Retour aux Antilles françaises :
Les Saintes, la Guadeloupe
29 décembre 2003 (suite)
À 13 heures 40, nous mouillons dans l'Anse Fideling. Quel calme ! Il y a une dizaine de bateaux et la baie est plate comme un lac. Le contraste avec la houle que nous avons subie durant le parcours est saisissant et cela nous repose des contorsions effectuées durant la navigation. Nous déjeunons et, pour ne pas perdre les bonnes habitudes, nous nous accordons une bonne sieste. Seul petit problème : le téléphone ne passe pas. En effet, Terre du bas est un tout petit îlot, très peu habité, et il n'est pas équipé de relais GSM.
L'Anse Fideling. Quel calme !
Après ce repos mérité, je me sens en forme pour démonter le boîtier de commandes du guindeau. Les contacteurs situés sur le guindeau lui-même, ne fonctionnent plus. Il faut donc commander le mouillage depuis le cockpit, mais la manœuvre depuis le guindeau est plus précise car, du cockpit, on ne peu pas voir l'ancre ni la longueur de chaîne déroulée.
Une fois le boîtier ouvert, je m'aperçois que les interrupteurs ont pris l'eau car les capuchons caoutchouc qui les protègent sont fendus. Heureusement, Guy trouve deux interrupteurs neufs dans ses pièces détachées, et je procède à l'échange sans problème. Toutes les commandes fonctionnent de nouveau. Un apéritif (Piña Colada pour moi) couronnera le succès de cette réparation. Ensuite dîner, dodo.
30 décembre 2003
Le vent du Nord a soufflé très fort durant toute la nuit et continue de même ce matin. Nous avons cependant bien dormi car ce mouillage est très abrité des vents de NW à NE, en passant par ceux du nord, bien sûr. Sous les rafales, l'anémomètre indique trente-cinq nœuds. Un fort clapot s'est formé dans cette même baie qui ressemblait à un lac hier.
L'équipage d'Alcor décide d'aller explorer l'îlot. Au retour, ils s'arrêtent auprès de Perceval et nous expliquent qu'il y a deux petits villages, de belles maisons et trois restaurants. Mais ces derniers sont complets, aussi bien pour ce soir (30 décembre) que pour demain soir (réveillon de la Saint Sylvestre). En même temps, ils nous invitent à nous rendre à leur bord en fin de journée prendre l'apéritif. Il y aura également Françoise et Christian.
Les Saintes.
Quel apéritif ! Ti'punch pour les amateurs (je ne sais pas comment on doit écrire " Ti'punch " au pluriel, mais j'en ai bu plusieurs). Et je ne suis pas le seul ! Il y avait aussi du vin blanc pour ceux qui sont allergiques au rhum. Outre les petites choses habituelles à grignoter, Sabrina avait préparé une pizza. Délicieuse, elle disparaît en quelques minutes. (Pas Sabrina, c'est la pizza qui disparaît !) Voyant cela, Nicole, qui aime et qui sait bien recevoir, complote avec Sabrina, et bientôt, celle-ci se met à préparer un risotto aux cèpes ! Isolés, que nous sommes, dans cette petite baie de " Terre de Bas ", le plat qu'elle nous sert est tout simplement génial et sublime ! L'apéritif s'est transformé en une sorte de pré-réveillon, que nous achevons avec fromage sur un pain frais et savoureux que Sabrina avait fait cuire en fin d'après-midi. Les Français ont la réputation d'être gourmands et gourmets. Nous nous apercevons que ce couple d'Italiens l'est pareillement...
C'est au cours de cette réunion enjouée que Françoise et Christian, ainsi que Nicole et Pierre, qui ont appris que nous quitterons le bord de Perceval trois jours avant notre envol pour la métropole, nous proposent de venir passer les nuits correspondantes à leurs bords respectifs. Quand je vous disais que ces gens sont exceptionnels !
En effet, afin que Guy et Élisabeth puissent être à la date prévue (le 12 janvier) à Antigua, date à laquelle ils ont rendez-vous avec d'autres amis qui embarqueront à bord de Perceval, il faudra qu'ils quittent Pointe à Pitre le 9 ou le 10 janvier, en fonction du bulletin des prévisions météo. Nous avions imaginé de passer deux ou trois nuits à l'hôtel, mais Fleur de Passion et Alcor en ont décidé autrement. Merci à vous tous, gens de la mer, vous êtes des personnes prodigieusement formidables !
