La libre littérature française des Amériques



En traversant l'Atlantique


Des Canaries au Cap Vert




11 novembre 2003

Comme prévu, Perceval quitte la marina San Sébastian de la Goméra à 16 heures. Beaucoup de monde sur le ponton pour saluer notre départ à grand renfort de corne de brume et de pavillon. (Beat, qui est Suisse, brandit le pavillon suisse) Les équipages de Alcor et de Sérénade sont là et, à bord des bateaux voisins de Perceval, les équipages respectifs se manifestent également. Nous sortons du port, mais comme il n'y a pas de vent, nous continuons au moteur.
Nous rangeons parts battages et amarres dans leurs coffres. Vers 17 heures 30, nous rencontrons un peu de brise. Nous installons le tangon bâbord et nous envoyons le génois, la voile d'artimon et la grand' voile. C'est beau, mais Éole ne se manifeste pas suffisamment. Après une demi-heure de cette allure, nous rentrons la grand voile parce qu'elle dévente le génois et, vers 19 heures, plus de vent du tout. Nous rentrons les autres voiles et nous redémarrons le moteur. Repas tranquille et à 21 heures, je prends le premier quart. Michelle n'a pas sommeil et reste avec moi dans le cockpit. À 22 heures, je décide d'aller réveiller Guy car Éole s'est ranimé. Le Capitaine et Éole s'entendent bien et nous envoyons le génois et la voile d'artimon. Moteur coupé, nous avançons bien. Mais, plusieurs fois dans la nuit, le vent change de direction et il faut manœuvrer les voiles. Nuit agitée pour tout l'équipage, la houle est forte et personne n'arrive à dormir sauf, je vous le donne en mille, Michelle...


12 novembre 2003

Le lendemain matin les trois équipiers qui ne s'appellent pas Michelle en ont plein les bottes. Nous petit-déjeunons, et chacun essaye de récupérer au mieux, mais ce n'est pas facile car la houle, ou plutôt les houles nous mènent la vie dure. En effet, nous avons une houle d'Est, qui nous prend sur bâbord, et une houle de nord, qui nous prend par l'arrière. Ces deux houles croisées sont très courtes et Perceval roule et tangue comme un cheval fou.


Perceval


S/Y Perceval



Michelle va toujours bien. Le patch est efficace ! La journée se passe tant bien que mal, mais je suis très content que nous puissions naviguer sous voiles. Il n'y a plus de terre à l'horizon et cela restera ainsi pendant cinq jours encore.


13 novembre 2003

Les quarts sont décalés d'un cran chaque jour ; donc cette nuit le mien commence à 0 heure 30 pour se terminer à 3 heures 40. Élisabeth, qui a assuré le premier me dit que tout va bien. Il y a encore un peu de houle, mais c'est beaucoup moins pénible que la veille. De plus, le vent est bien établi, autour de 15 - 20 nœuds, et il n'y a pas de manœuvre de voilure. Mon quart se passe bien aussi, et à 3 heures 40, j'annonce la mauvaise nouvelle à Guy : " tu as fini de dormir moi, je vais me coucher. " Et je m'endors jusqu'à 8 heure 30.
Ce matin, l'équipage est plus en forme que la veille, la nuit ayant été bien plus calme. La journée se déroule tranquillement. Nous mettons une ligne, mais ça ne mord pas. Il n'y aura pas de poisson pour aujourd'hui. Nous déjeunons d'un rôti de porc, purée, courgettes aux poivrons. Le dîner : chouchouka froide, elimio, (c'est du solo mio, façon Élisabeth), fromage et gâteau suisse. (C'est une façon de tarte aux pommes, caramélisée). Notre cuisinière fait chaque jour des prouesses pour satisfaire son équipage méritant...
Ce soir, c'est Guy qui prend le premier quart, pour les autres, direction les couchettes. Notre cabine est située à l'avant de Perceval. Couchés, nous entendons très bien l'écoulement de l'eau sur la coque. Nous avons l'impression que Perceval chevauche et galope sur les vagues et la houle, mais tout en souplesse et en puissance.
Le vent est bien établi et nous avançons à 7 ou 8 nœuds. (13 à 15 Km/h). Pour un terrien, cela ne semble pas rapide, mais pour nous c'est une excellente vitesse. Perceval glisse, monte, pourfend la mer en silence. Nous n'entendons que le bruit de la houle, lorsqu'elle déferle et aussi le sifflement du vent dans les haubans. Très rapidement, mon ronflement couvre les bruits de la nature...


