La libre littérature française des Amériques



En traversant l'Atlantique


Le Cap Vert




17 novembre 2003

Après une bonne nuit de repos, sans roulis ni tangage, (ce mouillage est très abrité et reposant), et après un bon petit-déjeuner, Guy et moi gonflons l'annexe pour aller à terre car il faut effectuer les formalités d'arrivée.

Palmeira est un petit village bordé à l'est par un dépôt de carburants et, à l'ouest, par une conserverie de poissons. Entre les deux, le village et, au premier plan, en bord de mer, un gros tas de poubelles (des fûts de 2OO litres) qui débordent d'ordures en tous genres sur une dizaine de mètres. Cela tombe bien, car la première chose que les navigateurs cherchent lorsqu'ils arrivent à terre, c'est l'endroit où l'on abandonne les détritus. Nous déposons le plus esthétiquement possible les sacs poubelles, que nous avons remplis durant la traversée, sur le tas déjà existant. Bien que nous ayons le sens artistique bien développé, cela n'est pas suffisant pour corriger sensiblement son aspect. Et le tas d'ordures reste tas d'ordures et garde toute sa personnalité...
Notre première mission étant accomplie, nous nous adressons à un autochtone pour lui demander où se trouve la capitainerie, mais il ne comprend ni le français, ni l'anglais et nous ne parlons pas portugais. J'essaie en espagnol, et cela fonctionne suffisamment pour qu'il nous accompagne vers l'autorité compétente. Coup de bol, l'autorité parle un peu français et réussi à nous faire comprendre que nous devons d'abord nous rendre à l'aéroport pour remplir les formalités de police. L'aéroport se trouve à six kilomètres, et le seul moyen de s'y rendre est la marche ou le taxi. Après avoir hésité longuement pendant un dixième de seconde, nous optons pour le taxi.
La température est d'environ 27°C. C'est assez agréable pour un 17 novembre ! Le taxi parcourt les six kilomètres de nids de poules en un peu plus de dix minutes et nous dépose à destination. Là, nous découvrons un aéroport très beau, très propre, et très moderne. Le contraste entre ce bâtiment et ce que nous avons vu auparavant est étonnant. Nous allons directement au contrôle de police et nous entrons dans un bureau où une bonne dizaine de policiers très détendus nous accueillent avec un large sourire et nous font signe de nous asseoir.
Ils continuent leurs conversations respectives sans manifester d'impatience pour s'occuper de nous. L'un d'entre eux est devant son ordinateur et joue aux cartes (FreeCell de Windows). Guy et moi décidons que, si un jour nous devions venir vivre au Cap Vert, nous ferions le maximum pour entrer dans la police. Cela a l'air d'être super pénard ! Quand ils ont fini de discourir, Maria Emilia, la plus gradée du lot, s'approche de nous et, re-coup de bol, elle parle un peu français. Il faut remplir des fiches, présenter l'acte de francisation de Perceval, verser 100 escudos capverdiens (à peine 1 €), et nous recevons les tampons adéquats sur nos passeports.
Retour à Puerto Palmeira en taxi. Nous demandons au chauffeur de nous déposer à la capitainerie, et il nous arrête devant la délégaçãô maritima. Nous présentons de nouveau l'acte de francisation de Perceval, remplissons un nouveau formulaire et nous apprenons que notre séjour au mouillage nous coûtera 465 escudos, quelle que soit sa durée. (4.5€)


L'archipel du Cap Vert


L'archipel du Cap Vert



Ensuite, nous rencontrons un noir, musulman et, qui plus est marabout de son état. Il parle très bien le français. Il nous apprend qu'un enfant est né dans sa famille, et il nous invite à la fête qu'il fera en l'honneur de cette naissance, pendant le Ramadan, pour le lendemain soir à partir de 20h. Pour un premier contact avec Sal, c'est déjà beaucoup. Nous reprenons notre annexe pour rejoindre Perceval et raconter tout cela à nos femmes.


18 novembre 2003

Aujourd'hui, nous quittons le bord tous les quatre pour nous rendre à Espargos, distante d'environ cinq kilomètres. Taxi, route à nids de poules, et 250 Escudos plus loin, le véhicule nous dépose en ville. Par rapport à Palmeira, Espargos nous paraît coquette. Il y a plusieurs magasins assez bien achalandés et nous en profitons pour faire quelques courses. Par contre, il n'y a pas de cybercafé sur l'île ; donc, vous ne recevrez pas d'e-mail... Après trois heures de promenade, nous rentrons à bord pour déjeuner. Lorsque nous reprenons l'annexe, nous apercevons Fleur de Passion qui arrive dans la baie et cherche une place pour mouiller.
Nous déjeunons agréablement (comme d'habitude). Ensuite petite sieste à fin d'être en forme pour la fête de ce soir chez le marabout.

