Levé à l'aube, comme à mon habitude, je me débrouille à être en retard à l'aéroport et à rater l'embarquement de mon avion !
A 7 heures 40, le personnel à terre d'American Eagle (filiale de proximité d'American Airline), m'annonce que l'embarquement a été clos à 7 heures 35 et que j'ai donc manqué mon avion, un ATR 42.
Un coup d'œil sur la feuille d'embarquement me montre que les deux employés présents viennent d'embarquer quatre passagers, deux pour Saint-Marteen, notre première escale, et deux pour San-Juan (Porto Rico), la destination finale de l'avion. Je leur fais remarquer que : premièrement j'ai un billet pour Montréal, via New York, ce qui me crée un problème beaucoup sérieux que si j'allais à Saint-Martin ; deuxièmement que d'avoir enregistré quatre personnes, à deux, ne devait pas les avoir épuisés. Voyant que je n'ai pas l'intention de regarder béatement décoller mon avion sans moi, l'un des deux employés m'annonce qu'il va en référer à son chef.
Il revient bientôt en me disant que j'ai énormément de chance, parce que, exceptionnellement, le chef accepte la réouverture de l'embarquement. Je remercie tout en pensant, en moi-même, que je ne compte plus le nombre de fois que j'ai pris un avion en Métropole, en près de quarante ans de voyages professionnels fréquents, où je me sois engouffré dans un appareil alors que les moteurs tournaient et que la porte d'accès était en cours de fermeture.
Puisque l'on a manifestement plus le temps de contrôler mon bagage de cabine à la main, le chef d'escale me demande de le mettre avec les bagages de soute, en affirmant que l'on me le remettrant au pied de la passerelle.
Je rejoins mes quatre compagnons de voyage, dans une salle où nous attendons, pendant une demie-heure, que l'on veuille bien nous faire entrer dans l'appareil.
Arrivé au pied de la passerelle, je vois mon bagage de cabine entrer dans la soute à bagage. Je proteste, l'un des deux employés du guichet me dit, avec un air goguenard, que je le retrouverai en arrivant à Montréal. Ce qui est une affirmation aussi bête que méchante.
Voyagez American Airline, vous ne serez pas déçu du voyage !
N'ayant plus mes lunettes, mes bouquins, mon argent et mon appareil photographique, il ne reste plus qu'à regarder le paysage, qui heureusement est fort beau.
L'île de Montserrat apparaît très vite, au nord de la Guadeloupe et sur la gauche de l'appareil, avec ses balafres de cendre et sa Soufrière qui continue à fumer. Puis nous passons sur la magnifique Antigua. Puis viennent Nevis et sa grande sœur Saint-Kits, environnées de nuages, suivie de près par Saba. Voilà déjà Rondia, toujours sur la gauche.
Je me précipite vers un hublot de droite pour voir Saint-Bathélémy, rayonnante sous le soleil. L'avion commence à perdre de l'altitude, Saint-Martin est devant nous.
Nous approchons de la côte hollandaise, défigurée par un bétonnage excessif.
Avec l'aide d'un passager-interprète, j'essaie d'expliquer, à l'une des hôtesses, mon problème de bagage à main. Elle m'affirme que je retrouverai celui-ci à San-Juan. C'est déjà mieux que Montréal !
A Saint-Marteen, partie hollandaise de l'île où se trouve l'aéroport international, nous faisons le plein de passagers qui rentrent chez eux, en République Dominicaine, en passant par San-Juan.
Je profite de l'escale pour réaliser que mon bagage à main n'est pas en soute, mais dans une zone de stockage intermédiaire, accessible du couloir qui relie la cabine des passagers au poste d'équipage. Sans l'aide de l'interprète, je bouscule suffisamment l'hôtesse pour qu'elle accepte enfin de rompre la consigne et d'ouvrir le filet pour me donner mon bagage. Ne pas comprendre les objections, de cette brave fille, me permet de mieux la forcer contre sa volonté, sans remords.
