinée, nous avons droit à une mer très hachée, nous lâchons deux ris dans chaque voile, ce qui libère le bateau et lui permet de foncer à nouveau dans l'écume.
Nous reprenons 10° vers le Sud, pour tenter de reprendre un peu de chemin perdu sur notre route. Bien que nous allions à Saint-Georges, au Nord-Est de l'archipel des Bermudes, il nous faudra aborder celui-ci par le Sud, le Nord étant encombré par une multitude de roches dangereuses.

Le vent se stabilise autour de 25 nœuds, Galexia file à une bonne vitesse, mais nous sommes toujours trop au Nord.

En fin d'après-midi, des nuages, puis la pluie refont leur apparition. Nous poursuivons notre route, trop au Nord, jusqu'à pouvoir faire un virement de bord, à 90°, pour corriger.
Suivant le dit-on marin : " Près serré égale deux fois plus de temps et trois fois plus de route, qu'au portant ".



MERCREDI 13 NOVEMBRE 2002. Au cours de mon quart, entre 3 heures et 6 heures, j'ai pu enfin voir la lumière d'un phare des Bermudes. Comme dit Jean-Louis : " Les Bermudes, c'est comme l'Arlésienne, on en par le toujours et on ne les voit jamais ! "
Jusqu'au dernier mile, nous aurons le vent dans le nez, ce qui gène notre progression vers l'objectif, même au moteur. Avec deux moteurs se serait naturellement mieux !
Quand je pense que les Instructions Nautiques nous promettaient un bon vent d'Ouest, donc une allure au portant !

Il nous faudra encore plusieurs heures de route pour voir l'archipel lui-même, qui est très bas sur l'eau, moins de 30 mètres au Nord, région par laquelle nous arrivons.

A midi 30, nous longeons la côte des Bermudes pour contourner l'archipel par le Sud. Nous sommes loin de la côte pour éviter largement les nombreux cailloux qui défendent l'accès au Paradis.
De toute façon, ce soir nous mouillerons à Saint-Georges, havre qui, pour l'instant, semble encore vouloir se refuser à nous.
Il fait assez beau, le soleil est voilé par de petits nuages, mais la lumière est bonne pour la photographie. La mer est hachée, comme d'habitude.
La météo annonce un coup de vent dans la journée, plus au Nord. Non, merci ! On a déjà donné.

Nous embouquons enfin le chenal d'entrée à la passe d'accès à Saint-Georges. Celle-ci est étonnamment étroite, mais de gros bateaux de croisière y passent en sécurité.
Nous voici dans le lagon, prêt à nous rendre à la douane pour nous déclarer.

Reviendra-t-il ?


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Les Bermudes
Le minuscule archipel des Bermudes est une exception géographique et culturelle. Si sa réputation en fait un territoire tropical, sa latitude le place hors de cette zone géographique. Par contre, grâce au Gulf Stream, il échappe au climat assez froid en hiver de la Caroline du Nord, qui lui fait face. Bien qu'il accueille une végétation semi-tropicale, il ne bénéficie pas, en hiver, du climat de la Guadeloupe, celui-ci se rapproche davantage de celui de la région niçoise.
Pour son niveau économique et pour son mode de vie, la meilleure référence seraient les îles Anglo-Normandes de Jersey et Guernesey.
Ce qui frappe d'entrée, aux Bermudes, c'est l'aspect et l'état de conservation de ses constructions individuelles et publiques. Toutes ses maisons, qui ont une architecture très particulière, sont dans un parfait état de conservation et de peinture, même celles qui appartiennent aux habitants les plus modestes. Inutile d'insister sur le fait qu'il s'agit là d'une différence essentielle avec la situation des Antilles françaises et de la Guadeloupe en particulier. Les habitants s'ingénient à avoir toujours une maison peinte de neuf, avec une couleur spécifique, qui la distingue de celle de ses voisins. En parcourant le pays, on a l'impression de ne jamais voir deux maisons de la même couleur. Les toitures, elles, sont uniformément blanches et constituent la particularité architecturale la plus remarquable. Les maisons sont couvertes par des blocs de béton, superposées en marche d'escaliers. L'étanchéité de l'ensemble est réalisée par un enduit au ciment peint à la chaux blanche. Un curieux système de rigoles permet de récupérer l'eau de pluie, l'archipel manquant de cette ressource naturelle.
Les villes et villages de l'archipel, constituent autant de décors d'opérette, aiguayés par les teintes pastels, sombres ou claires, des façades. Le tout est, naturellement, dans un état de propreté absolu.
Les habitants se flattent de bénéficier d'un revenu minimum de 3.000 dollars par mois et d'avantages fiscaux considérables. Il est vrai que la vie est, ici, particulièrement chère.


Alors que ma femme, Patricia, a accepté avec indulgence de n'avoir droit qu'à deux coups de téléphone durant tout le voyage, même si elle ne croit pas que j'ai de bonnes excuses, pourtant authentiques, c'est mon amie, Doudou, qui m'a fait une scène épouvantable, par Internet interposé, bien qu'elle ait reçu deux fois plus de messages.
Il est vrai que Doudou a 26 ans et Patricia plus du double. Doudou n'est pourtant qu'une amie, imaginez si c'était ma maîtresse !
Non, n'imaginez rien, ce serait absurde. D'abord parce que les natifs de la vierge sont fidèles, ensuite parce qu'avoir une maîtresse plus jeune que sa fille serait une aberration pour elle et une stupidité sans nom pour moi. Un vieux bouc, comme moi, doit se contenter de phantasmes et de liaisons virtuelles. C'est quand même agréable d'avoir une jeune femme qui s'inquiète de mon sort, de façon totalement désintéressée et qui me fait une scène de… Une scène de quoi ? De jalousie ? Il y a longtemps qu'il n'y a plus de sirènes. Scène d'une femme délaissée ? Il y a pourtant des personnes bien réelles, et proches d'elle, qui la chouchoutent. Mystère du cœur féminin !