Un peu avant 20heures, nous quittons le bord et nous allons saluer Françoise, Christian, André et Alain. Nous leur retraçons notre rencontre de la veille avec le marabout et nous reprenons notre annexe pour nous rendre à terre et découvrir comment se fête une naissance chez un musulman capverdien...
Arrivés à terre, nous partons en direction de la maison que notre marabout nous a indiquée la veille. En approchant, nous entendons un peu de musique ; ce doit être là. Non, ce sont simplement quelques jeunes qui écoutent diverses mélodies capverdiennes. Nous leur demandons où se trouve la maison dans laquelle une fête musulmane est donnée à l'occasion d'une naissance. Ils ne sont pas au courant, se renseignent, parlent, nous conduisent vers quelqu'un qui pourrait savoir... Le quelqu'un ne sait pas, personne au village n'a entendu parler de cela. Nous leur racontons notre rencontre de la veille et, après que l'on ait tout bien expliqué, ils nous font comprendre, avec beaucoup d'égards, que nous nous sommes fait piéger ! Pour résumer : le " marabout " qui nous a abordés la veille n'est pas un Capverdien. Il appartient à un groupe d'Africains, probablement des Sénégalais, qui sont basés à Espargos, et certains viennent parfois passer une journée à Palmeira pour vendre quelques babioles aux occupants des bateaux qui font escale dans ce mouillage. L'argumentation est toujours la même : ils viennent d'avoir une naissance, en conséquence ils offrent quelques bricoles au voyageur, ensuite, amicalement, ils invitent le plaisancier à la fête qu'ils donneront le lendemain, lui demandent un peu d'argent comme participation à l'achat du mouton, pour faire en méchoui pour la fête, et ronron et patapon et merci et à demain... Nous avions donné 5€, ce n'est pas trop grave. Nous reprenons l'annexe et rentrons dîner à bord.


19 novembre 2003

Ce matin travaux : Guy et moi remplaçons l'un des ventilateurs de cale moteur.
L'après-midi, nous allons à la " délégaçãô maritima" pour récupérer l'acte de francisation de Perceval. Bien que l'autorité compétente eût du être à son poste, le bureau est fermé. Nous allons au poste de police où l'on nous conseille d'aller voir au port. Là, un agent de la police maritime nous dit de nous adresser à un agent des douanes qui nous dit qu'il ne sait rien -puisqu'il est douanier- (comme aurait dit Fernand Reynaud). En définitive, nous apprenons que l'autorité fait de la gymnastique et du culturisme l'après-midi à Santa Maria. C'est la raison pour laquelle votre fille est muette et que la délégaçãô maritima est fermée, alors qu'elle devrait être ouverte.


20 novembre 2003

À 8 heures 30, nous reprenons l'annexe pour aller à la délégaçãô maritima afin de récupérer les papiers du bateau. En arrivant à icelle, nous tombons sur Guido Resca (l'autorité portuaire de Sal qui fait du culturisme). Guy lui fait part immédiatement de son mécontentement et, le moins qu'on puisse dire, sans ménagement. Malheureusement, prématurément ; il aurait du attendre d'avoir récupéré ses papiers avant de passer cette secouée à Guido. Le ton monte et cela n'arrange rien. Après une bonne demi-heure de discussions stériles et de grands coups de gueule, je propose mes services comme médiateur. Étant donné que chacun voudrait bien sortir de cette situation ubuesque, ma proposition est acceptée à l'unanimité par les deux belligérants et nous récupérons les papiers de Perceval.
Ensuite retour à bord, nous hissons l'annexe sur le pont, nous appareillons, et nous quittons la baie de Palmeira à 11h15. Je suis à la barre de Perceval, et pas peu fier d'être là... Au moment où nous franchissons la jetée, nous apercevons Alcor qui arrive à Palmeira. Contact VHF, tout va bien à leur bord.
Nous prenons notre cap pour Boavista. Nous envoyons les voiles : génois, voile d'artimon, grand voile et même Démone, la voile d'étai. Nous avançons bien : entre sept et huit nœuds. Nous mettons une ligne de pêche, mais cette nouvelle expérience se termine comme les précédentes : nous avons une grosse touche et remontons la ligne, mais le fil est coupé et il n'y a plus d'appât.
Nous avons la chance d'avoir à nouveau un groupe de dauphins qui vient jouer quelque instant à la proue de Perceval. Bientôt, nous apercevons Boavista. Vers 16 heures, nous entrons dans la baie au sud de l'îlot del Rei, en suivant à la lettre les indications données par le guide en notre possession. En cherchant un point pour mouiller, nous talonnons à plusieurs reprises car le fond est inférieur au tirant d'eau de Perceval (2 m 11). C'est très impressionnant car le bateau se bloque en gîtant fortement. Ce n'est pas top grave pour la quille car le fond est sablonneux et nous nous en sortons grâce à la puissance du moteur. Le guide a probablement été rédigé par quelqu'un qui n'est jamais venu ici...
Un autre bateau (Antarès), entre en même temps que nous dans la baie et connaît les mêmes difficultés. Il possède vraisemblablement le même guide que nous ! Contact VHF entre les deux capitaines, et après les présentations d'usage, rendez-vous est pris pour le lendemain matin pour un débarquement à terre, visite de l'île durant la journée, et dîner au resto local pour déguster quelques langoustes ! Quand je vous disais que les relations s'établissent rapidement entre gens de mer...
Heureusement, nous réussissons quand même, en ignorant totalement le guide, à trouver un point de mouillage par six mètres de fond. Nous dînons et passons une nuit calme.