La soirée se poursuit agréablement et nous décidons que, puisque nous ne pourrons pas aller réveillonner dans l'un des restaurants demain soir, ceux-ci étant complets, nous irons demain à midi. Et oui ! Les restaurants sont surchargés le 31 décembre au soir, mais à midi, ils sont vides. Cela ne nous dérange en aucune manière de fêter le passage de la nouvelle année avec quelques heures d'avance...
31 décembre 2003
Le vent nous tient encore compagnie ! Pourtant il parait, légèrement moins vigoureux qu'hier. Peut-être est-ce simplement parce que nous nous habituons à lui ? En tous cas, il n'est pas plus fort.
Nous prenons un petit-déjeuner restreint afin de conserver un bon appétit pour notre " réveillon " au restaurant. Nous avons tous opté, sauf Christian, pour un menu langouste. Vers midi, nous débarquons sur l'îlot et nous parcourons les petites rues cimentées de Terre de Bas. Le temps s'est mis au beau et nous en profitons pour nous promener dans ce village qui est vraiment très charmant et ravissant. Les maisons sont coquettes, bien entretenues et joliment décorées. Il n'y a qu'un seul petit magasin qui fait à la fois alimentation et bazar. À l'intérieur, on y trouve à peu près de tout. Cela ressemble aux magasins qui existaient dans les zones rurales de métropole dans les années cinquante... (1950 !) Les gens qui habitent ici vivent dans une sorte de paradis. Il y a des navettes qui desservent l'îlot plusieurs fois par jour pour aller à Terre de Haut ou en Guadeloupe. Néanmoins, bien que tout cela soit réellement très beau, je suppose que je me lasserais de la monotonie du quotidien dans cet isolement et cette excessive tranquillité.
Nous arrivons bientôt près du restaurant dans lequel nous avons réservé. " Chez Eugenette ".
Ce restaurant et situé directement en bordure de mer, devant une plage paradisiaque. Comme sur les cartes postales ou sur les brochures des agences de voyages. Mais là, c'est pour de vrai ! Et, cerise sur le gâteau, nous sommes en dehors des zones à touristes... (Les rares touristes qui s'aventurent aux Saintes se dirigent de préférence sur Terre de Haut).
Comme sur les cartes postales.
Aussitôt à table, nous démarrons au punch. Je choisis un punch coco et Michelle un planteur. Des petits plats individuels d'acras délicieux accompagnent l'apéritif. Ensuite une salade et du poisson mariné précèdent deux plats de langoustes grillées. Grillées, mais recouvertes d'une sauce onctueuse et parfaitement relevée. C'est tout bonnement succulent. Bien sûr, un vin blanc bien frais escorte parfaitement l'ensemble. Nous terminons par des magnifiques bananes généreusement flambées au rhum.
Au sortir du restaurant, le soleil nous attend pour poursuivre notre balade. Comme nous sommes sur des hauteurs, notre GSM reçoit les signaux des relais de Terre de Haut. Nous en profitons pour envoyer, par texto, nos vœux de nouvel an à nos amis équipés de téléphones portables. Il est environ 15 heures, soit 20 heures en métropole. Vive l'inventeur du texto.
Nous regagnons chacun nos bords respectifs pour faire une petite sieste. Après ce repos régénérateur, les dix occupants des trois Amel se retrouvent à bord de Fleur de Passion vers 21 heures pour terminer 2003 et commencer 2004. Champagne, toasts au foie gras, gratin de pomme de terre, cuit sous un magnifique confit de canard, et pâtisseries nous aident à franchir ce cap difficile. Bonne année à tous !
1er janvier 2004
Il y a encore du vent, mais nous ne nous apitoyons pas trop sur notre sort car nous avons entendu les nouvelles ce matin sur France-Infos. L'alerte à la neige, qui est déjà lancée pour vingt-quatre départements en métropole, va s'étendre dans le courant de la journée à tout l'Est du pays. Ici, il fait déjà 28°C à 8h, par conséquent, nous ne geindrons pas.