Il faut dire que ce satané téléphone et se sacré Internet m'auront bien ennuyé au cours de la partie américaine du parcours. Les Américains sont tellement convaincus d'habiter le seul pays civilisé du monde, qu'ils n'ont pas prévu que l'on pourra appeler un autre pays, de chez eux. Quand on est sur les côtes de l'Amérique profonde et que l'on ne couche pas à l'hôtel, impossible de communiquer.
Le seul étranger qui existe pour eux, c'est le Canada, sans doute parce qu'ils espèrent l'annexer un jour, ce qui serait peut-être déjà fait s'il n'y avait pas ces emmerdeurs de Québécois.
Même le téléphone mondial par satellites, de Jean-Louis, ne nous a pas permis de joindre Patricia, le jour de son anniversaire. Commentaire de l'intéressée : " De toute façon, je ne m'attendais pas à un appel, puisque tu oublis chaque année de me le souhaiter ! " Oui mais, si Jean-Louis y avait pensé, lui ?
Quant à Internet, sans un équipement très sophistiqué et très onéreux, qu'un propriétaire de bateau peut acquérir, mais pas un passager, c'est plus une servitude désespérante qu'un moyen de communication efficace et fiable.

La galanterie, bien française, de Jean-Louis, nous vaut une belle rencontre. En sortant de la seule supérette de Saint-Georges, pendant que je tiens la porte à une dame chargée de lourds paquets, il propose à celle-ci, en anglais, de porter les sacs jusque chez elle. Elle répond en français, en s'exprimant très correctement, mais avec un fort accent, qu'elle est ravie de cette proposition. Nous escortons donc la dame chez elle. Jean-Louis a d'autant plus de mérite, que cette dame, très élégante et charmante, nous paraît être d'un âge vénérable, à nous qui ne sommes pas des galopins.
Elle nous explique qu'elle est née à Montréal, mais qu'elle était alors de langue anglaise, comme la plupart des habitants de cette ville à l'époque. Elle a ensuite était mariée " contre " un français, qui lui a enseigné notre langue.
Elle nous invite à visiter sa maison, qui n'est pas sans intérêt puisqu'elle est classée monument historique et se trouve être la plus ancienne maison de Saint-Georges. Elle apparaît sur tous les guides de l'archipel et sur tous les ouvrages d'art consacrés à l'architecture bermudienne. C'est l'ancien presbytère de Saint-Georges.
La dame n'oublie pas de nous glisser des dépliants nous informant qu'elle loue deux de ses chambres aux touristes de passage.

Le surlendemain de notre arrivée à Saint-Georges, le bateau de Michel, notre ami québécois, entre à son tour dans la passe étroite qui donne accès au lagon. Pourtant, Michel nous avait affirmé ne pas s'arrêter aux Bermudes et tirer tout droit, de Beaufort à Saint-Martin.
Le soir même, autour de boissons, en présence de trois jeunes Québécois qui occupent le bateau voisin du nôtre, notre homme s'explique.
Au cours de sa traversée, à mi-chemin, il a été surpris par un grain blanc, que pourtant il avait vu arriver sur l'écran de son radar, sans savoir à quoi s'attendre exactement. Se sentant à l'abri des surprises, avec trois ris dans la grand-voile et son plus petit foc, il fut soudain assailli par une terrible bourrasque, qui coucha à trois reprises son robuste Corbin de 12 mètres. Trois K.O. qui le plongèrent dans l'angoisse pour son gréement et pour d'éventuelles entrées d'eau par le conduit d'aération de son réservoir de gas-oil.
Heureusement, il y eut plus de peur que de mal, mais cela décida notre vaillant solitaire, qui a navigué pendant des années, dans les Amériques, dans les Antilles et en Europe, sans jamais connaître un tel problème, à faire escale à Saint-Georges pour se remettre de ses émotions.
Tabernacle, vite un ptit-punch !

Au sein du groupe de jeunes québécois, qui était à bord au moment où Michel raconta son aventure (Tabernouche !), est en train de se nouer un petit drame.
Le jeune couple, propriétaire du bateau, débute dans la voile et dans la navigation. Ils se sont adjoint un garçon de leur âge, dont l'expérience est déjà affirmée.
Leur bateau est amarré devant Saint-Georges depuis quinze jours. Manifestement, le couple répugne à reprendre la mer, un peu refroidi par la traversée de Beaufort aux Bermudes. Leur compagnon piaffe d'impatience.
Discrètement, il demande à Jean-Louis de l'embarquer à son bord. Affirmant qu'il en a plus qu'assez de passer ses soirées à faire la fête avec des anglophones.
Cette demande place Jean-Louis dans une situation délicate. Accepter l'embarquement du jeune homme revient à condamner le couple à finir son odyssée aux Bermudes, qui n'est pas un site idéal pour une longue escale, surtout pour des Québécois, en raison de la langue parlée et de la cherté des prix. Il refuse donc poliment.
Combien de petits drames se jouent ainsi sur des bateaux partis à l'aventure ?