14 novembre 2003

Cette nuit, mon quart débute à 3 heures 40. Je suis encore en train de ronfler quand Élisabeth m'annonce la mauvaise nouvelle. Immédiatement, je me reporte vingt-quatre heures en arrière lorsque j'ai réveillé Guy. Il a du ressentir la même chose que moi. Quoiqu'il en soit, cinq minutes plus tard je suis dans le cockpit pour souhaiter bonne fin de nuit à Élisabeth. Je mange une orange pour finir de me réveiller. Michelle vient me rejoindre mais, après un quart d'heure, elle retourne se lover dans les draps de sa couchette. Je n'ai plus qu'à attendre 7 heures...


Tangon


Tangon fixé sur le grand mât.



La journée ressemble aux précédentes pour ce qui est de la vie à bord en navigation. C'est à dire : petit-déjeuner, faire les lits, s'occuper de soi, se reposer, lire, éventuellement mettre une ligne pour pêcher. (Ce programme pouvant être exécuté dans n'importe quel ordre) Mais, en plus et parce que le vent a molli, qu'il passe du NE à l'E, et de l'E au NNE, il faut régler les voiles, tangonner, détangonner, envoyer Démone (c'est le nom qu'Élisabeth et Guy ont donné à la voile d'étai du mât d'artimon), ramener Démone, etc. Tout cela représente une importante quantité de gymnastique et nous occupe une bonne partie de la journée.
Tangon : c'est une sorte de bôme articulée et amovible qui se fixe sur le grand mât. Par opposition à une bôme, un tangon est fixé perpendiculairement à l'axe longitudinal du navire. Un tangon sert à écarter le point d'écoute d'une voile, de l'axe central du bateau, afin de permettre à celle-ci de mieux être exposée à un vent venant principalement de l'arrière. La bôme elle, est en permanence à poste sur son support, que ce soit le mât d'artimon ou le grand mât. Elle est fixée parallèlement à la longueur de l'embarcation, de manière à s'articuler à environ 65° de part et d'autre de l'axe de marche du bateau. La bôme sert à orienter la voile de manière à ce qu'elle soit correctement exposée à des vents arrivants essentiellement de travers. Perceval possède deux tangons, ce qui permet d'établir des voiles tangonnées simultanément sur bâbord et sur tribord.


15 novembre 2003

Journée plus calme qu'hier pour ce qui concerne la voilure. Le vent est plus stable et nous naviguons sous génois et voile d'artimon. Ce matin, nous avons découvert deux poissons-volants échoués sur le pont. Ce sont les premiers depuis le début de la traversée.
Il y a longtemps que je ne vous ai pas parlé de l'état de santé de Michelle. C'est tout simplement parce qu'il n'y a rien à dire la concernant, si ce n'est qu'elle pète le feu. Son patch devrait avoir fini d'agir puisque l'efficacité de ce dernier est prévue pour soixante-douze heures. Cependant, sur les petits gabarits, je suppose que l'action se prolonge au-delà de trois jours...


16 novembre 2003

Ce matin, nous découvrons trois nouveaux poissons-volants sur le pont. Vers 11 heures, un petit groupe de dauphin rejoint Perceval. Ils jouent quelques instants à la proue. J'ai le temps d'aller prendre ma caméra et de filmer une belle séquence. Après un quart d'heure de jeu, ils nous adressent un dernier salut et nous quittent. Je suis persuadé que ces animaux savent qu'il y a des êtres vivants à bord, et qu'ils essayent une manière de communiquer avec nous. Vous verrez cela en film, c'est superbe.


Michelle


Rien à dire la concernant, si ce n'est qu'elle pète le feu.



Vers 16 heures, nous commençons à apercevoir une ombre plus sombre sur notre horizon avant. C'est Sal, l'île sur laquelle nous allons atterrir au Cap Vert. Il y a beaucoup de brume et nous distinguons mal les contours. Dès cet instant, une sorte de frénésie s'empare d'Élisabeth. Elle décide de faire du pain pour le dîner, de préparer une soupe à l'oignon, et vérifie ce qu'il y a au frais pour l'apéritif !
L'île s'approche doucement et, petit à petit, devient plus nette. Mais le soleil commence à décliner : nous arriverons de nuit. Il est maintenant 19 heures. Il fait nuit noire car il n'y a pas de lune. Nous longeons la côte à environ un mille. Nous ne voyons absolument rien car il n'y a aucune lumière sur cette partie de l'île. Pour nous situer par rapport à la côte, nous utilisons le radar. Heureusement que nous l'avons celui-là ! Vers 20 heure, nous commençons à apercevoir des lumières. Ce sont celles de Palmeira. C'est dans la baie du même nom que nous allons mouiller. Nous arrivons à destination à 21 heure. Il y approximativement une trentaine de bateaux déjà mouillés. Perceval se faufile parmi eux. Nous trouvons une place satisfaisante et plouf de l'ancre. Dès que le capitaine constate qu'elle tient, il donne l'ordre : " Apéro ". Et nous exécutons immédiatement ! Après cela, nous essayons nos GSM, mais cela ne fonctionne pas. Impossible de vous donner de nos nouvelles !



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