21 novembre 2003

Réveil à 7 heures, débarquement et nous faisons la connaissance d'Édith, une tahitienne qui vit à Boavista. C'est elle qui, à la demande d'Antoine, (Antoine est le capitaine d'Antarès) a retenu le pick-up avec chauffeur qui nous fera découvrir l'île, ainsi que le restaurant local dans lequel nous dînerons ce soir. Elle nous conduit sur la place de Sal Rei, où nous attendent déjà Antoine, Colette, Paul et Robert. Présentations et, surprise : ils habitent tous la région lyonnaise. Décines, Bron et Genay ! Le monde est petit...
Peu de temps après, notre pick-up Toyota arrive. Nous embarquons quatre à l'intérieur, quatre à l'extérieur et nous partons. Paysages incroyables : désertiques, lunaires et souvent martiens ! Vous verrez le film, ce n'est pas exagéré.
Il y a très peu de végétation, mais l'île est envahie de chèvres plus ou moins sauvages, lesquelles se sont parfaitement adaptées à ce terrain. On rencontre quelques oasis clôturées car elles sont exploitées pour la culture. À proximité des oasis, c'est un peu moins désertique et l'on y trouve parfois des petits troupeaux de vaches.
Nous visitons l'une de ces oasis dans laquelle nous dégustons quelques dattes et noix de coco fraîches. Les Capverdiens ont vraiment beaucoup de mérite de cultiver dans ces conditions car, même dans les oasis, l'eau est un produit rare.
Plus loin, arrêt sur une magnifique plage. Comme l'île n'est radicalement pas orientée au tourisme, cette immense plage est absolument déserte. Quelle que soit la direction dans laquelle notre regard se porte, nous ne voyons aucune construction. Là, pas de béton, pas d'hôtel, pas de touristes. La nature à l'état pur, sans artifice. Le sable est immaculé, aucune trace, aucun détritus. Nous n'entendons rien d'autre que le bruit des vagues qui viennent finir leur voyage sur cette terre du bout du monde. Nous sommes seuls. Paul et Robert profitent tout spécialement de cet endroit enchanteur en prenant un bon bain. Nous sommes vraiment des privilégiés d'avoir accès à cet avant goût de Paradis !
Il y a un peu plus d'un siècle, je veux dire avant l'invention de l'automobile et des emballages en plastique, la plupart des plages de la terre devaient ressembler à celle-ci. Mais rares étaient ceux qui pouvaient en profiter...


La plage


Cette immense plage est absolument déserte.



Un peu plus loin, nouvel arrêt sur une autre plage déserte. Il s'agit d'une plage protégée sur laquelle les tortues viennent pondre. Nous n'en verrons aucune car ce n'est pas la saison. À proximité, il y a une station dans laquelle les petites tortues sont récupérées, lorsqu'elles éclosent, pour être élevées pendant plusieurs semaines. Ensuite, elles sont remises à la mer, lorsqu'elles sont suffisamment grosses pour ne pas être dévorées par les oiseaux. En effet, environ neuf tortues nouvelles-nées sur dix, sont mangées par les oiseaux au moment où elles parcourent la plage, pour rejoindre leur élément.
Ensuite, nous nous arrêtons dans de charmants petits villages. Carlos (c'est le nom de notre chauffeur guide) nous fait connaître toute sa famille, et comme celle-ci est éparpillée dans plusieurs localités, il y a de nombreux arrêts. Pour clore ce périple, nous visitons un désert de dunes. Retour au mouillage vers 18h. Tout le monde est enchanté de la balade, même les passagers qui ont fait l'excursion assis à l'extérieur (Guy, Paul, Robert et moi) et qui, par conséquent, ont les fesses bien talées !
Douche pour tout l'équipage, avant de repartir au resto. Ce dernier est très typique et a beaucoup de charme. Au Cap Vert, il y a très peu de tourisme. Lorsqu'on veut manger au restaurant, et à fortiori des langoustes, il est indispensable de commander à l'avance. Donc, dès qu'on arrive, on est attendu et tout est prêt.
Immédiatement après que nous nous soyons assis, un plat de carpaccio de poisson nous est servi, ainsi qu'un vin blanc très frais, par Louisa, la patronne capverdienne de l'établissement. Après cela, deux grands plats de superbes langoustes arrivent sur la table. Louisa, qui a une très belle voix, chante en même temps qu'elle sert. Nous sommes peu habitués à entendre des personnes chanter en travaillant. L'ambiance est très détendue. Nous avions déjà connu cela en Polynésie car là-bas, il est fréquent d'entendre les serveuses chanter en travaillant. Toute la tablée apprécie cette ambiance. Le dessert est une petite assiette de courge confite. C'est très bon. Et, pour terminer, une bonne rasade de rhum local au miel. Nous sommes fins prêts pour aller nous coucher, mais il faut reprendre les annexes dans la nuit noire... Nous nous en sortons très bien, et rentrons à bord sans que personne ne coule...


22 novembre 2003

Journée calme pour récupérer des excès de la veille. Avant le déjeuner, nous partons en annexe faire un tour sur l'îlot del Rei. Nous accostons sur une petite plage sauvage. Du reste, la totalité de cette terre est entièrement déserte. Nous sommes seuls et nous en profitons pour prendre un bain dans ce havre de tranquillité. L'eau est très agréable, environ 28°C. Sur ce petit îlet désertique, nous avons la surprise de constater que notre GSM passe et nous réussissons à avoir Mathilde au téléphone.
Pendant le retour, pour regagner le bord de Perceval, nous prenons une bonne douche d'eau de mer dans l'annexe car un fort clapot vient à contre. Nous n'avons plus qu'à nous dessaler à notre arrivée à bord.
À 17 heures, nous levons l'ancre pour partir sur l'île de Sao Nicolau. Navigation tranquille de nuit, peu de vent, mer calme. Moyenne : 4 nœuds et demi. J'assume le premier quart, ensuite c'est le tour d'Élisabeth et pour finir la nuit, Guy assure le dernier.


