La libre littérature française des Amériques





LES LAURENTIDES
EN AUTOMNE




JEUDI 10 OCTOBRE 2002.

LA JOURNÉE DES LACS

Après une matinée, avec Jean-Louis, consacrée encore à des achats en vue du voyage, ce qui me permet de découvrir des grandes surfaces du bricolage sans communes mesures avec celle que nous connaissons en Guadeloupe, avec des prix beaucoup plus intéressants, nous prenons un après-midi de loisir.

Jean-Louis, Huguette et moi, nous remontons vers le nord, jusqu'à Sainte-Agathe des Monts, au bord du lac des Sables. Le cousin Aimé y exploite une petite compagnie de navigation, la Croisière Alouette, avec laquelle nous sommes conviés à faire un tour sur le lac.
Le parc des Laurentides, au nord de l'île de Montréal, est une région merveilleusement boisée, qui fourmille de lacs, tous plus beaux les uns que les autres. En ce moment, 10 octobre, les décorations d'Halloween apparaissent devant la plupart des maisons et sur les massifs fleuris des villages, créant une atmosphère festive et pittoresque.

Nous passons prendre Aimé et sa femme Louise, une Québécoise pure laine, dans leur somptueuse maison installée près du petit lac Sainte-Marie, pour qu'ils nous fassent les honneurs de la croisière.
Nous sommes accueillis, sur l'embarcadère de départ, par une ravissante jeune femme, Cathie, Monégasque d'origine. Quand on dit que les Méridionaux ne s'exilent pas facilement ! A 14 heures 30, l'Alouette VI, la plus grosse unité de la flotte (22 tonnes, l'Alouette V n'en jaugeant que 18), quitte le quai en direction du centre du lac.

La première des sept îles du lac est approchée. Les habitants du coin l'appellent pudiquement l'île des Amoureux, alors que son vrai nom est île des Fesses. Tout un programme, dans un pays où on appelle, généralement, un chat, un chat. Nous bénéficions d'un splendide soleil d'automne, sans doute ce que l'on appelle l'été indien. Les feuillages des arbres prennent progressivement leurs harmonies de rouges. La promenade sur le lac, qui dure 50 minutes, est très agréable. Les points de vue sont admirables, bien que tous les arbres n'aient pas encore adopté leur parure automnale. Cela est dû au maintien d'une température encore clémente pour la période et pour la région (pour un Guadeloupéen, c'est très relatif), les premiers gels vont parfaire le chef-d'œuvre de la nature.
L'environnement du lac a été bien préservé par le fait que de très grandes propriétés se soient accaparées des rives. Le résultat est qu'il n'y a que peu de maisons, généralement luxueuses, perdues au milieu d'une forêt très dense. Le bonheur des uns fait ici le plaisir des autres.

Le capitaine du navire commente le paysage avec beaucoup d'humour et un accent québécois à peu près compréhensible pour moi. Le créole local est beaucoup plus facile à décrypter que celui de Guadeloupe.
La gentillesse des Québécois n'est plus à vanter, pourtant, depuis ce matin, je suis constamment surpris par leur accueil jovial et par la patience qu'ils déploient avec les visiteurs. Je comprends pourquoi ils se plaignent de l'accueil des Guadeloupéens. Nous avons encore beaucoup de progrès à faire, dans nos îles, pour être à leur niveau. Peut-être que la froidure du pays développe la chaleur des habitants et réciproquement.

Après la croisière, nous rentrons chez Aimé. Notre quota de navigation n'ayant pas encore été atteint, nous embarquons, Aimé, Jean-Louis et moi, sur le bateau personnel de " l'armateur ", pour faire le tour de son petit lac.
La promenade est encore plus belle que sur le lac des Sables. La taille réduite, du lac Sainte-Marie, permet d'avoir beaucoup plus d'arbres aux couleurs chatoyantes dans le champ visuel. Cette forêt est réellement extraordinaire en automne !

Après avoir fait le tour de quelques îles, nous revenons à l'embarcadère personnel d'Aimé. Face à nous sa somptueuse maison en bois, isolées des voisins par un immense terrain et bénéficiant d'une vue imprenable et exceptionnelle, sur le lac.

Repas chez Louise, qui a mit les petits plats dans les grands et qui nous sert un rosbif succulent, mais, là, nous entrons dans l'intimité de la famille. Que de souvenirs à échanger quand on ne s'est pas vu depuis quarante ans !

Les Laurentides, un lac.
Les Laurentides, Hallowen

Les deux jours suivants sont consacrés à parfaire les approvisionnements et à s'attabler pour des repas de famille, dont l'objectif essentiel est de me permettre de faire la connaissance de tous les membres de celle-ci. Si j'ai déjà rencontré, il y a quarante ans, ceux de ma génération, il n'en est évidemment pas de même pour la deuxième et la troisième génération.
Jean-Louis réalise inlassablement des conserves de produits et de plats cuisinés, que nous emporterons à bord. Il prépare de la choucroute (repas traditionnel anti-scorbut des marins anciens), du gibier (Aimé est un Nemrod émérite), des farcis, de l'outarde, des tomates…

Une curieuse pratique, du Québec, est de pourvoir tous les carrefours routiers d'autant de panneaux de stop qu'il y a de routes. Cela m'a rappelé furieusement l'histoire racontée jadis par Devos, sauf que, dans celle-ci, il s'agissait de sens interdit, ce qui fait une différence notable.
La procédure veut que les automobiles redémarrent dans l'ordre de leur arrivée dans le carrefour. Cela fonctionne parfaitement au Québec, où les conducteurs sont disciplinés et courtois. Dans le midi de la France, cette disposition conduirait à des affrontements sanglants. En Guadeloupe, où il est de bon ton de laisser la priorité à ceux qui ont le stop, je crains que cela conduise à un blocage sans issue de la circulation.

La construction des maisons individuelle et des petits immeubles est tout à fait particulière au Québec.
On commence par réaliser une fosse en béton armé, qui va chercher la terre hors gel à 1,80 mètre sous la surface du sol. En effet, en hiver, la terre gèle jusqu'à - 1,50 mètre. Au printemps, cette couche superficielle devient instable. Une maison qui serait implantée sur cette mélasse pourrait bouger dangereusement. Cette fosse, dite salage, est poursuivie jusqu'à 80 cm au-dessus du sol, pour assurer une hauteur de 2,50 mètres au sous-sol ainsi créé. Ensuite, toute la structure de la maison est réalisée en bois, charpente comprise. Les murs et les cloisons sont réalisés en matériaux isolants, sans autre revêtement extérieur solide qu'une légère feuille en plastique.
La charpente est couverte par un bardeau en matière bitumée, simulant des lauzes. Les murs extérieurs son recouverts de pierres taillées ou de briques (ce dernier revêtement n'étant pratiquement plus utilisé actuellement).
La mode architecturale actuelle est dite la " mode Châteaux ". Les tours, les échauguettes, les toits pointus à pentes multiples fleurissent. Toutes les décorations pouvant faire penser à un château médiéval sont les bienvenues. Fantaisies baroques de pays riches, où le superflu prime sur l'indispensable.



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