Nous quittons notre mouillage de l'Anse Fideling pour aller au mouillage du Pain de Sucre sur la Terre de haut. Deux milles à parcourir, c'est vraiment à coté, mais le paysage est nouveau, et nous changeons d'îlot. Cet archipel des Saintes est enchanteur, et nous découvrons les Antilles d'un point de vue inaccessible sans bateau.
Fleur de Passion et Alcor ont fait la même manœuvre que nous, et nous sommes de nouveau réunis dans ce nouveau site, auprès d'Aldébaran (Monique et Jean-Marie), qui est arrivé dans cette baie hier, et que nous retrouvons avec grand plaisir. Nous ne les avons pas vu depuis qu'ils nous ont quittés à la Goméra, mais nous avons eu de nombreux contacts radio durant cette période.
En fin d'après midi, nous nous réunissons tous à terre chez Jack Boone, pour prendre un pot. Jack Boone est un ancien aventurier, plus ou moins escroc, âgé maintenant de 82 ans et qui s'est fixé sur cet îlot de Terre de Haut. La semaine dernière, Olivier de Kersauson, de passage aux Saintes, est venu le saluer... Nous l'avons manqué de peu l'amiral. Dommage, j'aurais bien aimé serrer la main de ce formidable grand marin. Quoiqu'il en soit, nos journées ne sont pas monotones. Je crois que, durant ces deux mois et demi, j'aurais vécu et vu autant de choses que je peux en vivre ou en voir habituellement en dix ans !
2 janvier 2004
Cette nuit, et cela continue ce matin, les grains ont été nombreux et intenses. Nous levons le mouillage et nous partons en direction de l'Anse du Bourg, afin de pouvoir débarquer et visiter ce village qui est le plus important de Terre de Haut. Il y a beaucoup de bateaux dans cette baie qui nous paraît moins abritée que celle du Pain de Sucre. Il continue de pleuvoir, nous ne pourrons donc pas débarquer. Aussi, décidons-nous de retourner à notre précédent mouillage, plus confortable.
L'Anse du Bourg.
Dans l'après-midi, de belles éclaircies nous permettent de prendre un délicieux bain. Ensuite, Guy nous refait du lait de coco que nous utilisons à l'apéritif en punch coco.
3 janvier 2004
Bien que nous ayons eu quelques petits grains cette nuit, nous avons l'impression que le temps s'améliore ce matin. Après le petit-déjeuner, nous refaisons les mêmes manœuvres que la veille : Nous levons l'ancre et repartons pour l'Anse du Bourg. Comme hier, il y a encore beaucoup de bateaux, parmi lesquels nous reconnaissons Antarès (Colette et Antoine) que nous retrouvons également avec plaisir. Eux, nous ne les avons pas vu depuis Mindelo qu'ils ont quitté deux jours avant nous ; mais nous nous sommes parlés souvent lors des vacations radio.
Nous mouillons relativement loin de la rive, par quinze mètres de fond. Aujourd'hui il fait beau et nous en profitons pour débarquer. Dès que nous sommes à terre, nous rencontrons les équipages des autres bateaux et nous nous retrouvons bien vite rassemblés pour prendre un verre.
Il y a Nicole, Pierre, Sabrina, Fabio, Françoise, Christian, Colette, Antoine, Capucine, Éric, Élisabeth, Guy, Michelle et moi. Monique et Jean-Marie sont allés chercher du pain, avant qu'il n'y en ait plus, à la boulangerie.
Le Bourg est la ville principale des Saintes, de ce fait, c'est très commerçant. On y trouve de nombreuses toutes petites boutiques et aussi d'agréables petits restaurants. J'insiste sur " petit ". Aux Saintes, et c'est encore plus frappant à Terre de Haut, tout est petit. Il s'agit en fait d'un mini archipel, de mini îles situées à une dizaine de milles de Pointe à Pitre. Les deux plus grandes de ces mini îles, Terre de Bas et Terre de Haut sont habitées. Mais, tout apparaît comme en modèle réduit. Les maisons sont petites, les rues sont petites, d'ailleurs la plupart des rues du Bourg sont dénommées " ruelles ". Il y a la ruelle du Fond du Curé, la ruelle de la Savane, la ruelle des Manguiers, etc. C'est à la fois coquet, gracieux et très coloré. Je regrette vraiment que ma caméra soit en panne car je n'ai jamais rien vu de semblable.