23 novembre 2003

Lorsque le jour se lève, l'île est en vue, mais encore loin. Nous mouillons à 10 heures 45 à Porto do Tarrafal. C'est dimanche, nous n'avons plus d'escudos, alors nous restons à bord. Nous ferons du change demain à la banque.
J'en profite pour faire un nettoyage du pont de Perceval afin d'enlever un maximum de sel. En effet, en navigation il y a toujours des projections d'eau de mer sur le pont et les superstructures extérieures du bateau. Cette eau dépose du sel en s'évaporant, et tout ce qu'on touche, dès que l'on sort à l'extérieur, est poisseux et granuleux. C'est très désagréable et, de plus, on rapporte du sel sous nos pieds, à l'intérieur du carré et dans les cabines...
Vers 14h, Alcor arrive au mouillage. Élisabeth et Guy partent en annexe pour accueillir et saluer Nicole et Pierre, ainsi que l'équipage, Fabio et Sabrina. Lorsqu'ils reviennent à bord, Élisabeth et Guy nous apprennent la nouvelle : ce soir, il y aura apéritif à bord d'Alcor...
Et nous passons encore un moment très convivial en compagnie de Nicole, Pierre, Sabrina et Fabio. L'apéritif ayant été très copieux, lorsque nous regagnons notre bord, nous nous contentons d'une tisane en guise de dîner !


24 novembre 2003

Aujourd'hui, lundi, nous débarquons. Des gamins nous attendent dans l'eau, à l'arrivée de notre annexe. Ils la tirent sur la plage et nous proposent de la surveiller durant notre absence. Nous sélectionnons un d'entre eux (il s'appelle Jean-Marie) et promettons de lui verser cent escudos à notre retour. Évidemment, Il est très content car pour lui, c'est une belle somme.


Itinéraire


D'île en île, au Cap Vert



Nous effectuons une petite promenade dans Puerto do Tarrafal. Maintenant, nous sommes habitués au Cap Vert, et nous ne sommes plus choqués par la pauvreté environnante. Mais elle est toujours omniprésente. Nous allons changer quelques € à la banque. Le change est de 110,265 escudos capverdiens pour 1 €.
À la sortie de la banque, nous découvrons un cybercafé ! Guy et moi en profitons pour consulter notre courrier et envoyer le récit du début de notre aventure transatlantique. Cela semble fonctionner correctement, mais c'est très lent...
Pendant que nous étions au cybercafé, nos compagnes ont fait la connaissance d'une dame de 82 ans : Paulette. Elle habite Rouen et elle est actuellement en vacances au Cap Vert pour quinze jours. Et, au cours de la conversation, Paulette a recommandé à nos petites femmes un restaurant : " chez Alice ".
C'est la raison pour laquelle nous nous dirigeons tous les cinq (Paulette est avec nous) pour aller déjeuner " chez Alice ". En fait, ce n'est pas vraiment un restaurant tel que nous les connaissons en France, puisque la salle à manger dans laquelle nous nous retrouvons, est la salle à manger de l'appartement dans lequel habite Alice. Il y a deux grandes tables, un buffet vitrine avec de la très belle vaisselle, un canapé, deux fauteuils et un poste de télévision.

Au menu : potage Capverdien à base de pâtes. (La particularité du potage Capverdien, c'est que l'on y remarque quelques asticots) Guy nous montre ceux qu'il a trouvés après que nous ayons fini nos assiettes. Ensuite, poisson, pommes de terre, riz. En dessert, nous mangeons des papayes. Le tout arrosé d'un vin blanc portugais.
En définitive, nous avons bien mangé et nous regagnons notre bord, après avoir versé 100 escudos à Jean-Marie. Nous l'informons que demain, nous arriverons en annexe à 8h30. Il sera certainement présent pour assurer la surveillance.
De retour à bord, je téléphone à Maurice pour savoir si le mail est arrivé ; la réponse est non. Guy téléphone à Annick pour le même motif ; la réponse est non. Comme à nous deux, nous avions une douzaine de destinataires, nous pensons qu'il en est de même pour tous. Peut-être une prochaine fois ?


25 novembre 2003

Réveil à 7 heures car, aujourd'hui, nous visitons Sao Nicolau. Après le petit-déjeuner, nous nous retrouvons sur la plage en compagnie de Nicole, Pierre, Sabrina, Fabio et l'équipage d'un catamaran (Samadhi), composé de Lia, Claudio et Piggi. Ce sont des Italiens que Fabio et Sabrina ont rencontrés hier.
Bien sûr, Jean-Marie nous attendait et je lui présente une montre qu'il recevra en paiement pour la surveillance de notre annexe. Son regard pétille, mais il devra attendre jusqu'à notre retour pour que je la lui donne...
Vers 8h45, nous embarquons dans un plateau Toyota. Un voyageur s'installe en cabine, à coté du chauffeur et les dix autres passagers à l'extérieur, à l'air libre à l'arrière du Toyota.
São Nicolau est l'île du Cap Vert parrainée par la France. (Chaque île du Cap Vert est soutenue par un pays d'Europe). Son aspect montagneux et accidenté en fait une île très différente de Boa Vista. Elle est bien plus verte, dès que l'on prend un peu d'altitude. Ce n'est quand même pas la Normandie, mais il y a beaucoup plus de cultures qu'à Boa Vista et beaucoup moins de chèvres ! Au cours du trajet sur cette route montagneuse, nous sommes obligés, à plusieurs reprises, de nous couvrir de vêtements chauds. Dès que nous prenons de la hauteur, la fraîcheur se fait fortement sentir ; et dès que nous redescendons, la chaleur revient. Nous nous dirigeons en direction de Ribeira Brava, la capitale de l'île. La France a financé et mis en œuvre, près de cette ville, une station de pompage d'eau d'une nappe phréatique qu'il a fallut capter en creusant une galerie de plus de deux mille mètres, sous la montagne située à proximité de Ribeira Brava.
À l'entrée et à la sortie de cette ville, sur plusieurs kilomètres, la route est bordée et souvent recouverte à trois ou quatre mètres du sol, par des gigantesques toiles d'araignée, peuplées par des bestioles dont la taille est proportionnée aux toiles ! Comme l'arrière du Toyota est entièrement découvert, les femmes hurlent de peur en passant dans ce tunnel insolite.