En empruntant les services d'autobus et de bateaux réguliers, avec un abonnement de la journée, nous visitons le moindre recoin de l'archipel, qui vaut largement la visite.



SAMEDI 16 NOVEMBRE 2002.


La météo prévoit l'arrivée d'un front froid pour demain, dont nous ressentons les premiers effets ce matin. Si nous ne partons pas cet après-midi, nous serons cloués ici jusqu'à mardi, au moins. Nous décidons donc de partir.

Avant cela il nous faut compléter les pleins d'eau et de carburant. Galexia n'étant pas très maniable avec un seul moteur et l'accès au quai de la station service étant assez délicat, nous utilisons l'annexe pour le faire. Deux voyages nous suffirons, à François et à moi.

Le bureau de la douane, où nous devons faire nos déclarations de départ, étant fermé entre midi et quatorze heures, nous bénéficions d'un spectacle folklorique destiné aux touristes. Deux personnages en costumes du XVII° siècle, un représentant de la loi et une dame pécheresse, minent une scène haute en couleur, en utilisant quelques-uns uns des instruments de torture qui décorent la place située en bordure du port et devant l'hôtel de ville de Saint-Georges.
La condamnée est installée sur une chaise en bois placée à l'extrémité d'une sorte de fléau. D'un côté la dame sur sa chaise, de l'autre une demi-douzaine de bourgeois (en l'occurrence des touristes mâles) qui manœuvre l'instrument. La chaise est amenée au-dessus de l'eau du port, à une hauteur d'environ 4 mètres et les exécutant lâchant soudain leurs poignées, la laisse tomber brutalement, avec son occupante, dans l'eau pas très chaude. La manœuvre est renouvelée trois, pour le plus grand plaisir des spectateurs et accompagnée par les cris de la dame, dont la chair de poule témoigne de la rigueur du traitement.
A l'époque, une dame, qui avait faillit à l'honneur de son sexe, pouvait être condamnée à une vingtaine de plongeons de ce genre. Ce traitement n'était pas mortel, mais pouvait remettre en place, aussi bien que les bains de siège préconisés par Rika Zaraï, les idées et les humeurs d'une coquine.
Je reconnais, dans la personne pittoresque de l'exécuteur de hautes œuvres, le patron du cybercafé dont j'ai utilisé le matériel à deux reprises. La jolie pécheresse est une commerçante et conseillère municipale de Saint-Georges.

Après un dernier tour en ville pour nous débarrasser des dollars bermudiens qui, bien qu'ayant la parité avec les dollars US, ici, n'ont pas de cours légal, ailleurs, nous retournons au bateau et nous levons nos ancres.
Au passage, nous envoyons un petit bonjour à Lumar et à Michel, son courageux capitaine, puis nous embouquons l'étroite passe qui conduit à la haute mer.

Maison typique des Bermudes
Hamilton, la capitale
Saint-Georges
D'étonnants levers de soleil.


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Des Bermudes à Saint-Martin


SAMEDI 16 NOVEMBRE 2002.


Une fois hors du goulet, nous retrouvons exactement les mêmes conditions que nous avions au moment de notre arrivée aux Bermudes : un vent de 25 à 35 nœuds et une mer formée, avec une petite modification d'importance : le vent souffle à présent du Sud, direction dans laquelle nous devons aller.
Après avoir évité les brisants qui nous menacent sur tribord, nous essayons d'adopter une route aussi proche que possible de la route théorique espérée, c'est-à-dire qu'au près serré, nous pointons nos étraves vers Porto-Rico au lieu de Saint-Martin.
Nous avons quitté le port avec un ris dans la grand-voile et deux ris dans le génois. En libérant un ris, de ce dernier, Galexia bondit à 9 nœuds. Comme les creux sont déjà impressionnants, Jean-Louis a peur que le bateau n'enfourne dans une vague plus forte que les autres et demande le retour prudent du second ris. La vitesse se maintient alors entre 6 et 7 nœuds.
Pour l'instant, nous bénéficions d'un ciel clair, avec du soleil et de petits nuages.

Le vent reste soutenu, mais tourne légèrement hors de la présence de l'archipel, ce qui nous oblige à abattre un peu plus et à faire ainsi une route encore plus à l'Ouest, au 230, en direction de Cuba.
Nous sommes contraints de suivre ce cap toute la soirée et toute la nuit, puis de tirer un bord dans l'autre sens au lever du jour. Cette seconde route, vers l'Est, ne nous fait pas beaucoup progresser vers notre objectif.

Je prends le premier quart. La nuit est belle, le bateau marche bien, entre 7 et 8 nœuds, la mer se calme et s'ordonne un peu, on va enfin pouvoir dormir !
Fausse espérance, au cours du deuxième quart, celui de François, la drisse de l'enrouleur de génois se casse. Jean-Louis et François s'affairent pour le remettre en place. Je suis réveillé, mais, dans un demi-sommeil, j'attends sur ma couchette que l'on m'appelle, ce qu'ils ne feront pas.
Un cargo passe à proximité de nous. En le regardant, François découvre soudain une balise non éclairée, qui défile à moins de deux mètres de l'une de nos coques. Breueee !

Nous avons acheté des bananes. Comme aux États-Unis, elles sont vendues à un prix dérisoire, trois ou quatre fois moins cher qu'en Guadeloupe. Les compagnies fruitières américaines sont les pires organisations colonialistes qui sévissent sur le continent sud-américain. Il faut dire que ces fruits sont particulièrement insipides, vivement les bananes-pommes du morne Montmain !