Comme ce petit coin nous plait beaucoup, nous décidons de déjeuner sur place et nous trouvons un petit restaurant (forcement, il n'y en a pas de grand). Sa petite terrasse, en bordure de la baie, est carrément les pieds dans l'eau.
Au menu : Punch (évidemment), acras, boudin créole, ces deux plats étant accompagnés de crudités assorties. Pour suivre, nous avons des cuisses de poulet marinées au citron vert, accompagnées de riz créole, bananes flambées au rhum et tourments d'amour avec glace à la vanille. Le tourment d'amour est une pâtisserie locale à base de noix de coco. Le tout arrosé d'un petit rosé bien frais.
En sortant du restaurant, nous faisons quelques petites courses. Nous trouvons un petit coin Internet, mais je ne peux pas l'utiliser car n'ai pas pris ma disquette sur laquelle ma prose est enregistrée. S'il ne pleut pas, nous débarquerons à nouveau demain et vous aurez peut-être la suite de notre épopée transatlantique. Ce seront probablement les dernières nouvelles que vous recevrez avant notre retour à Villefranche.
4 janvier 2004
Il fait très beau. Nous retrouvons un temps plus conforme au lieu et à l'époque. Nous en profitons pour retourner à terre nous balader de nouveau au Bourg. J'emporte ma disquette et, comme Internet fonctionne, vous recevrez des nouvelles fraîches... Nous faisons encore quelques petites courses. Nous achetons, entre autres, des acras de morue, du boudin créole et du boudin de poisson. Michelle s'est mise à raffoler de ces mets et en réclame tous les jours.
Nous regagnons notre bord pour le déjeuner. Les acras sont encore tièdes et nous les dégustons aussitôt, pendant que nous faisons réchauffer les boudins créoles et de poisson. C'est vraiment assaisonné et relevé, mais avec un petit coup de rosé, ça passe bien. Vers 17 heures, nous nous rendons à bord de Fleur de Passion pour tirer les rois. Et oui, ici aussi il y a la galette. Eh bien, le roi, c'est moi !
5 janvier 2004
Il fait toujours beau. La période humide a assez duré et les alizés sont enfin avec nous. Nous décidons de rester un jour de plus aux Saintes. Cela fait une semaine que nous sommes ici, mais nous ne nous en lassons pas. Nous changeons de mouillage pour nous installer à l'îlet Cabrit. C'est un tout petit îlot, totalement désert, mais sa rive sud offre un abri satisfaisant. De là nous voyons Terre de Bas, Terre de Haut, le Bourg et l'extrême pointe sud de Basse-Terre en Guadeloupe. Il n'y a que quatre bateaux mouillés dans cette baie particulièrement tranquille et silencieuse. Nous n'entendons que le bruit des vagues qui viennent mourir sur la rive.
Élisabeth nous mijote des cuisses de poulet au lait de coco et à l'ananas. Nous prenons un bon bain avant le déjeuner. C'est le moment d'en profiter, car la fin de notre séjour à bord de Perceval est proche... Cette journée sans grain et sans vent est la plus agréable depuis que nous sommes arrivés aux Saintes. Nouvelle baignade dans l'après-midi, et Élisabeth m'apprend qu'elle a déjà prévu pour ce soir Ti'punch ainsi que des bananes flambées. J'ai l'impression que, manifestement, elle veut me faire regretter la table de Perceval...
La nuit tombe doucement tandis que nous nous installons dans le cockpit pour prendre l'apéritif. Le calme du lieu devient encore plus palpable.
6 janvier 2004
Réveil à 6 heures. Petit-déjeuner et nous levons l'ancre à 6 heures 45. Nous partons en direction de Pointe à Pitre, en Guadeloupe. Ce sera notre dernière étape avant de reprendre l'avion. Les alizés sont enfin établis mais, malheureusement, nous ne pouvons pas les utiliser car, compte tenu de notre cap pour aller des Saintes à Pointe à Pitre, nous les avons en plein dans le nez... Et, bien sûr, la houle qui va avec, c'est à dire des creux de trois à quatre mètres ! Notre dernière traversée, très agitée, s'effectue donc au moteur.