Le Toyota nous débarque en ville et nous en profitons pour effectuer quelques achats, en particulier, une machette qui nous servira à ouvrir nos noix de coco.
Ensuite, nous avons un arrêt déjeuner en bord de mer et nous prenons le chemin du retour. Le chauffeur nous propose de visiter un port de pêcheurs, mais compte tenu de l'état de nos fondements, nous préférons abréger notre visite, d'autant plus que tout a un air de ressemblance... Par ailleurs, il faut souligner que le plateau de ce Toyota est aménagé de banquettes très étroites et sans rembourrage. Comme les routes de toutes les îles de cet archipel sont pavées, nos fessiers subissent le même sort que ceux des coureurs cyclistes de Paris-Roubaix !
Quoiqu'il en soit, de retour à Puerto do Tarrafa, toute la bande décide d'aller chez Alice pour lui demander de nous préparer une Cachupa-Rica. C'est un plat très typique du Cap Vert (en fait, c'est le plat national). Parmi les onze membres de ce groupe, quatre préfèrent se faire accommoder un plat de poisson. Alice est d'accord et nous dit que ce sera prêt pour 19 heures 30.


Les routes


Les routes de toutes les îles de cet archipel sont pavées.



Nous reprenons l'annexe pour rejoindre notre bord. Jean-Marie nous attend avec deux copains. Je lui donne sa montre, plus un petit récepteur radio. Il n'en croit pas ses yeux. Je donne également une montre à chacun de ses deux copains et c'est l'euphorie ! Je précise à Jean-Marie qu'il devra surveiller notre annexe pendant que nous serons au restaurant. Il est tout à fait d'accord, car il est très content d'avoir eu la surprise de recevoir le poste de radio que je lui ai donné en plus de la montre.
Le temps de prendre une douche et nous repartons pour le resto. Nous arrivons chez Alice à l'heure prévue. Elle nous a préparé les plats demandés, et le service commence sans tarder. Claudio, Lia et Piggi ne sont pas arrivés ; nous commençons sans eux, d'autant plus que la Cachupa-Rica est somptueuse, présentée dans quatre plats différents : un plat de pois chiches, haricots rouges et maïs pilé, un plat de légumes assortis : pommes de terre, de l'igname, du chou, carottes et bananes, un plat de riz et un plat de poulet ! Nous nous régalons, mais le temps passe et l'équipage de Samadhi n'est toujours pas là. Sabrina téléphone à Lia et celle-ci lui déclare qu'il y a un grave problème : Piggi est allé à terre avec l'annexe et n'est pas revenu. Claudio est allé à terre avec un petit canot, mais il n'a pas trouvé l'annexe sur la plage... Alors, c'est très grave. Nous supposons qu'au moment de son retour à bord du catamaran, Piggi serait tombé en panne de moteur et aurait dérivé vers le large car le vent souffle fort. Nous décidons donc d'appareiller pour partir à la recherche de Piggi, au large, à bord de nos bateaux, Alcor et Perceval. Il fait nuit noire et notre soirée au restaurant se termine en queue de poisson.
Au sortir du restaurant, nous arpentons la plage pour vérifier si l'annexe de Piggi n'y serait pas mais, à l'instar de Claudio, nous ne la trouvons pas. Nous récupérons la notre auprès de Jean-Marie, l'équipage d'Alcor prend la sienne et, avant de regagner nos bords respectifs, afin de nous lancer à la recherche de Piggi, nous passons auprès du catamaran Samadhi pour informer Lia et Claudio de ce que nous avons décidé de faire. Et là, nous trouvons tout l'équipage à bord, y compris Piggi, ainsi que l'annexe amarrée à Samadhi ! Ils nous racontent une histoire à dormir debout, et nous regagnons chacun nos bateaux déçus par cet équipage italien !
Un bon sommeil par-dessus tout cela nous fera le plus grand bien !


26 novembre 2003

Réveil à 6 heures. Nous partons pour Sao Vincente. Cette île sera la dernière escale au Cap Vert avant notre départ pour les Antilles. Nous remontons l'annexe, levons l'ancre et nous quittons le mouillage au moteur.
Nous avons juste le temps de prendre un bon petit-déjeuner, et le vent se lève. Nous envoyons les voiles, et ça marche bien : entre sept et neuf nœuds ! Nous couvrons les quarante-cinq milles qui séparent les deux îles en 6 heures 30. Par moments, cela remue pas mal. Vous verrez le film... Arrivé à 13 heure à Mindelo.
Nous mouillons et nous commençons à déjeuner. Le vent souffle très fort. Du carré, installés à table, nous voyons passer un mat très près de Perceval. C'est celui d'Antarès, le bateau d'Antoine, qui est en train de déraper rapidement. Il n'y a personne à son bord, et il est urgent de faire quelque chose. Guy et moi prenons l'annexe, rattrapons Antarès et Guy se hisse à son bord. Presque au même moment, un bateau de service du port, avec deux employés à son bord, arrive et ils aident Guy à mettre une seconde ligne de mouillage pour arrêter la dérive d'Antarès. Lorsque Colette, Antoine, Paul et Robert arrivent à leur tour, ils sont très surpris de retrouver leur bateau aussi loin de l'endroit où ils l'avaient laissé ! Ils n'avaient probablement pas mouillé suffisamment de chaîne, c'est la raison pour laquelle Antarès a dérapé dès que le vent s'est renforcé. Bon, maintenant qu'ils sont là, nous allons pouvoir aller achever notre repas ...
Le déjeuner étant terminé et le vent étant toujours aussi fort, Guy décide d'empenneler. C'est à dire de mettre deux ancres, l'une derrière l'autre, séparées par dix mètres de chaîne. La mésaventure survenue à Antarès ne risquera pas de nous arriver et nous pourrons dormir tranquille !


