Dernier jour de présence d'Huguette. Nous allons faire nos derniers (?) achats, le matin, et visiter New Port, l'après-midi.
Après une nouvelle immersion dans l'abondance de biens américaine, dont on ne ressort jamais indemne, nous rejoignons la ville de New Port, en voiture.
Cette partie de la côte Est, des États-Unis, est l'un des paradis terrestres, en été. Aujourd'hui, il fait un temps splendide, avec un fond de l'air un peu froid. La saison touristique est terminée depuis longtemps, nous n'aurons plus l'énorme affluence estivale, mais le paysage et les constructions ont conservé tout leur charme.
Nous commençons par faire le tour des grandes maisons, les " Mansions " . Dans de magnifiques parcs, de somptueuses demeures remplacent, pour les américains, nos châteaux de la Loire. Certaines sont vraiment magnifiques. Ce sont des témoignages de ce que furent les grandes fortunes du siècle dernier. Pour les détails d'une visite intérieure, voir " Émile en Amérique " ; pour les extérieurs, voir les photographies jointes.
La petite ville de New Port est très agréable, avec son ancien port baleinier et son atmosphère maritime des siècles passés. Sur une colline descendant en pente légère vers la baie, de vieilles maisons en bois, dont certaines datent du début du XVIII° siècle, sont précieusement conservées. Leurs propriétaires rivalisent dans le choix des harmonies de peintures de couleurs sombres, très Nouvelle Angleterre. Certaines rues sont encore éclairées par des réverbères à gaz. Durant la belle saison, le prestigieux voilier America, premier vainqueur de la coupe du même nom, est à quai dans son port d'origine. Actuellement, il a pris ses pénates d'hiver en Floride où les touristes sont plus abondants.
Nous découvrons soudain qu'un festival des fruits de mer aura lieu samedi et dimanche. La bande de gros mangeurs de produits de la mer, que nous sommes, est très excitée par cette nouvelle. Celle-ci, combinée avec l'information que nous avons eue, sur le port de Plymouth, de l'annonce d'un coup de vent pour samedi, nous conduit à envisager de prolonger notre séjour dans les parages. Autre avantage appréciable de cette décision, c'est de conserver Huguette avec nous quelques jours de plus. A notre époque où le personnel de maison de qualité se fait rare, sa présence à bord est un atout important.
Mesdames, je plaisante ! La présence de la charmante Huguette suffit à notre bonheur. Si elle fait le ménage et la cuisine en plus, alors…
Notre décision est prise, nous passerons encore une nuit au mouillage de Plymouth, puis nous rejoindrons un mouillage devant New Port, d'ailleurs mieux abrité, ou nous resterons au moins jusqu'à dimanche.
VENDREDI 18 OCTOBRE 2002.
Après une nuit remarquablement calme, nous rentrons dans le port pour déposer Huguette, qui va rejoindre New Port en voiture, et pour faire le plein de carburant du bateau. Nous rejoignons ensuite le chenal ouest de la baie, pour rallier notre objectif à la voile. Il fait encore un temps très ensoleillé, avec un ciel bleu sans un nuage.
Nous glissons sans problème sur l'eau calme de la baie, en prenant soin d'éviter les casiers à crustacés, très nombreux dans ces parages. Après un rapide voyage de 6 milles nautiques, nous passons sous le New Port Bridge. Jean-Louis décide de mettre en marche un moteur pour pouvoir essayer le dessalinateur, gros consommateur d'énergie. En arrivant au mouillage devant la ville de New Port, une grosse fuite se révèle dans l'appareillage nouvellement installé. Notre départ aujourd'hui était de toute façon sérieusement compromis. La tradition supertitieuse des marins, qui veut que l'on ne prenne pas la mer un vendredi, se trouve ainsi vérifiée.
Le fournisseur, appelé au téléphone cellulaire, promet la venue proche de l'un de ses techniciens, pour réparer le dessalinateur.
Toujours sous un franc soleil, nous apprécions le paysage, qui, étant donné la situation géographique de la ville, est magnifique sur 360° autour de nous. Nous avons vraiment l'impression d'être sur un lac. A l'Est, la ville, avec ses quais en bois qui ne peuvent recevoir que des bateaux de pêche. Au sud, la presqu'île de New Port Neck. A l'ouest, la pointe sur laquelle se trouve le Fort Adams et l'île Goat. Au Nord, une avancée de la ville et l'île de Coasters Harbor. Magnifique mouillage qui, bien que très aménagé, offre encore la possibilité de mouiller sur ancre.