À 11 heures, nous arrivons dans la marina du Bas du Fort, à Pointe à Pitre. Dès que nous nous présentons dans le chenal d'accès, un dinghy de la marina, dans lequel se trouvent deux employés, vient nous accueillir pour nous conduire et nous aider à nous installer à la place qui nous est attribuée, sans que nous n'ayons eu quoi que ce soit à demander. Le service et l'accueil évoluent dans le bon sens en Guadeloupe !
Nous sommes sur le même ponton que Fleur de Passion et Alcor. C'est une aubaine, car la marina est très grande et il y a beaucoup de bateaux. En fait, j'ai l'impression que tous les bateaux, produits par les chantiers Amel, sont regroupés sur ce ponton. Ce sera bien pratique pour nous lorsque nous allons changer de bord.
Après le repas, nous entreprenons de dessaler Perceval, ainsi que le spi asymétrique qui n'a pas encore été rangé. Dès que le dessalage est terminé, un grain arrive... La pluie se charge donc de dessaler toutes les infrastructures supérieures. (Parties hautes des mâts, haubans, drisses, barres de flèches, antennes). Il y a longtemps que nous n'avons pas eu une averse aussi longue. Ce n'est pas une averse, il pleut. On se croirait à Villefranche !
7 janvier 2004
Nous venons de passer notre dernière nuit à bord de Perceval. Dès que nous avons fini notre petit-déjeuner, nous défaisons nos lits afin qu'Élisabeth puisse emporter toute cette literie à la blanchisserie. Ensuite, Michelle vide les équipets et commence son sac. Quand elle aura terminé, je ferai le mien, après cela Michelle astiquera notre cabine, tandis que je nettoierai notre cabinet de toilette.
Nous prenons notre ultime déjeuner à bord de Perceval. Élisabeth nous a préparé du boudin créole (à la demande de Michelle) et des pommes de terre sautées à la graisse de foie gras. Élisabeth avait récupéré cette graisse lorsque nous avons mangé différents foies gras pour les fêtes de fin d'année.
Nous emportons nos sacs à bord de Fleur de Passion, mais nous ne les déballons pas. Michelle a gardé dans son sac de voyage les vêtements dont nous aurons besoin jusqu'à notre départ.
Le soir, nous dînons à bord de Perceval. Ensuite, afin qu'Élisabeth et Guy puissent prendre congé de l'ensemble des personnes qui composent le groupe, nous allons à terre, dans l'un des nombreux établissements de la marina, pour prendre une glace. Nous sommes douze : Élisabeth, Guy, Nicole, Pierre, Françoise, Christian, Sabrina, Fabio, Monique, Jean-Marie, Michelle et moi.
Heureusement, nous trouvons une table assez grande pour nous accueillir. La soirée est douce, les glaces sont superbes et les conversations sont animées. Évidemment, douze personnes réunies autour d'une même table ne manquent pas de sujets de discussions !
Mais les meilleures choses ont une fin et nous quittons le glacier vers 22 heures. Monique et Jean-Marie regagnent leur bord en annexe car Aldébaran est mouillé en dehors de la marina. Pour ce qui nous concerne, nous quittons Élisabeth et Guy sur le ponton puisque, dès ce soir, nous allons dormir chez Françoise et Christian. Par la pensée, je souhaite une bonne nuit à Perceval et je le remercie de nous avoir si bien hébergés, transportés, abrités, protégés durant soixante et onze jours.
8 janvier 2004
Après avoir passé une excellente nuit dans nos nouvelles couchettes coquettement décorées, nous nous levons vers 7h car il commence à faire chaud.
Perceval et Fleur de Passion sont tous deux des Maramus des chantiers Amel. Excepté que notre hôtesse et notre hôte ont changé, tout est identique pour nous : même bateau, même confort et même accueil attentionné : Le petit-déjeuner nous attend. Françoise et Christian ont tout préparé et nous n'avons plus qu'à nous installer. Ils s'enquièrent de notre nuit pour savoir si nous avons bien dormi, s'il nous manque quelque chose... Non seulement il ne nous manque rien, au contraire nous sommes confus d'être accueillis de cette manière particulièrement affable...
Même bateau, même confort.
Après la toilette, nous rejoignons Élisabeth et Guy car, aujourd'hui, nous partons tous les six dans une voiture de location pour visiter Basse Terre. Nous empruntons la " Transversale ", (c'est la route qui rejoint la côte Est à la côte ouest de Basse-Terre). C'est une route extrêmement verdoyante. La végétation y est extraordinairement luxuriante et, tout au long du trajet, on y découvre pratiquement toutes les plantes qui poussent sous les tropiques.