DIMANCHE 17 NOVEMBRE 2002.


Je me lève à 7 heures. Jean-Louis m'attendait pour virer de bord. Nous parvenons à tenir une route pas trop Est, au 121.
La mer est hachée, désordonnée. J'ai l'impression de me répéter, c'est malheureusement le cas. Vent dans le nez et mer désordonnée ont été notre triste lot quotidien jusqu'ici, c'est à dire les pires conditions pour naviguer sur un voilier de plaisance. Mais, dans ces conditions, la voile est-elle plaisante ? J'en viens à me le demander.
La hauteur des creux n'a pas trop de signification en soit, ce qui compte, c'est le bon ordonnancement de la houle. Dans une mer hachée, bouillonnante, le moindre déplacement à bord devient difficile. Le bateau est occupé par des personnes ivres. La lecture est difficile, l'écriture presque impossible.

Fréquemment, le matin, surtout lorsque la nuit a été agitée, nous trouvons un ou plusieurs poissons volants sur le trampoline ou sur l'une des coques. Pas de quoi se nourrir, surtout parce qu'ils sont pleins d'arrêtes.
Je suis un peu peiné par ces morts stupides et inutiles. C'est un peu comme si je trouvais des oiseaux morts. Ils sont si beaux, ces exocets, quand ils jaillissent de l'onde, pour effectuer leur longue course hésitante au-dessus des vagues !
Parfois, la masse impressionnante de notre voilier en fait décoller toute une escadrille, qui éclate en gerbe, comme le fait si bien la Patrouille de France.
Bel exocet, ta fuite devant nous est plaisante pour l'œil, ne t'en prive pas, mais évite de partir dans le mauvais sens et de finir, dérisoire et sec, sur un pont de plastique !

Après avoir fait le moins mauvais Sud possible, jusqu'au milieu de la matinée, pour échapper au front froid annoncé par la météo sur les Bermudes, nous tirons un long bord, au 110°, pour revenir un peu sur notre route.

J'observe la mer du haut de mon perchoir, le banc placé devant la barre à roue. Combien de navigateurs ont parlé de l'immensité bleue de la mer ?
Je conteste cette image. Le cercle de l'horizon, que nous nous avons autour de nous, au large, par temps clair, ne donne pas une impression d'immensité que l'on peut voir sur des sites terrestres, comme le désert ou la haute montagne, où, pourtant le champ visuel est limité par le relief. C'est comme pour une maison vide, on manque de points de repère. Quand je regarde autour de moi, j'ai plutôt l'impression d'être dans l'intimité de la mer. La scène est vaste, certes, mais ne donne pas une impression d'infinité comme la contemplation d'un ciel étoilé.



LUNDI 18 NOVEMBRE 2002.


Toujours le même vent, toujours la même mer ! Pendant combien de temps un organisme humain peut-il supporter d'être secoué en permanence ?
Le véritable problème est que nous ne pouvons plus réellement dormir, nous somnolons tout au long de la journée et tout au long de la nuit. Nous ne mangeons plus beaucoup. Le Chef n'a pas envie de se mettre au fourneau et l'équipage n'a pas d'appétit. Ce dernier point est plutôt favorable à notre ligne.

J'ai pris le quart de minuit à 3 heures, rien de particulier à signaler, si ce n'est que j'ai écris pendant trois heures, à la lumière de la merveilleuse lampe de lecture à diodes, que j'ai achetée à Morehead. Dire que je pourrai me relire ensuite…
Je ne peux écrire qu'en plein air, juché sur mon perchoir favori. Comme je suis le seul à l'apprécier, on me le laisse, j'y passe une bonne partie de mes journées et de mes quarts de nuit.

Depuis notre départ des Bermudes, nous avons parcouru environ 300 miles, pour avancer de moins de 160 miles sur notre route.
Heureusement, les cartes météo, offertes gracieusement par la douane de Saint-Georges, sont optimistes pour aujourd'hui, nous devrions toucher du vent d'Est dans l'après-midi, ce qui nous permettrait, enfin, de faire route vers Saint-Martin.

Quel Dieu dois-je prier pour que cela se réalise ? C'est dans l'adversité que l'on devient mystique, mais la perspective de tituber encore pendant une douzaine de jours et de voir une moiteur salée imprégner tout à bord, me rendrait faux-jeton.
Si Dieu existe, il y a longtemps qu'il s'est fait une opinion sur mon compte. Si mon ami Bagdad était Dieu, il serait peut-être indulgent à mon égard, j'en connais d'autres qui me feraient rôtir en Enfer avec satisfaction !

Heureusement qu'il y a le soleil ! Peu à peu, au cours de la matinée, le moral remonte. Nous commençons à croire que la mer s'étale, ce qui n'est sans doute pas vrai. On trouve que le vent pourrait être pire, heureux de faire un peu de Sud quand même.

S'il n'y avait pas Pythagore et son fameux théorème, qui nous imposent de multiplier la route à faire par racine de deux, sans compter que lorsque l'on arrivera au sommet du triangle, il faudra revenir à l'intersection de l'hypoténuse pour être arrivés. Foutus Grecs ! Que viennent-ils faire dans ces mers océanes ? Parlez-moi de Barbe-Noire, ce n'est pas lui qui aurait pondu un théorème aussi désavantageux pour les voiliers qui tirent des bords !

Parmi les facteurs positifs, il y a la température de l'eau, plus de 27°, ce qui ne servirait pas à grand chose si la masse d'eau, sur laquelle nous sommes, ne constituait un fameux radiateur qui nous permet de vivre en maillot de bain, au lieu de porter trois épaisseurs de laine.