Voilà qu'enfin tout est rentré dans l'ordre !
Pourquoi faut-il que la moitié de la population de la terre ait pour tâche principale d'enquiquiner l'autre moitié avec des consignes absurdes ?
A San-Juan, premier territoire américain sur notre parcours, nous récupérons nos bagages de soute, pour les présenter à la douane et aux contrôles de sécurité.
Un douanier bienveillant, rassuré par ma profession de retraité, ne me fait ouvrir aucun de mes bagages.
Pour les hommes de la sécurité, c'est une autre paire de manches. Le fait que je transporte un " computer " fait de moi un suspect. Rappelez-vous, après le 11 septembre, on nous a appris que les terroristes communiquaient par Internet. Vont-ils vérifier ma messagerie ?
Non, quand même pas ! Par contre, ils soumettent mon micro, et le sac qui le contient, à de curieuses analyses, nouvelles pour moi. A l'aide d'une pince fort mal conçue, un technicien essuie toutes les parties de l'appareil et de son contenant, que je peux avoir manipulées, avec un petite carré de tissu. De temps en temps, il place le morceau de tissu dans la cavité d'un énorme analyseur, sans doute pour vérifier si j'ai touché à des matières prohibées au cours de ces derniers jours.
Pour un tireur sportif, qui charge lui-même ses cartouches comme moi, c'est une opération bien inquiétante !
Heureusement, rien de suspect n'est décelé. Ouf ! Que se serait-il passé s'il avait trouvé des résidus de poudre ?
Tous les passagers en transit remettent leurs bagages de soute sur un tapis roulant et peuvent rejoindre leurs embarquements respectifs.
Je rejoins l'Airbus 300-600A, qui va me conduire jusqu'à New York. Voyage sans incident particulier. Je retrouve les hôtesses mono-lingue des compagnies américaines, leurs écouteurs payants pour voir le film à la télévision et la ragougnasse du repas de midi.
A l'arrivée à l'aéroport J.F.K, surprise ! Pour un Guadeloupéen à qui l'on demande ses papiers et à qui l'on contrôle ses bagages pour aller en Métropole, mais aussi pour aller en Martinique, le fait d'être lâché directement dans New York, sans aucun contrôle, est une chose bien surprenante. Pourtant Porto Rico ne fait pas partie intégrante de l'Union, ce n'est qu'un état associé. Admirable pragmatisme et sens des libertés individuelles des Américains !
A Kennedy, je m'aperçois que j'ai oublié ma veste dans ma chambre au moment de partir de chez moi. Ce n'est pas mon jour ! Pani pwoblem ! J'achète une veste de survêtement chaude, à la couleur bleue des Yankees, très seyante avec mon jean.
Après une très longue attente, au moment d'embarquer dans l'avion pour Montréal, un contrôle de sécurité surprise. Tous les passagers à faciès européens sont priés de monter dans le car et une paisible famille, d'allure pakistanaise, est retenue. Le père, la mère et les trois enfants, sont priés de s'asseoir et d'enlever leurs chaussures. Inspection méticuleuse des dits articles suspects, puis la famille est autorisée à nous rejoindre.
Je me rends compte que ma barbe ne fait plus recette, comme s'était le cas il y a quelques années, quand les premiers fanatiques barbus se manifestèrent. A moins que ce soit mon âge qui me donne une allure inoffensive ? On a connu Papy fait de la résistance, mais pas encore Papy fait du terrorisme. Ce serait presque vexant ! Il est temps qu'un terroriste du troisième âge soit arrêté !
Par contre, les chaussures ont beaucoup de succès, partout, dans les aérogares américaines, on voit des gens se déchausser et leurs godasses inspectées avec beaucoup d'attention.
Pourvu qu'un terroriste ne soit pas pris avec de l'explosif dans son slip !
Huguette et Jean-Louis, mes cousins québécois, m'attendent à l'arrivée de l'avion. Le voyage aller est terminé, le voyage retour sera beaucoup plus long, mais sans doute beaucoup plus agréable.