Michelle et moi sommes déjà venus passer des vacances en Guadeloupe. C'était en 1983, cela fait donc vingt ans. Nous pouvons témoigner que la Guadeloupe a énormément changé pendant ce laps de temps. Les infrastructures routières se sont particulièrement modernisées. Les maisons légères en bois et en tôles ont disparu à 80 %, au profit de constructions en dur, souvent de très bel aspect. Par ailleurs, de grands bâtiments se sont élevés à Pointe-à-Pitre. En 1983, il y avait très peu de ports de plaisance et de marinas. Ceux qui existaient étaient très petits et il y avait peu de place pour les navigateurs hauturiers. Des ports de plaisance et des marinas ont été construits et ceux qui existaient se sont considérablement agrandis et rénovés. Tout cela contribue vraisemblablement à apporter des devises et autres ressources à l'île.
Il est évident qu'il faut réaliser des équipements pour attirer le tourisme et les richesses que ce dernier induit... Le financement des ces équipement et autres infrastructures est réalisé par la métropole ; et c'est une aubaine pour la Guadeloupe. Bien que cette île soit vraiment naturellement très belle, elle serait sans ressources s'il n'y avait pas de tourisme. Ce qui se passe en Haïti est la démonstration probante de ce que j'avance : Le climat est magnifique, les investissements pour les installations touristiques sont nuls et la population d'Haïti vit dans la misère totale, alors qu'en République Dominicaine, laquelle se trouve sur la même île, le tourisme est florissant !
Je pense que les habitants de ce département d'outre mer seraient biens inspirés de se plaindre un peu moins et, au contraire, d'apprécier la chance d'avoir l'aide de la métropole, sans laquelle la Guadeloupe n'aurait sûrement la physionomie qu'elle a actuellement !
Reprenons le cours de notre promenade dans cette magnifique forêt tropicale ... Nous faisons une pause à la Cascade aux Écrevisses. C'est un endroit particulièrement humide et moite. Il faut marcher pendant une dizaine de minute pour atteindre la cascade et, au cours de ce trajet, on a l'impression que toutes les plantes suintent ! Le lieu est plus qu'humide : l'air est chaud et mouillé !
Nous faisons une pause à la Cascade aux Écrevisses.
Quelques kilomètres plus loin, nous nous arrêtons aussi à la Maison du Cacao. Là, c'est comme dans un musée, il faut payer l'entrée. Quoiqu'il en soit, l'air pur et très oxygéné par cette verdure surabondante nous a ouvert l'appétit et nous en profitons pour acheter à la boutique de la Maison du Cacao des pâtisseries au chocolat réalisées sur place. Pâtisseries que nous consommons immédiatement au cours de notre promenade dans le parc. Somme toute, nous trouvons cette visite très intéressante et, à la fin du parcours, une exégète guadeloupéenne très bien documentée, nous administre un commentaire, agrémenté d'une dégustation, pour nous expliquer la culture et les subtilités de la transformation du cacao en chocolat.
Après cela, nous reprenons notre voiture pour faire route en direction du nord jusqu'à Deshaies. C'est dans cette localité que Perceval fera escale demain soir, pour passer la nuit, avant de poursuivre sa route pour Antigua afin de rejoindre les amis qui embarqueront pour nous succéder.
Nous garons notre véhicule et nous musardons dans cette charmante bourgade. Il y a quelques petits commerces sympathiques. Nous déambulons tranquillement dans les rues et les boutiques jusqu'à ce qu'une forte averse tropicale vienne interrompre cette promenade. Lorsque le soleil revient, il est l'heure de déjeuner.
Nous pénétrons dans un agréable et spacieux restaurant (le Mouillage) situé tout à fait en bordure de la baie qui nous propose un menu bien alléchant
Ainsi, assis à cette table et tout en passant un agréable moment, Élisabeth et Guy pourront presque choisir l'endroit où ils jetteront l'ancre demain soir... Quant à nous, nous pourrons avoir une pensée pour eux en visualisant parfaitement le lieu dans lequel ils se trouveront.