Fin de matinée, le vent se calme progressivement, nous lâchons tous les ris pour conserver une vitesse d'environ 6 nœuds, toujours sur un cap au 136°, beaucoup trop à l'Est. Le moins pire des caps, car il nous permet de faire encore du Sud.
La mer devrait se calmer, ce qui n'est pas encore le cas.
Cette baisse du vent annonce-t-elle un changement de direction de celui-ci ? Nous l'espérons.

Nous faisons une tentative de remplacement de la drisse d'enrouleur de génois, qui, s'étant cassée est devenue trop courte. Aucun des cordages, disponibles à bord, ne fait l'affaire : ou trop courts, ou trop gros en diamètre. Nous finissons par démonter la drisse du génaker, qui n'est pas utile en ce moment.

Au cours de la soirée, le vent devient si faible qu'il nous faut recourir au moteur, ce qui nous permet de reprendre la bonne route vers notre objectif, au 190°, légèrement plus à l'Ouest pour corriger notre dérive vers l'Est.

La nuit entière se passe au moteur, ce qui permet de faire un bon cap et de recharger nos batteries, mais qui rend mon sommeil plus problématique encore. Installé sur le seul moteur valide, je profite largement de son bruit, de ses vibrations et de sa chaleur.



MARDI 19 NOVEMBRE 2002.


Je prends le troisième quart, de 3 heures à 7 heures. Pour la première fois, je peux me servir de mon ordinateur pendant toute cette période, qui passe ainsi comme un clin d'œil. Cela ne m'empêche pas de faire une inspection soigneuse des paramètres du bateau et un tour d'horizon visuel toutes les dix minutes, environ.

A 5 heures 30, François se lève et me propose gentiment de me remplacer dans mon quart, ce qui me permettrait de retourner me coucher.
Merci, mon cher François, entre écrire sur mon micro et me coucher sur le moteur, mon choix est vite fait, je reste !

Vers 8 heures, miracle ! Jean-Louis peut couper le moteur, sans ralentir le bateau et sans changer de cap. Le vent d'Est est enfin là !
Bientôt, des 5 à 6 nœuds, donnés par le moteur, on passe à 7 à 8 nœuds, donnés par le vent seul.

Comme les conditions de navigations peuvent influer sur le moral de l'équipage ! Alors qu'hier nous étions trois fantômes titubants, nous voici devenus trois fiers compagnons écoutant de la musique et riant aux trouvailles verbales de Bobby Lapointe.
Je fais remarquer, à François, que nous avons fini le poisson qu'il a pêché, au repas d'hier soir. Je lui suggère de remettre sa ligne à l'eau et d'attraper une daurade. Il s'exécute dans la bonne humeur.

Après navigation chagrine, voici navigation bonheur !
" Pourvou que ça doure ! ", comme disait la mère de Napoléon. Aujourd'hui c'est Austerlitz, pourvu que demain ne soit pas Waterloo !

11 heures, François à une prise au bout de sa ligne. Dès qu'il commence à la ramener, on voit briller dans le soleil une belle daurade coryphène, verte et bleue. Il ramène difficilement à bord un beau poisson d'un mètre de long. Jean-Louis attend, couteau à la main, pour extraire les filets.

14 heures, le vent forcit. Nous faisons une vitesse souvent supérieure à 9 nœuds, vent de travers, avec des pointes à 10 ou 11 nœuds. Comme la mer n'a fait que se renforcer, la cavalcade dans les vagues est impressionnante. Ce n'est quand même pas le moment d'essayer les hublots de sortie, installés sous les coques pour évacuer le bateau en cas de retournement. François dort. Je réveille Jean-Louis qui vient tout juste de commencer une sieste et nous prenons un ris dans la voile et un ris dans le génois. Nous continuons à dépasser allègrement les 8 nœuds, ce qui est bien suffisant, surtout que nous sommes sur la bonne route, droit sur Saint-Martin.

Au cours de la soirée, le vent semble devoir mollir un peu. Chacun de nous pense que cela ne sera pas plus mal si la nuit est calme. Tant pis si nous progressons de quelques miles de moins, à partir du moment où c'est dans la bonne direction.
Je prends le premier quart. Vers 23 heures, François vient me rejoindre. Impossible de dormir !
La quinzaine de degrés, que nous avons gagnés par rapport au vent, change tout en ce qui concerne la route faite, mais ne changent pas grand chose dans notre relation avec la mer. Que vous preniez de grosses vagues sous un angle de 45°, au lieu de 30°, ne vous empêchera pas de recevoir de bonnes gifles de temps en temps.
Pendant que je m'évertue à taper sur le clavier de mon ordinateur, François regarde l'horizon avec inquiétude. Un gros grain noir se précipite sur nous. Pour le rassurer, je lui fais remarquer que nous sommes sous-toilés pour le vent actuel et que nous pouvons envisager de recevoir quelques bourrasques avec confiance. Est-ce le souvenir de la mésaventure de Michel ou en raison de quelques souvenirs personnels, mais il n'est pas tranquille quand même.
Un grain tropical est toujours précédé par une forte bourrasque de vent. J'ai eu le loisir de bien observer ce phénomène depuis mon vaisseau immobile du morne Montmain.
Cette nuit, notre bateau n'est pas immobile, il se cabre et bondit dans les rafales. C'est bon, ça passe et ne casse pas !
La pluie déferle à la suite du vent. Avec une telle intensité qu'en regardant vers l'arrière, dans la lueur du feu blanc de poupe, on peut se demander si l'océan est en haut ou en bas de l'image.