Notre première étape n'a été que de 6 milles nautiques, mais elle nous a conduit dans un site très plaisant.
Le technicien, venant d'un bateau proche du nôtre, arrive bientôt à bord. Il ne lui faut que quelques minutes pour détecter la panne et la solutionner. Un tuyau mal serré par l'olive d'un raccord est la cause de la fuite. Nous décidons d'essayer plus longuement l'appareil avant de prendre le large.
Pour l'instant, il nous reste encore quelques beautés à découvrir à terre. Nous profitons du fait que nous avons encore un véhicule pour visiter les environs de New Port, où tout est beau et très cher. Une sorte de Côte d'Azur avec le style inimitable de la Nouvelle-Angleterre. Le climat n'est pas vraiment méridional, mais, pour nos québécois, semble être bien clément.
SAMEDI 19 OCTOBRE 2002.
Huguette est partie ce matin. Le soleil également. Le vent fort, que la météo avait annoncé, s'est bien levé à l'heure dite. Il fait froid, un véritable temps de chien !
Nous partons quand même déambuler dans les rues de la ville. Je mitraille littéralement les vieilles maisons en bois qui ont beaucoup de charme. Certaines datent du début du XVIII° siècle, ce qui, pour le pays, est très ancien.
Nous rendons visite à des antiquaires, à des bouquinistes et à d'autres commerçants. Ici, tout est ancien (pas trop), raffiné et cher. La ville semble être fréquentée par une élite, intellectuelle et snob.
Quand midi approche, nous nous rendons sur le port, là où nous avons vu une banderole annonçant le festival des fruits de mer. Dans une ambiance de kermesse, quelques rares touristes affrontent le vent glacial, à proximité d'un chapiteau sous lequel sont servies des victuailles. Du moins, ce que les Américains considèrent comme des victuailles ! En fait, rien de bien appétissant, des produits frits, servis dans des assiettes et des gobelets en plastique, que les gens mangent debout. L'habitude de manger n'importe qu'elles préparations, proposées par des baraques crasseuses, installées dans les rues, est une constante des États Unis d'Amérique. Nous en avons une illustration sous les yeux, à part, qu'ici, tout est très cher.
Jean-Louis évoque, avec nostalgie, des manifestations équivalentes qui ont lieu au Québec. Là-bas, après avoir acquitté un droit d'entrée d'une cinquantaine de dollars canadiens (environ 30 Euros), les visiteurs peuvent ingurgiter des homards ou des huîtres, à satiété. Ici, la bouchée du moindre produit vaut au moins un dollar U.S.
Nous décidons de nous en tenir à l'excellente cuisine, faite à bord, par Jean-Louis.
Le retour à bord, sur l'annexe gonflable, est copieusement arrosé par les courtes vagues levées par le vent violent qui s'est installé.
DIMANCHE 20 OCTOBRE 2002.
Après une nuit relativement calme, au cours de laquelle le vent s'est apaisé et la pluie a cessé, nous quittons le mouillage au moteur, en direction du Sud-Ouest.
Le soleil est revenu, ainsi que le ciel bleu qui l'accompagne. Par contre, la température reste toujours fraîche. Malheureusement, un léger vent souffle dans notre nez, nous obligeant à progresser au moteur.
Profitant de l'apport d'énergie fourni par l'alternateur, Jean-Louis met en marche le dessalinisateur. Après une navigation d'environ dix milles, le verdict tombe : " Le dessalinisateur ne fait pas d'eau ! ". Une électrovanne semble être défaillante. Nous n'avons plus qu'à virer de bord pour revenir au chantier de Plymouth. Étant dimanche, il nous est impossible d'appeler le fournisseur au téléphone pour avoir un conseil, il faudra donc que nous soyons demain matin, à 8 heures, devant son bureau.
Cette croisière démarre bien difficilement !
Le retour se fait avec un vent favorable, qui forcit un peu. Le voilier accélère à dix nœuds sans difficulté, sur une mer plate.