Retour à la marina de Bas du Fort vers 18 heures et apéritif tous ensembles à bord de Fleur de Passion. Élisabeth et Guy regagnent leur bord, tandis que nous restons avec Françoise et Christian puisque, jusqu'à notre départ, nous serons désormais sous la protection de Fleur de Passion.
9 janvier 2004
À 9 heures, c'est le départ de Perceval pour Deshaies, où Élisabeth et Guy feront escale d'une nuit, avant de repartir pour Antigua. Outre Françoise, Christian, Michelle et moi, il y a également l'équipage d'Alcor, c'est-à-dire Nicole, Pierre, Sabrina et Fabio qui sont venus souhaiter une bonne navigation à Perceval.
À 9 heures, c'est le départ de Perceval pour Deshaies.
Évidemment, la séparation est imprégnée de tristesse car il y a très longtemps que ces trois bateaux naviguent de conserve et des liens solides se sont crées entre les membres d'équipage. Même durant les traversées entre les Canaries et le Cap Vert (cinq jours) et entre le Cap Vert et les Antilles (dix-sept jours), les vacations radio bi-quotidiennes permettaient de garder un contact fort.
Cette séparation est d'autant plus triste que Sabrina et Fabio quittent également le groupe aujourd'hui à 11 heures 30. Eux prennent l'avion pour rejoindrent des amis italiens qui les attendent en Floride.
Pour nous remettre de nos émotions et nous changer les idées, nous partons en bus à Pointe à Pitre faire un peu de shopping. Nous découvrons un agréable petit resto pour le déjeuner et nous rentrons dans l'après-midi.
Vers 19 heures, Nicole et Pierre nous rejoignent pour l'apéritif (champagne) et, ensuite, nous allons dîner au restaurant " la Route du Rhum ". Nous ne sommes maintenant plus que six rescapés sur l'ensemble du groupe qui a compté jusqu'à vingt personnes. Seul le hasard a décidé que nous finirions ensembles. Le hasard fait bien les choses... Nous nous promettons de nous revoir.
Nous passons une très agréable fin de journée, agrémentée d'un repas langoustes fort sympathique. Nous sommes tous les six particulièrement détendus et cette petite fête bien arrosée se prolonge par une hilarité à répétitions jusqu'à minuit.
Nous regagnons nos bords en déambulant tranquillement à travers la marina...
10 janvier 2004
Après une excellente nuit passée à bord de Fleur de Passion, la journée débute par un bon petit-déjeuner. Françoise nous annonce qu'elle a décidé de nous préparer un Osso-buco pour midi.
Après le déjeuner, je resserre la fixation de la pompe à pied de l'évier. Christian est très content car il n'arrivait pas à bloquer correctement l'implantation de cette pompe et, par conséquent, elle n'était pas utilisable.
Que fait-on en fin d'après-midi ? Apéritif très copieux à bord d'Alcor ! Champagne pour les uns, ti'punch pour les autres, et plein de bonnes choses à grignoter. À 21 heures 30, l'apéritif est fini, mais nous n'avons plus faim. Nous regardons les infos de France2 à bord de Fleur de Passion et nous allons nous coucher. C'est notre dernière nuit sur l'eau...
11 janvier 2004
Nous avons très bien dormi cette nuit et nous nous levons à 8 heures. Le petit-déjeuner nous attend mais, bien qu'il fasse déjà très beau, le jour qui commence a un petit goût amer : nous ne finirons pas cette journée ici...
Nous terminons nos bagages. C'est là un moment crucial car il faut que tout ce qui n'était pas encore logé à l'intérieur de nos sacs veuille bien y rentrer. Après plusieurs essais de combinaisons différentes de mise en place, nous avons la satisfaction de voir qu'il ne reste rien à nous à bord de Fleur de Passion. Mission emballage réussie !
Un peu de nettoyage dans notre cabine et dans le cabinet de toilette. Dernière douche aux sanitaires de la marina, et c'est déjà l'heure de déjeuner. Françoise nous a préparé un sympathique et copieux déjeuner, afin que nous puissions bien supporter notre voyage de retour, dit-elle...