Le premier grain passe, un deuxième arrive. Cette fois-ci, il dévie le vent dans notre nez, Galexia ralentit, s'arrête presque. Je mets le moteur en route, pour garder le bateau manœuvrant. Nous progressons à 1 ou 2 nœuds, contre le vent. Les vannes d'eau douce céleste s'ouvrent brutalement. " Au moins, cela dessalera le bateau ! " Tu parles, dans les minutes qui suivent, des déferlantes amères auront à nouveau envahi les superstructures.

Les grains ses succèdent, à un tel point que Jean-Louis est appelé et que nous nous retrouvons à trois dans le carré, à minuit trente, ce qui est rarissime. Heureusement, le carré, véritable lieu de vie sur un catamaran, est toujours un endroit confortable.
Jean-Louis tente d'analyser le mot " plaisance " = " plaisir " + " aisance ", on pourrait en douter !
Je ne suis pas linguiste, comme mon ami Bagdad, mais je crois qu'il doit y avoir la racine " masochisme " dans ce terme. Faire tout cela sans être payés ! Comme disait Saint-Exupéry, seul un être humain pourrait le faire. On se demande effectivement ce qu'un animal viendrait faire dans cette galère !

Et si le pilote automatique tombait soudain en panne ? Voilà le genre de question qu'il ne faut jamais poser sur un bateau, c'est aussi mal vu que de parler des animaux aux longues oreilles, qui font une aussi bonne gibelotte.

Au bout d'un moment, je décide lâchement d'aller me coucher. Mon quart est achevé et il n'y a pas grand chose à faire, qu'à rentrer la tête dans les épaules et à attendre. Et puis, mon cousin représente déjà la famille !
J'emporte discrètement mon appareil photographique numérique et mon micro-ordinateur, en me disant : " Si le bateau se retourne, ils seront au sec avec moi ! "
Je m'allonge sur ma couchette, ce qui amplifie considérablement tous les bruits du bord, puisqu'elle est en liaison rigide avec la coque, qui est en liaison rigide avec le mat, qui est en liaison rigide avec… Je sombre rapidement dans une sorte de léthargie, qui est ce que nous appelons le sommeil à bord. C'est une sorte de coma, le corps ne répond plus, mais le cerveau reste en éveil.

Celui qui a parlé du silence d'un voilier n'a sans doute jamais pris la mer avec un tel navire !
Mettez 40 nœuds de vent, mettez une mer déchaînée, mettez un voilier qui progresse contre le vent, c'est-à-dire entre 30 à 60° de son lit, et vous aurez le bruitage d'un film sur l'Apocalypse. Sifflements dans les gréements, claquements des voiles, craquements des structures, chocs sur la coque, ruissellements d'eau à tous les étages, tous les bruits disponibles se succèdent ou se superposent. Il faut ajouter à tout cela, pour un catamaran, quelques coups de raquette qui vous font croire qu'on a lâché le bateau de trois mètres de hauteur, au-dessus de l'eau.
Ne comptez pas restituer cette ambiance avec votre chaîne Hi Fi, dans votre salon. Il faudrait ajouter, pour cela, les mouvements qui vont avec. Une cavalcade à dos de dromadaire peut donner une bonne aperçue de ceux-ci.

A certains moments, je crois entendre des bruits bizarres, voire des cris venant du carré. " Lève-toi ! Monte voir ! Va proposer ton aide ! ", dit mon cerveau, mon corps, lui, ne bouge pas d'un pouce. Si quelqu'un venait frapper à ma porte, cela me donnerait le supplément d'influx nécessaire, mais, tout seul, rien à faire, rien ne fonctionne !



MERCREDI 20 NOVEMBRE 2002.


A 5 heures, je monte dans le carré. Jean-Louis y est couché sur une banquette. Il marmonne qu'un quart de minuit à 6 heures est très long. " Mais non, cousin, tu exagères ! De minuit à 5 heures seulement, puisque je suis là. " Il n'a pas l'air vraiment convaincu.
Heureusement pour notre moral, l'écran du navigateur par satellites nous montre que nous progressons vite et sur la bonne route. Si, en plus, il fallait tirer des bords !

Après cette dure nuit, un pâle soleil a fait une timide apparition, puis s'est caché derrière de vilains nuages.
Le vent est toujours de même force. Notre vent apparent monte entre 35 et 40 nœuds, suivant les mouvements du bateau. La mer, par contre, continue à se creuser. Par un phénomène hydrodynamique inévitable, un vent constant engendre une houle de plus en plus forte. Nous franchissons parfois des montagnes liquides impressionnantes. Mais, grâce au principe de ce brave Archimède, Galexia passe toujours au-dessus, jamais à travers, bien qu'une déferlante vienne de temps en temps nous rappeler à l'ordre.
Archimède, voilà un Grec sympathique aux yeux des marins !

Avec ses 12 mètres sur 8, Galexia ne pèse que 2.865 kilogrammes, à vide. C'est le poids d'une grosse berline. Je parie qu'il flotte mieux que celle-ci !
En rajoutant une tonne, pour François et pour ses bagages, c'est encore très raisonnable.