27 novembre 2003

Nous faisons la connaissance de Bhigouda. C'est un jeune Capverdien pas bête du tout : il a une annexe, parle français et propose ses services aux bateaux battant pavillon français. Il récupère les poubelles de bord, se charge de faire remplir les bouteilles de camping gaz, emporte le linge sale à la blanchisserie locale et de le rapporte à bord. Cela nous évitera de perdre un jour pour ce genre de corvée. Sa proposition nous intéresse et, pour l'ensemble des services, nous pensons lui donner 1 500 escudos (environ 13,60€). En plus, je lui ferai cadeau d'une montre et d'un petit récepteur radio.
Après avoir confié le linge sale et les bonbonnes de gaz vides à Bighouda, nous débarquons à terre pour faire connaissance avec Mindelo. C'est, de loin, la plus grande ville que nous ayons vue au Cap Vert. Pour vous donner une idée, c'est presque aussi grand que Fontaines/Saône, mais beaucoup moins moderne. Néanmoins, on trouve à peu près tout ce dont nous aurons besoin d'approvisionner avant notre départ pour la grande traversée. Ceci est une excellente surprise car nous n'imaginions pas pouvoir nous procurer autant de légumes au Cap Vert.
Chemin faisant, nous rencontrons Françoise, Christian, André, Alain, Nicole, Pierre qui sont également en course. C'est bien la preuve que cette " grande " ville n'est pas si grande que cela. Ils nous fournissent de nombreuses informations concernant les commerces qu'ils ont déjà découverts. Pour ce qui nous concerne, nous repérons de la salade verte et un rôtisseur de poulets ! À bien y réfléchir, cette " grande " ville est presque aussi moderne que Fontaines/Saône ! Nous nous empressons d'acheter salade et poulet rôti. Il y a longtemps qu'il ne nous est pas arrivé de trouver ce genre de mets ! Pendant que nous effectuons ces achats, Christian nous annonce une mauvaise nouvelle : il y a quinze jours que le dessalinisateur d'eau de mer de Mindelo est en panne et la ville est privée d'eau. Nous ne pourrons pas faire le plein d'eau douce avant les Antilles. Mais, dès qu'il voit nos visages contrariés, il nous annonce une bonne nouvelle : il y a une possibilité... Il faut faire venir un camion citerne (minimum deux mille litres), et nous pourrons remplir nos réservoirs. Perceval, Fleur de Passion et Alcor ont besoin de mille sept cents litres pour compléter leurs niveaux. Ouf ! Nous payerons l'eau un peu plus cher, mais nos réservoirs seront pleins pour la grande traversée. Nous apprenons que c'est également Bhigouda qui s'occupe de cela.
Nous regagnons notre bord pour déguster notre poulet et notre salade verte. Ensuite, nous passons quelques coups de fil et nous apprenons que les e-mails que nous avons expédiés le 24 novembre depuis Porto do Tarrafal sont parvenus à leurs destinataires le 26 ! L'Internet capverdien est plein de mystères... Pour ce qui concerne le camion citerne d'eau, il est confirmé dans l'après-midi par Bhigouda pour le lendemain entre 9h et 10h. Cela se passera au quai des cargos et nous pourrons faire du gazole en même temps. Bonne nuit et à demain.