Soucieux, Jean-Louis remet un moteur en route pour essayer à nouveau le fantasque appareil qui nous ennuie depuis son installation à bord.
Miracle ! Après quelques milles, sur le chemin du retour, le dessalinisateur semble vouloir fonctionner de nouveau. Virement de bord, on reprend la bonne route !
Entre temps, le vent a légèrement tourné, nous permettant de conserver la voile sur le bon cap. Galexia atteint les 12 nœuds.
Va-t-on pouvoir enfin s'éloigner définitivement de New Port ?
Une valse hésitation commence alors : marche, marche pas, sud-ouest, nord-est… Enfin les choses se stabilisent et on atteint la pointe Judith et son phare.
Vent près, près bon plein, de force très variable (entre 15 et 30 nœuds), vitesse du bateau entre 9 et 12 nœuds. Nous naviguons dans une zone de pêche intensive aux homards, avec des fonds inférieurs à 30 mètres, des flotteurs de casiers jalonnent notre route, réclamant toute notre attention. La mer, d'abord plate, se creuse bientôt.
Soudain, le dessalinisateur cesse définitivement de fonctionner. Cette fois-ci, le retour au point de départ devient inévitable.
A l'entrée de la baie de Narangasett, nous trouvons une grande quantité de voiliers, de toutes tailles et de tous âges, qui tirent des bords sous le soleil. Nous sommes sur l'un des plans d'eau les plus prestigieux du monde, en raison de la présence de la coupe America, qui est née ici et qui a été défendue dans ces eaux pendant près d'un siècle. La voile y est plaisante, mais notre route ne nous rapproche pas vraiment des Bermudes et de la chaleur que l'on espère y retrouver bientôt.
Je dois à la vérité de déclarer que l'un des retours en arrière a été motivé par la perte du chapeau, aux armes de Toyota, que Patrice, le fils d'Aimé, m'avait offert. Un coup de vent malencontreux me l'a arraché de la tête, malgré les ficelles qui devaient l'y maintenir. Pauvre chapeau qui a fini au fond de la baie !
Après une agréable remontée de la baie, nous retrouvons le mouillage abandonné ce matin. Retour à la case départ.
LUNDI 21 OCTOBRE 2002.
Voilà le technicien, qui a installé la dessalinisateur, qui remonte à bord. Deux minutes après, la solution est trouvée : son collègue, qui avait remis en place un tuyau mal fixé, n'avait pas fait la purge des circuits, provoquant la formation d'une poche d'air nocive au fonctionnement du capricieux appareil.
Jean-Louis et François, complètement rassurés retournent à terre. Je reste à bord, devant mon clavier. Quelques dizaines de minutes plus tard, une alarme retentit à nouveau dans le panneau de contrôle du dessalinateur. Nouvelle panne ? Quoi qu'il en soit, l'appareil s'arrête de lui-même.
Pendant que je continue à écrire, après avoir coupé le moteur désormais inutile, mes deux compères profitent de la voiture de Gisèle et, de sa belle conductrice, pour se rendre dans une grande surface commerciale, afin de compléter notre avitaillement en produits frais.
Quand les deux joyeux lurons reviennent à bord, je les informe du nouveau problème affectant le fonctionnement de notre capricieux pourvoyeur d'eau douce. Jean-Louis saute aussitôt dans l'annexe pour retourner au port. Très peu de temps après, le voilà de retour, seul. L'appareil avait été programmé pour fonctionner pendant seulement 58 minutes, ce que notre capitaine avait oublié. La psychose du dessinateur nous guette tous !
Si cet animal avait mieux fonctionné, je l'aurais baptisé Sekkia, qui signifie " source d'eau pure " en arabe, mais il nous a trop enquiquiné pour mériter ce joli nom. Cette appellation aurait eu le mérite de me rappeler une amie, d'Internet, qui m'est très chère.
Indifférent à cette punition, l'appareil, remis en route et correctement programmé, achève gentiment le remplissage du réservoir de 450 litres.
Demain, nous pourrons enfin reprendre la route. En attendant, nous retournons au mouillage devant New Port, pour être plus proche de la sortie de la baie et pour pouvoir profiter une dernière fois de cette belle ville.