Pendant toute la journée, le vent continue à souffler d'Est. Ce vent d'Est, je le connais bien. Nous sommes à 26° de latitude, au lieu de 16 pour le morne Montmain, mais c'est le même vent qui souffle, ici et là-bas.
10° de latitude, cela fait 600 minutes d'arc, soit 600 miles nautiques, la distance de Dunkerque à Nice. Le climat de notre région est moins variable que celui de la France. Il faut dire que l'eau, qui défile sous notre coque, est à plus de 30° Celsius, ce qui est à peu près la même chose qu'en Guadeloupe. L'océan est un fabuleux régulateur de climat. Quel est le différentiel de température de l'eau de mer, entre Nice et Dunkerque, en ce moment ?

Dans le courant de l'après-midi, à la suite d'un grain, le soleil est ressortit et m'a permis d'apprécier un phénomène optique extraordinaire. L'eau de l'océan est devenue bleu outremer (ce qui est presque de circonstances) et une lueur d'aspect fluorescent est apparue, par endroit ou de façon généralisée. Impossible, malheureusement de fixer cette coloration sur une photographie.



JEUDI 21 NOVEMBRE 2002.


Le calme, qui était déjà prévisible au cours de mon quart, de minuit à 3 heures, s'est installé en cours de matinée. Nous faisons route au moteur, sur un excellent cap, mais à faible vitesse. La mer s'aplatit lentement, conservant, pour l'instant, un fort résidu de houle.
Espérons que ce calme sera le signe d'une renverse du vent ou du fait que nous allons enfin toucher l'alizé, ce qui serait normal sous notre latitude.
La pleine lune, ou quelque chose qui en était proche, a éclairé notre nuit al giorno.

Par 24° 10' 28 " de latitude Nord et 63° 17' 28 " de longitude, au-dessus d'un fond de 4.946 mètres, dans un air à 29° et une eau à 30,1°, Jean-Louis arrête le moteur pour que je puisse me baigner. Un nœud de chaise autour de la taille, fait avec le bout de sécurité, et me voilà dans l'eau, à proximité de l'échelle de bain. " Tabernoche ! " Dirait Michel. " Que l'eau est bonne ! ".

L'océan a la couleur outremer, irréelle, qu'il avait hier, après les grains, alors qu'il fait plein soleil aujourd'hui. Enfin, un plein soleil tropical, où les nuages ne sont jamais très loin, pas un plein soleil méditerranéen. Pourtant, l'instant m'inspire une chanson improvisée et, tout en barbotant, je chante (faux ?) :
" Chaleur de mon pays perdu,
Je te croyais disparue…

J'ai quitté mon pays,
J'ai quitté ma maison,
Pour suivre mes amis
Partis sans raison,
Sur la route amère
De l'océan immense,
Loin de ma belle-mère
Et du bonheur intense
Que me donnait ma femme,
Ma chienne et mon chat.
Aujourd'hui je reviens, infâme,
Les poches vide et le ventre plat.

Chaleur…. "

Heureusement qu'Enrico n'est pas mort, car il se retournerait dans sa tombe !

Finalement, le vent est revenu, mais du Sud-Est, mauvaise route ! Tabernacle !
Fausse nouvelle ! Ce vent n'était que le prélude à un petit grain. Ceux-ci se succèdent toute la journée. Dans l'ensemble, nous progressons surtout au moteur, ce qui ne fait pas vraiment notre affaire. Vitesse, environ 4 nœuds, mais dans la bonne direction.
Que nous réservent les jours qui viennent ?



VENDREDI 22 NOVEMBRE 2002.


22-11-2002, encore une date intéressante pour ceux qui croient à la symbolique des nombres ou qui, comme moi, sont seulement sensible à leur esthétique.

J'ai pris le quart de 3 heures à 7 heures. J'ai trouvé Jean-Louis tranquillement installé dans le séjour, en train de lire avec une lampe de poche. La nuit est paisible et très claire. Seuls quelques champignons de petits grains persistent à pousser sur l'horizon. Le vent est faible et nous parvient sous un angle trop pointu par rapport à notre route théorique. Nous sommes donc sous voilure complète, appuyée par le moteur. Nous progressons à 6 nœuds et, pour la première fois depuis notre départ des Bermudes, le bateau est animé de mouvements doux et réguliers.
Quel calme, quelle tranquillité après ces jours et ces nuits difficiles ! Je pianote sur mon clavier extérieur d'ordinateur, dans un confort presque parfait.

Ces moments de quart, quand les soucis des éléments et du bateau s'estompent, au profit de la réflexion personnelle, sont les plus intenses et les plus agréables. Même si deux compagnons dorment dans les coques, j'ai vraiment l'impression d'être seul au milieu d'une mer sans limite.
Mon esprit alors s'envole vers d'autres horizons, des voyages immobiles qui se font dans un espace, plus onirique que réel, dans le temps plus que dans l'espace géographique. J'ai l'impression de disposer d'une fabuleuse disponibilité intellectuelle, pour reprendre le fil des rêves que j'ai abandonné naguère, quand j'étais jeune et vivais d'espérances. Certes l'espoir ne m'a pas quitté, ce serait terrible d'affirmer cela, mais il n'est plus qu'un sentiment diffus, sans objectif à moyen ou à long terme. Je n'ai plus d'objectifs professionnels, je n'ai plus d'objectifs affectifs ou familiaux, je n'ai plus d'objectifs irrationnels, de rêves fous, partir au bout du monde, trouver un remède au cancer, inventer la machine universelle, même plus celui de gagner le gros lot du loto. Et pourtant, je me sens tellement vivant et disponible pour de grandes et de belles choses. Pour des rapports humains, riches de chaleur et de fraternité, pour des amours déraisonnables et immatériels. En fait, je suis retraité pensionné depuis quelques semaines à peine et j'ai l'impression d'être au début de longues vacances, dont je me demande encore à quoi elles vont être employées. Avec, au bout, la rentrée. La rentrée dans quoi, au fait ?