28 novembre 2003

Réveil à 8 heures, petit-déjeuner, et nous installons les parts battages bâbord et tribord car nous ne savons pas sur quel bord nous accosterons. Ensuite, il faut relever l'ancre et, comme nous avons empennelé, c'est plutôt coton ! Bon, cela se passe assez bien, mais je fais quand même don d'un manille à la mer... Guy, qui ne veut pas me décourager me dit que ce n'est pas grave. Ouf ! J'aurais pu être dégradé. Oui, je ne vous l'avais pas encore dit, mais le capitaine m'a déjà promu lieutenant !
Nous arrivons au quai des cargos et comme la rumeur concernant la possibilité de faire de l'eau s'est répandue comme une traînée de poudre, de nombreux bateaux sont déjà à quai ! Nous nous mettons à couple d'un catamaran. Je rate à moitié ma manœuvre d'amarrage à l'avant de Perceval, mais j'échappe encore une fois au conseil de discipline. Je quitte le bord et je pars en annexe car, pendant que Perceval se gavera de fuel et d'eau, je vais aller à terre pour récupérer une pièce du lanceur du moteur de l'annexe. Je poirote trois quarts d'heures à attendre le " réparateur ", mais ce n'est pas grave car, quand il arrive enfin, il me montre qu'il s'est procuré la pièce de rechange. Il la met en place, et je repars rattraper Perceval. Je le rejoins alors qu'il est en navigation pour rejoindre notre emplacement de mouillage, après avoir quitté le quai des cargos. Le rendez-vous spatial dans la baie, s'effectue sans problème bien que les deux bateaux, Perceval et l'annexe soient en mouvement. (Cela me permet de reprendre des points pour consolider mon grade car, en plus, je peux participer au re-mouillage empennelé). Et là, j'apprends la mauvaise nouvelle : Le camion citerne d'eau n'est pas venu ; il n'y a pas d'eau !
En début d'après-midi, Guy et moi allons à terre pour effectuer la sortie du territoire capverdien. En effet, quand on arrive dans un pays, il faut se présenter aux différents services de polices, douanes et santé ; mais il est nécessaire, à la fin du séjour, d'accomplir "la sortie du territoire". Ceci est indispensable pour apparaître en règle dans le pays suivant car, si les tampons de sortie ne figurent pas sur l'acte de francisation du bateau et sur les passeports de ses occupants, les autorités du prochain pays pourraient considérer que nous sommes vagabonds ou clandestins. À l'inverse de celui de Sal, le responsable du mouillage de Mindelo est très sympathique et les formalités se passent parfaitement bien. Perceval et nous accosterons donc à la Barbade parfaitement en règle.
Sur le chemin du retour, en passant en ville, nous rencontrons Fabio. Il nous raconte qu'il a fait la connaissance d'un italien qui vit au Cap Vert, qui connaît quelqu'un qui pourrait peut-être nous aider à trouver de l'eau... Cette suite de " qui " nous fait reprendre un peu espoir mais, chat échaudé craignant l'eau chaude, nous n'y croyons guère. Nous rentrons à notre bord, nous annonçons la nouvelle nouvelle à nos petites femmes et nous attendons la suite.
À 17 heures, Pierre et son équipage passent auprès de notre mouillage pour nous confirmer que le camion citerne va nous apporter de l'eau, au quai des cargos à partir de 17 heures 30. Apparemment, l'Italien qui, qui, qui, que Fabio a rencontré est quelqu'un de sérieux. Alors, il faut tout recommencer : re-positionner les parts battages, lever les ancres empennelées, aller au quai des cargos, accoster, s'amarrer et attendre le camion... Quand je pense que beaucoup de personnes de notre entourage nous avaient dit que l'on allait s'ennuyer durant ce long séjour sur un bateau ! Le camion arrive à 17 heures 45. Aussitôt, les équipages de Alcor, Fleur de Passion et Perceval retrouvent un visage enjoué et souriant. Les situations évoluent très rapidement sur l'eau, par l'eau et pour l'eau ! Réservoirs d'eau douce pleins à ras bord, les trois bateaux quittent le quai. Retour au mouillage, re-mouillage, dîner, et nous rejoignons nos couchettes.


29 novembre 2003

Réveil à 6 heures. Aujourd'hui nous allons visiter l'île voisine, Santo Antao, dont la beauté nous a été recommandée chaleureusement par l'équipage de Fleur de Passion. Afin de préparer notre excursion, je demande à Élisabeth un petit sac à dos pour mettre mes lunettes de soleil, quelques bricoles, ma caméra et ma veste polaire car, sur les hauteurs de Santo Antao, il risque de faire frisquet. Ainsi équipé de sac à dos, j'aurai les mains libres pour filmer, ce sera plus facile. Nous allons à terre en annexe et nous nous dirigeons vers le quai d'embarquement des ferries. À 7h30, nous embarquons et le ferry parcourt les huit milles qui séparent les deux îles en une petite heure. Beaucoup de Capverdiens sont à bord et, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont pas le pied marin ! Bien que la traversée soit très calme, nombre d'entre eux ont la tête dans un sac plastique dès les premières minutes de navigation. On a même vu deux têtes dans le même sac ! Je remarque un jeune Capverdien, qui n'a pas la mal de mer, qui fait la cour à une très jolie jeune Capverdienne qui elle, l'a le mal de mer ! Je la vois faire des efforts désespérés pour écouter la déclaration d'amour de son Roméo mais, après quelques minutes, je constate que le mal de mer est plus fort que la passion et la jeune et jolie Capverdienne porte bien plus d'intérêt à son sac plastique qu'à son soupirant ! Marins, mais également moqueurs, cela nous crée un divertissement pendant la traversée.
Arrivée à Puerto Novo. Nous faisons la connaissance de notre véhicule d'excursion et de son chauffeur. Nous embarquons immédiatement et le Pick-up démarre. Effectivement, le paysage devient vite différent des autres îles. Je me félicite de m'être muni d'un sac à dos, ainsi mes deux mains seront libres pour filmer. Je m'apprête à sortir la caméra du sac et c'est à ce me moment que je m'aperçois que je l'ai oubliée sur ma couchette. En voulant trop bien m'équiper, j'ai omis l'essentiel ! C'est très regrettable car je ne pourrai jamais vous montrer de vidéo sur Santo Antao. C'est pourtant la plus belle île de tout l'archipel du Cap Vert et, afin que vous n'en doutiez pas, je vais résumer sa beauté : Elle ressemble à un modèle réduit de l'île de la Réunion, par ses à pics vertigineux, ses volcans, ses villages pittoresques installés dans des endroits insolites et aussi par sa végétation très diversifiée.


Vertigineux


Ses à pics vertigineux



De nombreux petits villages (c'est l'île la plus peuplée du Cap Vert) sont éparpillés sur les flans verdoyants des montagnes. Des cônes de volcan se dressent en de nombreux endroits et nous nous arrêtons au bord du plus grand et du plus haut d'entre eux. Dans son immense cratère, nous voyons sur le pourtour beaucoup d'arbres : il y a plusieurs sortes de résineux, des eucalyptus, des acacias, des mimosas. Au-dessous, un gros nuage bouche la partie basse du cratère, mais nous entendons des vaches et d'autres bruits. Il y a probablement un petit village en dessous du nuage. Des Capverdiens se sont installés dans le cratère !