Nous devisons agréablement au cours de ce repas en évoquant, jusqu'à la dernière minute, les images merveilleuses qui se bousculent dans nos pensées. Les Canaries, le Cap Vert, les péripéties durant les différentes navigations, les anniversaires et la baignade au milieu de l'Atlantique, les Antilles, les fêtes de fin d'année, sans oublier la remarquable affabilité débonnaire de toutes ces personnes que nous avons eu la chance de côtoyer...
Nous avons effectivement pu constater que " le monde de la mer " existe véritablement, mais il concerne surtout les marins hauturiers, ceux qui utilisent réellement leur bateau pendant de longues périodes. Chaque fois que nous eu l'opportunité d'entrer en contact avec l'un de ces véritables marins, la relation a été instantanément sincère et très chaleureuse, quelle que soit la nationalité du navigateur.
Nous avons eu la chance de connaître tout cela, mais aussi beaux que puissent être nos souvenirs, le temps s'écoule inexorablement et nous rapproche de l'heure fatidique du départ. Il faut penser à quitter nos hôtes.
Comme pour prolonger encore un peu ces moments ultimes, nous faisons une dernière photo en compagnie de Françoise et Christian.
À ce moment Nicole et Pierre arrivent pour nous souhaiter bon voyage. Évidemment, nous ne serions pas partis sans leur dire au revoir, et nous apprécions d'autant plus qu'ils soient venus nous soutenir à l'instant du départ.
Nous faisons également une photo avec eux, comme si nous voulions que ces instants se figent et que le temps s'arrête là... C'est vraiment à contre cœur que nous quittons ce lieu, que nous quittons cette marina, que nous quittons ces amis.
À 14 heures 30, le taxi commandé la veille vient nous cueillir devant la capitainerie. Nos amis nous font un dernier signe de la main, nous agitons les nôtres maladroitement et le taxi démarre pour nous conduire à l'aéroport du Raizet... Notre regard se perd dans la verdure tropicale qui borde la route qui mène à Pointe à Pitre. C'est fini, il faut bien que nous nous rendions à l'évidence : nous sommes partis et notre long séjour sur l'Atlantique est terminé !
Un quart d'heure plus tard, le taxi nous dépose à l'aéroport. Un chariot nous attend sur le trottoir, pourtant nous ne sommes pas pressés à ce point de partir. Nous aurions presque préféré passer un peu de temps à en chercher un... Nous nous dirigeons machinalement vers le comptoir d'enregistrement. Tout est OK et nous passons en salle d'embarquement. Comme pour nous consoler d'en être déjà arrivé là, je vais faire un dernier achat à la boutique détaxée (un vaporisateur d'eau de toilette Ivresse pour Michelle).
En attendant l'heure du départ, nous commençons à penser à notre maison, que nous allons retrouver après deux mois et demi d'absence.
Nous embarquons à bord d'un Airbus A330 de la compagnie Corsair, et l'avion décolle à l'heure prévue, c'est-à-dire 17 heures 20, après que les membres d'équipage nous aient accueillis, et nous aient fait les démonstrations d'utilisation des gilets de sauvetage et d'évacuation d'urgence de l'appareil, de manière très sympathique et particulièrement humoristique.
Après que l'avion ait atteint l'altitude de croisière, les hôtesses servent l'apéritif. Gratuit : jus de fruits, vin ou bière. Moyennant 3 € : champagne. Dîner : choix possibles entre viande ou poisson. Ensuite, fromage, dessert. Boisson : vin, bière ou eau. Après, café ou thé. Le film est diffusé un peu plus tard. Le personnel passe régulièrement dans les allées pour proposer de l'eau. Une heure avant l'atterrissage à l'escale de Nantes, un petit-déjeuner copieux est servi. Nous nous posons à Nantes avec quarante-cinq minutes d'avance car nous avons eu des vents favorables pendant le vol. Re-décollage depuis Nantes parfaitement à l'heure et arrivée à Saint Exupéry avec 5 minutes d'avance.
À priori, j'avais une opinion plutôt défavorable sur Corsair, sans connaître cette compagnie. Après ce vol parfait et très agréable, je ferai le maximum pour voyager sur Corsair, chaque fois que cela sera possible. En effet, non seulement j'ai trouvé l'accueil très sympathique, le service aussi zélé que sur les grandes compagnies mais, et ce n'est pas négligeable, le prix du billet est moins onéreux.
Étape suivante
Retour à la table des matières
Retour au Site Portail