Le problème vient du fait que nous avançons au moteur depuis hier matin, presque sans interruption. Même à l'allure économique adoptée, 2.000 à 2.200 tours, le réservoir de 100 litres se vide. Nous avons déjà refait le plein avec deux bidons de 5 galons chacun. L'hélice abîmée nous prive de l'emploi des 100 litres de son réservoir, qui seraient les biens venus.
La seule solution qui nous reste, si le vent n'est pas revenu dans un bon axe avant la consommation de la moitié de notre réserve, c'est de partir résolument vers l'Est, à 90° de notre route actuelle, mais dans une direction qui rend la rencontre de l'Alizé plus probable et peut-être aussi de quelque mystérieux courant prédit par notre Normand. Devra-t-on encore baptiser un courant du nom de Valognes ?

Notre quête du vent étant toujours vaine, nous avons pompé le carburant du réservoir inutilisé pour remplir l'autre. Ce supplément va sans doute nous permettre de continuer au moteur pendant une distance suffisante pour arriver à une station service. Prochaine station prévue à 243 miles nautiques, cette autoroute est vraiment mal desservie !
En dehors de ces problèmes de carburant, la situation actuelle est tout de même beaucoup plus confortable que celle que nous avons connu, il y a peu. Si ce foutu moteur n'était pas sous ma couchette…

Dans la soirée, le vent se lève sous un angle qui ne permet pas de faire une bonne route. Par contre, avec le moteur en appoint sur les voiles, la route peut être sensiblement améliorée. C'est le compromis que nous adoptons. Cette disposition nous permet de bien progresser vers notre but.
Je prends le premier quart, de 20 heures à minuit. Deux grains se présentent successivement sur notre route. Au cours du second, pendant que j'effectue un réglage du génois, je vois très distinctement un arc-en-ciel de lune. François en avait vu deux aux cours des nuits précédentes.
Le phénomène est curieux mais pas très spectaculaire. L'arc est bien visible, ainsi que le spectre des couleurs, mais celles-ci sont très sombres, presque pas lumineuses.
Le temps de finir ma manœuvre et d'attraper mon appareil photo, l'arc a disparu.



SAMEDI 23 NOVEMBRE 2002.


Ma croisière semble devoir s'achever dans une mer calme et sous un ciel ensoleillé. Il faut dire que nous sommes, sous 20° de latitude Nord, en zone antillaise.
L'alizé est enfin entré en fonction, nous permettant de progresser sous voiles à une bonne vitesse et sur une bonne route.
La Hi Fi résonne à nouveau avec conviction. Il y a du Miles Davis dans l'air et de la Cesaria Evora. La voile plaisante redémarre !

François a sorti ses outils d'horloger pour examiner mon réveil, victime du mauvais temps et d'une chute malencontreuse. Très impressionnant, avec sa loupe binoculaire devant les yeux, le Maître officie. Après avoir entièrement démonté l'objet, il remet en place aiguilles et pignons en plastique et déclare que la mort clinique est prononcée.
Finalement, j'aurais pu obtenir le même résultat seul, sans être capable de remonter les pignons, mais au niveau de la poubelle le résultat eût été le même ! Ces spécialistes, alors…

Antilles obligent, il fait chaud. 30° dans l'air et 31,6° dans l'eau. Qu'en dites-vous les Métropolitains ?

Notre approche d'une terre ne devrait pas tarder. Cette nuit, nous verrons des lumières artificielles et peut-être des bateaux. Depuis notre départ des Bermudes, nous n'avons croisé que trois cargos. Cette mer n'est pas très fréquentée !

17 heures. Nous buvons le pastis en écoutant Georges Brassens. Il y a de l'ambiance festive dans l'air, 85 miles au compteur. Une broutille, à peine la distance de Nice à Calvi. C'est curieux, mais les marins, toujours heureux de prendre la mer, le sont encore d'avantage quand ils approchent de la terre. Les mots d'Isabelle Eberhardt, la voyageuse sans bagages, me reviennent à l'esprit : Le cœur encore ému de tout ce qui m'avait prise et que j'ai laissé, je me dis que l'amour est une inquiétude et qu'il faut aimer à quitter, puisque les êtres et les choses n'ont de beauté que passagère.
Demain, nous serons à Saint-Martin. Ce sera la fin de mon beau voyage. Pour des raisons familiales je suis contraint de quitter le bord.
Nous aurons alors parcouru 1815 miles nautiques ( 3.614 kilomètres), soit 327 heures de navigation effective, à une vitesse moyenne de 5,55 nœuds, ce qui est très honorable pour un voilier de croisière.

18 heures 33, le soleil apporte une note optimiste à notre journée, en nous offrant un magnifique rayon vert, qui a duré plus d'une seconde.
Ce phénomène, qui n'a rien d'exceptionnel en Guadeloupe, sur la côte sous le vent qui voit le soleil se coucher dans la mer, n'est pas aussi spectaculaire que son nom pourrait le laisser espérer. Au moment où le disque solaire va disparaître définitivement à l'horizon, le dernier secteur visible se colore en vert, un vert clair et très lumineux.

Nous terminerons le récit de notre belle croisière sur cette image d'espérance, en souhaitant pourvoir observer à nouveau de nombreux autres rayons verts du pont d'un voilier.

Bonne pêche !


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