Cratère


Un gros nuage bouche la partie basse du cratère



Comme d'habitude lors de ces visites, nous stoppons dans quelques-uns de ces petits villages pour distribuer des bonbons, des ballons de baudruche, des stylos et autres montres aux enfants qui viennent à notre rencontre. Les échanges verbaux ne sont pas faciles car nous ne parlons pas portugais et les autochtones, qui sont rarement scolarisés, ne parlent ni français, ni anglais, ni espagnol.

À 13 heures, notre guide nous conduit dans un très sympathique restaurant au bord de la mer pour déjeuner. L'intérieur est très coquet et les tables sont dressées avec doubles nappes, serviettes en tissu, couverts disposés comme en France, deux verres à pied. C'est la première fois que nous voyons un tel luxe au Cap Vert.
Au menu : Cabrito (c'est du cabri) très bien préparé. Nous nous régalons, nous terminons par un fromage de chèvre local recouvert de mélasse. J'ai aimé.
Retour à Puerto Novo, ferry dans l'autre sens, annexe, Perceval, thé ou tisane, selon les goûts et bonne nuit les petits.


30 novembre 2003

Réveil à 8 heures. Aujourd'hui dimanche, nous allons à terre pour finir les appros de frais. Le mercado municipal est ouvert jusqu'à 14 heures. C'est presque de la routine pour nous maintenant ; mais ce ne sont quand même pas de courses traditionnelles. Par exemple, il faut avoir à bord une dizaine de kilos de farine pour assurer le pain, la pâtisserie et les différentes préparations pour la traversée. Nous achetons aussi plusieurs kilos de bananes vertes, mais chez des commerçants distincts afin qu'elles ne soient pas toutes à maturité au même moment. (Les bananes issues d'un même régime mûrissent toutes en même temps) Lorsque nous regagnons notre bord en fin de matinée, nous rencontrons Bhigouda. Nous lui disons de venir nous voir au bateau afin que nous le payions pour ses services. Rangement des marchandises, et Bhigouda est déjà là. Je lui montre un petit récepteur radio : " Est-ce que cela te ferait plaisir ? " Les yeux écarquillés, il me répond : " Oh oui, bien sûr ! ". Je lui présente une montre, même question, même regard, même réponse. Je lui demande : " mille cinq cents escudos, est-ce que cela te ferait plaisir ? ". Réponse : " Pas de problème ! " Je lui donne le tout, il nous remercie et il repart heureux, béat, radieux et, en tous cas, très satisfait !
Nous déjeunons, et j'entreprends la recherche de la panne de la pompe eau de mer. En effet, cette pompe est devenue récalcitrante : dans un premier temps, elle s'est mise à marcher par intermittence, et maintenant, elle ne fonctionne plus du tout ! Bien que j'y passe les trois quarts de l'après-midi, rien à faire, elle refuse de fonctionner lorsqu'elle est à sa place, bien que le voltmètre indique une tension de douze volts aux fils qui l'alimentent. Lorsque je la sors de son logement et que je la branche sur une autre ligne électrique douze volts, elle tourne ! Je n'ai jamais vu un cas semblable, c'est à ne rien y comprendre... Il faut que je réfléchisse sérieusement au problème. Quoiqu'il en soit, cela ne nous empêchera pas de partir demain pour effectuer cette grande traversée tant attendue. Antarès a déjà quitté le Cap Vert hier. Fleur de Passion part aujourd'hui même vers 13 heures, pour profiter des courants favorables, produits par la marée descendante, entre São Vincente et Santo Antão.
De notre groupe de bateaux, il ne restera que Perceval et Alcor. Les alizés n'étant toujours pas établis, nous avons décidé d'attendre le 1er décembre pour entreprendre cette navigation. Mais, avec ou sans les alizés, nous devons impérativement partir demain si nous voulons être sûrs de parvenir aux Saintes pour le réveillon de la Saint Sylvestre. Auparavant, nous aurons fait une escale à la Barbade et nous voulons avoir le temps de séjourner suffisamment longtemps sur place afin d'en faire tranquillement connaissance. C'est une île que l'on visite de préférence lors d'une traversée de l'Atlantique car, étant située nettement à l'Est de l'arc antillais, c'est elle que l'on touche en premier en arrivant. Par ailleurs, après une navigation qui durera probablement plus de quinze jours, nous aurons certainement besoin de repos. Perceval, qui aura souffert lui aussi, nécessitera probablement un minimum d'entretien. Pour bien finir cette dernière journée au Cap Vert, les copains d'Alcor nous convient au club nautique afin d'arroser notre départ.

Quand nous arrivons au ponton auquel nous laissons les annexes lorsque nous allons à terre, Bhigouda nous attend pour amarrer la nôtre. Il a sa montre au poignet et sa radio à la main...
C'est la dernière fois que nous pouvons converser de vive-voie avec d'autres personnes, avant d'entreprendre notre grande traversée. À partir de demain, et cela durant plus de deux semaines, nous allons être isolés quatre par quatre, chacun sur nos bateaux. Seuls Guy et Élisabeth ont déjà traversé l'Atlantique. Pour les six autres navigateurs, c'est une première... En conséquence, les échanges verbaux concernent surtout l'aspect technique de cette croisière en haute mer. Les horaires et les fréquences des vacations radio tiennent également une place prépondérante dans ces discussions.



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